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DU

LIBRAIRE.

Α'

PRE's avoir paffé plus de cinquante années dans la Librairie, il ne paroîtra pas étrange que je cherche à la quitter, afin de jouir de quelques jours de repos fi la mort n'y mêt pas obftacle.

Il y a longtems que j'aurois du me repofer. Je l'aurois fait fi je n'avois pas été plus malheureux que bien d'autres dans ma profeffion. Ce n'est pas que je n'aye entrepris de magnifiques Ouvrages, & même avec beaucoup de fuccès; mais mes affociations, mes établiffemens fleuriffans, ma grande confiance & les crédits à longs termes donnés à des gens crus très-folides; tout cela m'a été fi contraire, que je me fuis vu trompé, débufqué, & fruftré de tout, à plus d'une reprife; & ce n'eft qu'après tous ces événemens, que j'ai fenti combien il m'auroit été difficile de furmonter à mon âge de pareils obstacles, en continuant un train de Commerce fi peu folide pour moi, & qui le devient aujourd'hui pour toute la Librairie Françoife de la Hollande, par la mauvaife-foi qui y regne. L'on s'y contrefait impitoyablement les uns les autres au préjudice feul & au détriment des Honnêtes - gens. Pauvre Commerce fi honorable en foi-même, mais fi vilipandé & fi avili, fans protection que deviendrez-vous?

Je me fuis donc dit, que je devois chercher à former un autre Plan, pour me tirer mieux & avec plus de fuccès d'affaires, en ne dépendant plus que d'un Public judicieux, & de Moi-même. Ce Projet ne pouvoit cependant avoir lieu tout d'un coup. Il falloit fe débaraffer petit à petit, gagner du tems pour

en exécuter un autre & fubfifter en même tems. Je me fuis donc imaginé, que fi je raffemblois nombre de bons Livres, que je favois être utiles & néceffaires dans les grandes Bibliotheques, dans les Cabinets des Princes & des Amateurs. Livres d'ailleurs difficiles à trouver, -Livres-rares & curieux dans leur genre, je ferois plaifir à nombre de perfonnes. Je me fuis dit, l'Europe eft grande; il y a des Curieux & des Connoiffeurs par-tout & même en grand nombre; mais qui ne font pas tous à portée d'avoir les Livres qu'ils fouhaiteroient bien acquerir & qu'ils achetteroient, s'ils en trouvoient l'occafion. Je me fuis perfuadé que, fi je pouvois trouver des occafions de bon marché en profiter & achetter ainfi de rencontre toutes fortes de bons Livres à des prix médiocres, de maniere que je puffe pour la plupart les propofer & les revendre à la moitié du prix qu'ils fe vendent pour l'ordinaire, le Public m'en fauroit gré, & que je m'en trouverois bien auffi.

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J'ai jugé, que, quand même il y en auroit dans ce nombre plufieurs, qui introuvables d'ailleurs, fe. roient mis à toute leur jufte valeur, l'on ne feroit pas fâché de les y trouver.

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C'eft fur ce plan, que j'ai travaillé depuis une douzaine d'années; mais fur-tout pendant les fept dernieres de la guerre. Elles m'ont paru bien longues, d'autant plus qu'elles ont rétardé l'exécution de ce Projet & m'ont fait languir & perdre du temps & l'intérêt de ce Capital important; ce qui n'eft pas peu de chose.

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J'ai cependant profité de cet intervalle, pour augmenter encore ma Collection, & je puis dire que je l'ai fait avec fuccès, bien au delà de mes forces, mais auffi par le fecours de mes Amis.

Je me fuis nonfeulement attaché à acquérir tout ce que j'ai pu de Livres anciens; mais même de

tout

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tout ce qui eft rare dans la Librairie moderne, Li vres imprimés depuis un fiecle, Livres qui ne fe trouvent point, quand on les demande aux Librai res, & qui n'ayant pas été réimprimés, quoique bons & curieux, fe cherchent inutilement & ne fe trouvent que par la vente de quelque Bibliotheque, J'appelle rares tous ces Livres-là, ils le font pour toute l'Europe, excepté pour un Paris par exemple, où il fe fait des centaines de ventes publiques par an de Cabinets des plus curieux, ce qui rend auffi la certain Livres plus communs que par-tout ailleurs & plus faciles à trouver. Je me fuis attaché à les avoir, de maniere que j'ofe dire que jamais Libraire n'a fait de fon Chef une Collection femblable & que peutêtre jamais aucun autre ne s'en avisera après moi.

Je me flatte du moins que par-là j'expose beaucoup de beaux & bons Livres dans ce Catalogue. Ils font très-curieux, & même quelquefois uniques. Je n'en ferai point l'éloge ni de mes Manufcrits, ni de mes Mignatures, ni de mes Recueils d'Eftampes. Il faut laiffer quelque chofe à défirer par la Lecture du Catalogue même. Mais l'on fe tromperoit fort, fi l'on croyoit que c'étoit-là tout ce que j'aurois fouhaité de pouvoir produire aux yeux du Public; non affurément. Je connois, une infinité d'autres Livres plus rares & plus curieux encore, qui m'ont échappé & qu'il ne m'a pas été poffible de recouvrer dans la fuite, quoique je les aye rencontrés dans des Ventes Publiques; mais ils y ont été toujours pouffés à un prix fi exceffif, que je ne pouvois pas y atteindre, n'ayant pas la bour fe affez bien fournie pour pouvoir lutter contre certains Amateurs qui veulent tout avoir & à tout prix, & qui peuvent le payer de même. Dans ces cas je n'ai pu que les pouffer (ces Livres) jufqu'à leur jufte valeur, & s'il m'en eft auffi refté quelquefois, je les ai bien payés. Car je n'ai pas toujours achetté los

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les bons Livres, dans la vue d'y gagner; mais unk quement dans le défir de les produire pour fatisfaire les Curieux & dans ces occafions je les mets à prix

Coutans.

Je me fuis cru obligé d'entrer dans tous ces détails & même dans bien d'autres encore, pour prévenir les objections que l'on pourroit me faire & pour éclaircir tous les autres points néceffaires.

La principale objection qui fe préfente d'abord, c'eft de ce que j'ai dit que je veux quitter le Commerce & que j'apprécie en même-tems tous mes Livres; ce qui paroît dénoter tout le contraire. Ce n'eft pourtant pas cela: mais j'ai mis tout ce que j'ai au Monde & au delà en Livres. J'en connois la valeur intrinféque, quoiqu'arbitraire quelquefois. Ainfi ils me coutent infiniment à moi-même, & un Particulier, quoique curieux & amateur n'a pastoujours la connoiffance du prix de certains Livres. Il peut en fouhaiter un ardemment & croire le bien payer en offrant 30 ou 50 fols pour ce qui m'aura peut-être couté autant de florins; or j'ai entrepris cette Collection pour finir par elle avec honneur ma Profeffion, fans deffein de duper le Public, n'y de me duper moi-même; ce qui m'arriveroit, fi le tout fe donnoit à difcrétion fans connoiffance de cause.

Il me fuffit de dire que j'apprécie en général les chofes au deffous de leur jufte valeur, fans aucune exagération, & que par conféquent la totalité des Prix cft très modique; qu'il y en a à prix de raves; c'eft à-dire, prefque pour rien. Je donne à bon marché, quand j'en ai eu un moi-même, fans m'embarraffer du mot de rare, qui n'eft pas mis dans le Catalogue pour en impofer fur les prix, témoin un feul article entre mille de plus de conféquence: in gvo.le Numero 6 eft mis à f 1-10. & je foutiens qu'il vaut un Ducat & plus.

Mais voici de quoi lever la difficulté de l'objec

tion, que je n'hélite point dedire, fut-ce même à mon defavantage.

Il eft certain, qu'il me reftera des Livres de cette Vente, ne fuffent que mes doubles & triples dont j'ai nombre encore; je compte d'en faire une feconde Vente, quelque tems après & alors je ne ferai rien autre chofe fi non d'indiquer le Numero de ceux qui me feront reftés du préfent Catalogue, qui par conféquent pourra fervir à ces deux fins; & je déclarerai pour lors, comme j'en préviens dès-àpréfent, que j'abandonnerai abfolument ces Livres à tout prix; c'eft à-dire, au plus offrant & dernier enchérifleur, fans faire attention au prix déjà marqué, qui pourront cependant fervir de guide. De cette maniere ce fera attrape qui peut; & je ferai totalement débaraffé. Nous verrons pour lors fi ces reftans n'iront pas au delà du prix. C'est le fort qui en décidera.

On m'accufera fans doute de mettre trop fouvent le mot de rare ou très-rare; mais, outre ce que j'ai déjà dit, qu'ils le font pour différens Pays, il y en a qui conviennent aux Grandes Bibliotheques, & qui ne fe rencontrent prefque jamais & qu'il leur faut cependant, lorfque l'occafion s'en préfente; tels font, outre les Ouvrages Capitaux, les Livres fur la Politique des Etats, les Livres fur les différentes Croyances, les Livres Satyriques de ces Anciens Tems,tous les Traités qui dans leurs tems ont été fupprimés, &c. comme font les Hobbes, les Ochinus, le Livre intitulé Pafquinarum, &c. & tant d'autres, tous ces Livres font très-rares; de même que Statius, Ciceronis Opera Philofophica, in ufum Delphini. in 4°.. le font auffi; mais ceux-là, parce que les Editions en ont été difperfées ou brulées par accident.

La feconde Claffe de Livres rares, comprend tout ce qui s'eft imprimé depuis un Siécle, & que l'on ne trouve prefque plus chez les Libraires; or

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