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qu'il n'en reste plus, le plaisir et la poursuite finissent à la fois.

S. II.

consiste pas;

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Nous avons vu en quoi le bonheur ne

il nous faut examiner maintenant en quoi il consiste.

Dans la conduite de la vie, la grande affaire est de savoir à l'avance ce qui doit nous procurer du plaisir, et quels plaisirs doivent durer. Autant nous aurons cette connaissance, autant l'événement justifiera notre choix. Et cette connaissance est plus rare et plus difficile qu'elle ne le paraît au premier coup-d'oeil ; car quelquefois des plaisirs qui sont très-séduisans et très-flatteurs dans la perspective, deviennent très-insipides dans la possession; d'autres fois des plaisirs se présentent sur lesquels on n'avait point compté, et qu'on aurait pu manquer en n'y pensant pas; d'où nous pouvons conclure que nous en manquons en effet plusieurs par cette raison. Je dis , connaître à l'avance; car, après l'expérience, il est ordinairement impraticable de revenir ou de changer; outre que ces changemens et ces incertitudes sont trèspropres à faire naître une habitude d'inconstance, qui détruit le bonheur dans toutes les conditions.

La diversité originelle que l'on peut observer

dans le goût, dans les facultés, et dans la constitution des individus de l'espèce humaine, et la diversité encore plus grande qu'ont fait naître encore sous ces différens rapports, l'habitude , la mode ou l'éducation, rendent impossible de

proposer un plan de bonheur qui réussisse pour tous, ou un genre de vie qui soit universellement désirable ou possible.

Tout ce que l'on peut dire, c'est qu'il reste une grande présomption en faveur de ces conditions dans lesquelles les hommes paraissent le plus souvent gais et contens. Car quoique le bonheur apparent des hommes ne soit pas toujours une véritable mesure de leur bonheur réel, c'est la meilleure que nous ayons. Prenant cela pour guide, je crois que

le bonheur consiste

I. Dans l'exercice des affections sociales.

On trouve ordinairement du contentement et de la gaîté (1) dans les hommes qui voient autour d'eux plusieurs objets d'affection et d'attachement, comme une femme, des enfans, des parens, des amis. C'est au défaut de ces affections que l'on peut attribuer la morosité des moines et de toas ceux qui mènent une vie monastique.

(1) Good spirits.

On peut placer encore dans le même genre que les affections domestiques, et regarder comme également propre à donner du contentement à

à l'ame, le plaisir qui résulte des actes de bonté et de bienfaisance, exercés soit en donnant de l'argent, soit en assistant ceux qui en ont besoin, du secours de nos talens et de notre profession.

Un autre objet qui entre pour beauconp dans le bonheur, est

II. L'exercice de nos facultés, soit de l'esprit, soit du corps, dans la poursuite de quelque but intéressant.

Il semble bien vrai qu'aucune abondance de jouissances actuelles ne peut rendre heureux d'une manière durable celui qui les possède, s'il n'a pas quelque chose en réserve, quelque chose à espérer et à voir au devant de lui. Je me persuade qu'il en est ainsi, quand je compare la gaîté et la vivacité d'esprit de ceux qui sont engagés dans une poursuite qui les intéresse, avec l'affaissement et l'ennui de presque tous ceux qui sont nés dans une position telle , qu'ils n'ont plus besoin de rien; ou de ceux qui ont usé trop tôt leurs jouissances, et en ont tari la source.

C'est cet intolérable vide d'esprit qui entraîne les riches et les grands à la course des chevaux ou aux tables de jeu; et les engage souvent dans des disputes et des

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poursuites , dont le succès n'a point de proportion avec les sollicitudes et les dépenses qu'ils y consacrent. Une élection que l'on dispute dans un bourg coûtera peut-être à chaque partie vingt ou trente mille livres , pour ne rien dire de l'anxiété, de l'humiliation et de la fatigue du ballotage ; tandis qu'une place dans la chambre des communes, précisément de la même valeur, peut s'obtenir avec la dixième partie de cette somme, et sans trouble. Je ne dis point cela pour blâmer les riches et les grands ( peut-être ne peuvent-ils faire mieux ), mais pour confirmer ma thèse.

L'espérance, qui paraît si essentielle à notre ! bonheur, est de deux genres; tantôt on peut faire quelque chose pour en obtenir l'objet , tantôt on ne peut rien faire. La première seulement est de quelque valeur; la seconde est très-facile à se changer en impatience, n'ayant rien en son pouvoir que d'être tranquille et d'attendre, ce qui devient bientôt ennuyeux,

On accordera facilement la vérité de la doctrine que renferme article. La difficulté consiste à se procurer une suite d'occupations fertiles en plaisirs. Cela demande deux choses : du jugement dans le choix des buts ou des desseins qui soient adaptés à nos circonstances; et assez de pouvoir sur notre imagination, pour être en état, lorsque le jugement a choisi le but, de trouver du plaisir Tom. I.

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cet

dans les moyens: après quoi l'on peut oublier le but quand on veut.

De là, l'on peut regarder comme les plus précieux, non les plaisirs qui sont les plus exquis dans la jouissance, mais ceux qui sont les plus propres à captiver l'esprit, et qui demandent de l'activité dans la poursuite.

Un homme, qui recherche sérieusement le bonheur d'un état futur , à sous ce rapport un avantage infini sur tous les autres. Car il a toujours devant les yeux un objet d'une suprême importance, qui demande un attachement et une activité toujours croissante, et dont la poursuite ( ce qu'on ne peut dire d'aucune autre ) dure jusqu'à la fin de la vie. Encore même peut-il avoir plusieurs autres buts , outre le but final ; mais alors ils doivent conduire à celui-ci, lui étre subordonnés, et, d'une manière ou d'une autre, pouvoir s'y rattacher et dériver de lui leurs jouissances, ou une grande partie de leurs jouissances.

L'engagement ou la poursuite est tout. Cependant, si les objets sont plus importans, ce n'est que mieux: tels la conception des lois, institutions, manufactures, maisons de charité, améliorations, travaux publics : les efforts pour les mettre à exécution par notre crédit, notre adresse, nos sollicitations, notre activité: ou, dans une plus petite échelle , les soins pour procurer un établissement et de la

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