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et

des coquillages et

autres semblables. J'ai souvent été fort embarrassé de leur trouver un amusement.

Les détails, où je viens d'entrer sur la félicité humaine , doivent justifier les deux conclusions suivantes, qui , bien qu'elles se trouvent dans la plupart des livres de morale, n'ont

pas été peut-être appuyées sur des raisons assez fortes.

1.° Le bonheur est également distribué parmi les différens ordres de la société.

2.° Le vice n'a aucun avantage sur la vertu, même sous le rapport du bonheur de ce monde,

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CHAPITRE VII.

De la vertu.

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La vertu consiste « à faire du bien à l'hu'« manité, en obéissance à la volonté de Dieu , u et pour obtenir le bonheur éternel. »

Suivant cette définition, le bien de l'huma. nité est le sujet, la volonté de Dieu , la règle, et le bonheur éternel , le motif de la vertu parmi les hommes.

Quelques moralistes ont divisé, la vertu en bienveillance, prudence , courage ou force, et temperance. La bienveillance propose les

bonnes fins; la prudence suggère les meilleurs moyens de les obtenir; la force ou le courage nous met en état de nous soumettre aux difficultés, aux dangers et aux accidens qui peuvent se présenter à nous dans cette recherche. La tempérance repousse et surmonte les passions qui pourraient la rendre impossible ou infructueuse. La bienveillance, par exemple, nous engage à défendre la cause d'un orphelin opprimé ; la prudence suggère les meilleurs moyens d'en venir à bout; le courage nous porte à affronter le danger, et à supporter la perte, la disgrâce , ou le refus, qui peuvent être la suite de notre entreprise; et la tempérance modère l'amour de l'argent, du repos, ou de l'amusement, qui aurait pu nous en détourner.

D'autres distinguent la vertu seulement en deux branches, la prudence et la bienveillance; la prudence, qui veille sur nos propres intérêts; la bienveillance , qui veille sur ceux de nos semblables l'une et l'autre dirigées vers le même but, l'accroissement du bonheur général de l'humanité, et s'occupant de l'avenir, aussi bien que

du présent. Les quatre vertus CARDINALES

sont : la prudence , la force , la tempérance et la justice.

Mais la division de la vertu qui est aujourd'hui la plus ordinaire ,

consiste en deyoirs,

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Envers Dieu ; comme la piété, le respect , la résignation, la gratitude , etc.;

Envers les autres hommes ( ou devoirs relatifs ); comme la justice, la charité, la fidélité, la loyauté, etc.;

Envers nous-mêmes, comme la chasteté, la sobriété, la tempérance , la conservation de la vie, le soin de la santé, etc.

On a proposé plusieurs autres distinctions de ce genre qu'il n'est pas nécessaire d'exposer.

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Je vais maintenant proposer quelques observations sur la conduite générale de la vie. Elles ont peu de liaison entr'elles mais elles sont très-dignes d'attention, et seront aussi bien placées dans ce chapitre que dans

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aucun autre.

I. Les hommes agissent plus par habitude que par réflexion.

Ce n'est que dans un petit nombre de grandes occasions que les hommes réfléchissent; dans un plus petit nombre encore, qu'ils entreprennent quelque chose de semblable à une recherche régulière sur la rectitude ou la dépravation morale de ce qu'ils vont faire ; et qu'ils en attendent le résultat. Pour la plupart, nous nous déterminons tout-à-coup, et par une impulsion qui est l'effet des habitudes

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préétablies. Cette disposition paraît très-bien adaptée aux besoins de la vie humaine, et à la faiblesse de nos principes moraux. Dans les circonstances ordinaires, et dans les occasions rapides de la vie, il y a souvent très-peu

de loisir pour la réflexion ; et quand il y en aurait davantage, un homme qui raisonne sur son devoir , lorsque la tentation de le violer est urgente , est presque sûr de s’induire lui-même en erreur.

Si nous sommes tellement passifs dans nos habitudes, où est, demandera-t-on, l'exercice

de la vertu, la culpabilité du vice, et l’utilité des connaissances morales ou religieuses? Je réponds : dans la formation de ces habitudes.

Et de là résulte une maxime de vie , dont l'importance est considérable ; savoir , que l'on doit faire plusieurs choses, et s'abstenir de plusieurs autres , uniquement par rapport aux habitudes. Nous éclaircirons notre pensée par un exemple ou deux. Un mendiant , sous l'extérieur d'une misère extrême, nous demande la charité. Si nous entreprenons de discuter si sa misère est réelle, s'il ne se l'est pas

attirée lui-même , s'il est avantageux pour le public d'avoir égard à de pareilles demandes, si l'on n'encourage pas par là la fainéantise et le vagabondage, si l'on n'attire pas ainsi des imposteurs à sa porte, si l'on ne ferait pas mieux d'épargner cet argent, ou de l'appliquer

à d'autres usages ;

il
peut arriver

quc toutes ces considérations jointes ensemble rendent très-douteux si nous devons donner quelque chose ou rien. Mais, si nous considérons que la misère, que nous avons devant les yeux, excite malgré nous notre commisération ; qu'il est de la plus grande importance pour nous de cultiver cette sensibilité de l'ame ; que cette qualité précieuse s'accroît par l'exercice, et s'éteint bientôt par l'opposition; si, dis-je, nous arrêtons notre esprit sur ces réflexions, nous ferons pour nous-mêmes ce que nous n'aurions

pas
fait

pour celui qui nous sollicite; nous donnerons cours à la compassion, plutôt que d'étouffer une habitude dont l'utilité est si générale.

Un homme dont les bonnes habitudes sont confirmées

par
le

temps, 'agira de la même manière , sans faire aucune réflexion.

Voilà qui peut servir pour un exemple : en voici un autre. Un homme est élevé dès son enfance dans une grande horreur pour

le mersonge. Il se présente une occasion où , en s'éloignant très-peu de la vérité, il peut divertir la compagnie , faire briller son esprit avec avantage, attirer les regards et la fave de tous ceux qui l'entourent. La tentation

pas petite; et quand cet homme considère la question sous un autre point de vue, il ne voit aucun mal qui ne puisse résulter de cette

n'est

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