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» motif violent » (savoir, l'attente d'être récom. pensé après cette vie, si je la tiens; ou d'être puni, si je la viole )

« résultant du comv mandement d'un autre » ( savoir , de Dieu ). ý

Cette solution pénètre jusqu'au fond du sujet, et l'on ne peut pas raisonnablement faire une question nouvelle.

En conséquence, notre bonheur particulier est notre motif, et la volonté de Dieu notre règle.

Lorsque, pour la première fois, je tournai mes pensées du côté des spéculations morales, un air de mystère semblait répandu sur tout le sujet. En voici , je pense, la raison : c'est que je supposais, avec beaucoup d'auteurs que j'avais lus, qu'être obligé de faire une chose était bien différent d'y être seulement incité; et que l'obligation de pratiquer la vertu , de faire ce qui est juste , etc., était une tout autre chose, et d'un tout autre genre, que

l'obligation où est un soldat d'obéir à son officier, un domestique à son maître, en un mot, qu'aucune des obligations civiles et ordinaires de la vie humaine. Cependant, d'après ce que nous venons de dire , il paraît que l'obligation morale est semblable à toutes les autres obligations; et que toute obligation n'est rien de plus qu'un entraînement d'une force suffisante, et résultant en quelque manière du commandement d'un autre.

L'on a toujours supposé qu'il existe une grande différence entre un acte de prudence et un acte de devoir. Ainsi, si je me défie d'un homme qui me doit une somme d'argent,

puis regarder comme un acte de prudence d'obtenir la caution d'une autre personne; mais il serait difficile de l'appeler un acte de devoir. D'un autre côté, l'on regarderait comme une manière de s'exprimer bien peu exacte, de dire: comme j'ai fait telle promesse, il est prudent de la remplir ; ou comme mon ami, lorsqu'il partit pour son voyage ,

remit un écrin de diamans entre mes mains, il est prudent que je le conserve pour le lui rendre à son retour.

En quoi donc, demanderez-vous , consiste la différence d'autant

que

suivant notre manière d'envisager ce sujet , dans l'un et dans l'autre cas, dans les actes de devoir aussi bien que dans les actes de prudence, nous ne considérons absolument que ce que nous-mêmes devons gagner ou perdre par là?

La différence , et la seule différence est celle-ci : dans l'un des cas nous considérons ce que nous devons gagner ou perdre dans le monde présent; et dans l'autre, nous considérons de plus ce que nous devons gagner ou perdre dans le monde à venir.

. Ceux qui voudraient établir un système de morale indépendant d'un état futur, doivent

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.

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chercher une autre idée de l'obligation morale ;

à moins qu'ils ne puissent prouyer

que la vertu conduit celui qui la possède à un bonheur certain dans cette vie, ou à une plus grande portion de bonheur que l'on ne saurait en obtenir par une conduite opposée.

Il existe pour nous, deux grandes questions.

1. Y aura-t-il réellement, après cette vie , une distribution de punitions et de récom

penses?

2. S'il y en a une, quelles actions seront récompensées, et quelles actions seront punies ?

La première question comprend la crédibilité de la religion chrétienne , de même que les argumens probables pour une rétribution future , d'après la lumière naturelle. La seconde question comprend le sujet de la morale. Les deux questions sont trop pour un ouvrage (1). C'est pourquoi nous supposons dans cet ouvrage, comme établie l'affirmative de la première, bien que nous reconnaissions que

c'est le fondement de tout l'édifice.

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(1) L'auteur a traité une partie de la première dans ses deux ouvrages, intitulés l'un : Tableau des preuves évidentes du christianisme ; l'autre : Horæ Paulinæ , ou vérité de l'histoire de St.-Paul. Ces deux ouvrages ont été traduits par M. Levade, comme nous l'avons déjà dit dans notre préface. Les probabilités de la raison, en faveur d'une rétribution future se trouvent indiquées à la fin d'un autre

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CHAPITRE IV.

La volonté de Dieu.

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COMME la volonté de Dieu est notre règle, rechercher quel est notre devoir, ou ce que nous sommes obligés de faire dans une circonstance, c'est , dans le fond, rechercher quelle est la volonté de Dieu dans cette circonstance ; ce qui devient en conséquence le vrai champ de la morale. Or, il y a deux méthodes pour parvenir

a à la connaissance de la volonté de Dieu dans dans quelque point :

1. Par ses déclarations expresses, lorsqu'elles se trouvent ; déclarations qu'il faut chercher dans l'écriture.

2. Par ce que nous pouvons reconnaître de ses desseins et de ses intentions dans ses ouvrages , ou ce que nous appelons communément la lumière naturelle.

Et ici nous pouvons reconnaître l'absurdité de séparer l'une de l'autre , la religion naturelle et la religion - révélée. Leur objet est le même - découvrir la volonté de Dieu

ouvrage de notre auteur , intitulé: Théologie naturelle , 'ou. preuves de l'existence et des attributs de Dieu , tirées de la contemplation de la nature; traduit par M. Ch. Pictet. Ainsi , l'auteur nous indique ici la véritable liaison de ses différens ouvrages , qui au premier coup-d'ail semblent être indé pendans. Trad.

et pourvu que nous la découvrions, peu importe la manière.

Un ambassadeur, jugeant d'après ce qu'il connaît des dispositions de son souverain , et raisonnant d'après ce qu'il a observé de sa conduite , ou appris de ses desseins, peut, dans plusieurs cas, prendre avec sûreté ses mesures, et présumer, avec assez de vraisemblance, comment son maître lui aurait ordonné de se conduire dans la plupart des occasions qui se présentent: mais s'il avait sa commission et ses instructions dans sa poche, il serait étrange qu'il n'y jetât pas les

yeux.

Il doit naturellement se conduire par les deux règles : lorsque ses instructions sont claires et positives, il n'y a plus à délibérer ( à moins en effet qu'il n'ait des doutes sur leur authenticité): là où ses instructions se taisent ou sont ambiguës, il doit tâcher d'y suppléer, ou de les expliquer par ce qu'il a pu recueillir d'une autre manière, sur les intentions générales , et les sentimens de son maître. M. HUME, dans le

dans le quatrième appendix de ses principes de morale, s'est plaint de la méthode moderne d'unir la morale avec la théologie chrétienne. Ceux qui sont disposés à approuver cette plainte feront bien d'observer .

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