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et je suis satisfaire

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de la divinité. Votre excuse n'est point juste: il faut quelque chose de plus. Il faut que vous me prouviez , au moins par des raisons

probables, que la divinité veut que ces choses soient partagées entre les individus ; et que

la distribution, sur laquelle vous fondez votre prétention, soit maintenue. Montrez-moi cela ,

jusqu'à ce que cela soit prouvé, l'intention générale, qui est manifeste, et qui est la seule manifeste, doit prévaloir; et dès-lors mon titre est aussi bon que le vôtre. Or il n'y a qu'un seul argument qui conduise à cette présomption; c'est qu'il est impossible de jouir de la chose, si elle est en commun , ou d'en jouir avec le même avantage que lorsqu'elle est propriété particulière. Cela est vrai, lorsqu'il n'y a pas assez pour tous , ou forsque l'objet en question exige des soins et du travail pour le produire et le conserver. Mais lorsque ces raisons ne subsistent point, et que l'objet peut , par sa nature, étre à l'usage de tous ceux qui en voudront , il semble que c'est une usurpation arbitraire des droits de l'humanité, que d'en limiter l'usage à quelques-uns.

Si l'on découvrait dans un champ, qui est propriété particulière, une source médicinale assez abondante pour remplir tous les usages auxquels on pourrait l'appliquer, je voudrais accorder un dédommagement au propriétaire

du champ, et un profit considérable à l'auteur de la découverte , surtout si la recherche lui avait coûté du temps et de la peine. Mais je mets en question si une loi humaine pourrait être justifiée, ou justifier le propriétaire , en prohibant l'usage de cette eau, ou en y mettant un tel prix, qu'il fût l'équivalent d'une prohibition.

S'il y.a des pêcheries inépuisables, comme on le prétend de la pêche des morues, sur le banc de Terre-Neuve, et de la pêche des harengs sur les côtes d'Angleterre, alors ces conventions par lesquelles une ou deux nations s'attribuent ou se garantissent réciproquement la jouissance exclusive de ces pêcheries , sont autant d’empiétemens sur les droits généraux de l'espèce humaine.

C'est sur le même principe qu'on peut décider une question qui occupe une grande place dans les ouvrages sur le droit naturel: utrùm mare sit liberum ? c'est-à-dire , autant que je puis l'entendre, si le droit exclusif de naviguer dans certaines mers, ou de contrôler la navigation de ces mers, peut être exigé par une nation, conformément à la lumière naturelle ? Nous accordons ce qui est nécessaire à une nation pour sa sûreté particulière, comme ses baies, ses håyres, ses ports, la mer qui y touche, c'est-à-dire, à la portée du canon , ou à trois lieues des côtes. C'est

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sur ce principe de la sûreté ( si c'est en effet sur quelque principe ), qu'il faut justifier la prétention de l'état de Vénise sur la mer Adriatique, du Danemark sur la mer Baltique, ou de la Grande-Bretagne sur les mers qui l'environnent. Mais , lorsque l'Espagne prétend à des droits sur la mer Pacifique, ou le Portugal sur la mer des Indes, ou lorsqu'uni peuple étend ses prétentions beaucoup au-delà des limites de son territoire, ils forment des demandes qui contrarient les desseins-bienveillans de la Providence, et qu'aucune autorité humaine ne saurait justifier.

III. Un autre droit que l'on peut appeler en: core un droit général, puisqu'il appartient à tout homme qui est dans une situation à y prétendre,

у c'est le droit de l'extréme nécessité. On entend par là le droit d'employer ou de détruire la propriété d'un autre , lorsqu'il le faut absolument pour notre propre conservation; comme le droit de prendre, sans ou même contre l'avis du propriétaire, la première nourriture, le premier vêtement ou abri qui se présente, lorsque nous sommes en danger de périr faute de ce secours; le droit de jeter les marchandises à la mer pour sauver le vaisseau; ou d'abattre une maison pour arrêter les progrès d'un incendie; et an

; petit nombre d'autres cas du même genre: Le fondement de ce droit semble se trouver en ce que, lorsque la propriété fut d'abord

instituée, cette institution ne fut faite pour causer la destruction de personne, et que, lorsqu'une telle conséquence va s'ensuivre , le droit à la propriété doit être mis de côté. Ou plutôt, ce sont peut-être de ces cás rares dans lesquels la conséquence particulière excède la conséquence générale; où le mal éloigné, produit par la violation de la règle générale, est beaucoup moindre que l'avantage immédiat.

On doit cependant une restitution, lorsqu'elle est possible; parce qu'il faut adhérer, autant qu'on peut le faire sans danger, aux lois de la propriété; et parce que la restitution, qui est une de ces lois, suppose que le danger est passé. Mais

que

faut-il restituer? Ce n'est pas la valeur intrinsèque de l'objet détruit, mais sa valeur au moment qu'il fut détruit: valeur , qui, si l'on considère le danger de périr où était l'objet, est réduite à fort peu

de chose.

wisumarw

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