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3o § 3. Le paragraphe 3 est ainsi conçu : « Propter hoc, care fili, doceo te primo quod tu diligas Deum ex toto corde tuo et de toto posse tuo, etc. »

Les mots « et de toto posse tuo » ne sont représentés dans aucun texte abrégé.

4° § 5. Saint Louis donne à son fils le conseil de se soumettre aux adversités que Dieu nous envoie, et même de l'en remercier et de lui en savoir grẻ.

Il ajoute : « Et similiter debes pensare quod bene meruisti et hoc, et plus si ipse vellet. »

Les mots « et hoc, et plus si ipse vellet » ne sont représentés dans aucun texte abrégé.

5° § 6. « Si Dominus Noster mittat tibi aliquam prosperitatem, vel corporeæ sanitatis, vel aliam, etc. »

Les mots soulignés ne sont représentés dans aucun texte abrégé.

6°§ 7. « Care fili, doceo te quod tu assuescas confiteri frequenter, et quod tu semper eligas tales confessores qui sint sanctæ vitæ, sufficientis litteraturæ. »

Les mots soulignés ne sont représentés dans aucun texte abrégé je pourrais répéter à plusieurs reprises cette observation à propos du doceo te qui revient souvent dans le grand texte. Je la fais ici une fois pour toutes.

7° § 11. « Si habes aliquam turbationem cordis, siquidem sit talis quod tu dicere eam possis, dic, etc. »

Les mots soulignés ne sont représentés dans aucun des textes abrégés.

8° § 16. Ces mots du § 16 ne sont représentés dans aucun abrégé : « Si vero esset clericus, vel ita magna persona quod tu justiciare non deberes, eamdem faceres dici illi qui eum justiciare valeret. »

9o§ 18. Les premiers mots de ce paragraphe ne sont représentés dans aucun texte abrégé : « Care fili, si contingat quod tu venias ad regnum, provideas quod tu habeas ea quæ pertinent ad regem, hoc est dicere quod. »

10° § 18. Même omission en ce qui concerne les mots soulignés ci-dessous du même paragraphe : « Non declines a justitia pro aliquo quod valeat evenire, etc. »

11° § 19. Ce paragraphe est appauvri uniformément dans tous les textes abrégés des mots soulignés ci-après : « Et si contingat

contra te aliquem habere querelam, sustine querelam extranei coram consilio tuo, ut non ostendas te nimis diligere querelam tuam. »

12° § 20. « Quantumcumque res sit magna vel in terra, vel in pecunia, vel in alio. » Ces mots manquent dans tous les abrégés.

13° § 27. « Et si fieret tibi injuria, tentes plures vias ad sciendum si posses invenire viam per quam posses recuperare jus tuum antequam faceres guerram; et habeas intentionem quod hoc sit ad vitandum peccata quæ fiunt in guerra. Cette pensée manque dans tous les abrégés.

14° § 30. « Fac frequenter provideri quod ipsi faciant bene justitiam, et quod non faciant injuriam alicui, nec aliquid quod non debeant. » Les mots soulignés n'ont d'équivalent dans aucun texte abrégé.

15° § 30. « Et quamvis tu debeas odire omne malum in alio, plus debes odire malum quod veniret ab illis qui a te potestatem haberent quam aliorum, et plus debes custodire et defendere ne contingat. » Cette pensée manque dans tous les abrégés.

16° § 32. « Care fili, da libenter potestatem gentibus bonæ voluntatis quæ sciant bene uti ea. » Cette pensée manque dans tous les abrégés.

17° § 32. « Et omne quod fit vel dicitur ad despectum Dei vel Domina Nostræ, vel sanctorum. » Ceci manque également dans tous les abrégés.

18° § 32. « Peccata corporis, ludum taxillorum, tabernas et alia peccaia fac cessare in terra tua, sapienter et bono modo. » Ceci manque dans tous les abrégés.

19° § 32. « Ita quod terra tua sit inde bene purgata, sicut de consilio sapienti bonarum gentium esse intelliges faciendum. » Cette pensée manque dans tous les abrégés.

20° § 34. « Et iste est quidem sensus quem vellem multum te habere, hoc est dicere quod caveres tibi a stultis missionibus et pravis receptionibus, et quod denarii tui essent bene missiet bene recepti. Et istum sensum doceat te Dominus Noster una cum aliis sensibus qui sunt tibi convenientes et utiles. »

De ces deux phrases, la première a peut-être laissé quelque empreinte dans les abrégés, la seconde a disparu complètement.

21°§ 35. «Quod tu intendas in omnibus bonis quæ facias quod Dominus Noster det mihi partem in eis. » Les mots soulignés ne sont représentés dans aucun abrégé.

22° § 36. Et rogo Dominum Nostrum Jesum Christum quod ipse per suam misericordiam precibus et meritis benedictæ matris ipsius Virginis Mariæ, et angelorum et archangelorum et omnium sanctorum et sanctarum, custodiat et defendat. » Les mots soulignés ne sont représentés dans aucun texte abrégé.

Je viens de relever vingt-deux traits caractéristiques, vingtdeux marques d'auteur, et cette énumération déjà si longue n'est pas complète. Or ces vingt-deux marques je les retrouve dans. tous les abrégés, y compris celui de Sainte-Geneviève : j'ai donc surabondamment le droit de formuler cette conclusion: tous les abrégés, y compris Sainte-Geneviève, remontent à un seul auteur commun, Beaulieu. Pour défendre les passages incriminés, M. de Wailly a soutenu purement et simplement cette thèse : SainteGeneviève ne se rattache pas à l'abrégé de Beaulieu et aux autres abrégés qui dérivent de Beaulieu. Si Sainte-Geneviève se rattache à Beaulieu, comme je pense l'avoir établi, l'argumentation de M. de Wailly perd son point d'appui et les passages litigieux demeurent condamnés pour cette raison décisive qu'ils manquent tout à la fois dans les grands textes A, B et dans les abrégés latin et français de Beaulieu. Cette condamnation est générale et absolue : elle enveloppe non-seulement toutes les phrases que j'ai relevées dans un précédent mémoire, mais aussi celles que j'ai omises toute pensée, toute nuance de pensée, tout mot qui manque à la fois dans A B et dans Beaulieu et apparaît seulement dans un abrégé quel qu'il soit, pourvu que cet abrégé soit reconnaissable aux signes caractéristiques indiqués plus haut, cette pensée, cette nuance, ce mot n'appartient pas à saint Louis.

Si j'emploie des expressions qui n'ont rien de dubitatif, c'est que les conclusions qu'en 1869 je considérais seulement comme très-probables s'imposent aujourd'hui à mon esprit : il devient à mes yeux tout à fait impossible de ne pas réunir tous les abrégés en un même groupe et de ne pas les faire tous dériver de Beaulieu.

Voudrait-on, tout en acceptant ce fait, défendre néanmoins les passages contestés? On supposerait alors que les enseignements

de saint Louis ont subi deux mutilations successives: on imaginerait un texte original donnant naissance, par suite de quelques coupures, aux textes A B sur lesquels Beaulieu, à son tour, aurait fait son abrégé. Quant aux phrases retranchées de l'original elles auraient été longtemps oubliées : un jour enfin elles auraient été retrouvées, rendues au public et greffées maladroitement sur un des abrégés Cau lieu d'être restituées purement et simplement à A B.

Cette hypothèse est toute gratuite et je ne vois pas comment on la pourrait justifier: pour expliquer les coupures qui auraient été faites au texte original de saint Louis, dira-t-on1 qu'il parut superflu de citer comme preuves de la sainteté du roi un conseil secret de politique ou des règles de bonne administration qui étaient les moindres titres du saint roi à la vénération des fidèles? Mais on produisit comme un titre à la canonisation ce conseil << Care fili, provide diligenter quod sint boni baillivi et præpositi in terra tua, et fac frequenter provideri quod ipsi faciant bene justitiam, et quod non faciant injuriam alicui nec aliquid quod non debeant. » Pourquoi aurait-on retranché (§ 30) celui-ci << Fai les bonnes coustumes garder de ton reamme, les » mauvaises abesse. »? On produisit cet avis : « De illis maxime qui sunt in tuo hospitio cave ne faciant injuriam alicui. Et quamvis tu debes odire omne malum in alio, plus debes odire

1. Ce n'est pas rigoureusement l'explication proposée par M. de Wailly (pp. 30, 31, 32) que je réfute ici. M. de Wailly s'occupait exclusivement des phrases que j'avais signalées comme apocryphes: la logique me conduit aujourd'hui à déclarer apocryphes un bien plus grand nombre de passages : dès lors, l'explication dont il s'agit, si elle se produisait de nouveau, devrait s'étendre à tous ces passages sans exception. Je dois donc forcément lui donner cette extension qu'elle n'avait pas dans le travail de M. de Wailly.

Je dois aussi observer que M. de Wailly, contestant la parenté des divers textes, n'était pas conduit, comme nous y sommes maintenant amené, à supposer cet isolement bizarre des phrases litigieuses, étrangeté qui, à elle seule, milite en faveur de ma thèse.

Ainsi la première objection que je vais examiner rappelle un argument de M. de Wailly et montre la place désavantageuse qui lui reste aujourd'hui, mais ne prend pas l'argument tel qu'il se présentait, puisqu'au point de la discussion où j'en suis arrivé, la parenté des divers textes devient incontestable.

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Les objections que j'examine ensuite ne sont pas empruntées à l'article de M. de Wailly je les passe en revue parce qu'un critique est obligé de se poser à lui-même les objections qui pourraient ébranler sa thèse et de les éprouver par un examen sérieux et attentif.

malum quod veniret ab illis qui a te potestatem haberent quam aliorum, et plus debes custodire et defendere ne contingat : pourquoi aurait-on laissé de côté celui-ci : « Garde que cil de ton hostel soient preudomme et loiaus, et te souviegne de l'escripture qui dit Elige viros timentes Deum in quibus sit justicia et qui oderint avariciam, c'est-à-dire : Aime gent qui doutent Dieu, et qui font droite justice et qui héent convoitise; et tu profiteras et gouverneras bien ton reamme. »?

L'explication que je viens de mettre sous les yeux du lecteur pourra-t-elle rendre compte de coupures comme celle-ci : « Tien en grand viltė Juis », phrase qui aurait été retranchée d'un paragraphe dont il est resté seulement : « Hæreticos fac pro posse fugari a terra tua et alias malas gentes, ita quod terra tua sit inde bene purgata, sicut de consilio sapienti bonarum gentium esse intelliges faciendum. » (§ 32)?

Expliquera-t-on cette autre coupure: « Et commande à tes juges que tu ne soies de rien sostenuz plus que uns autres,» phrase qui aurait été retranchée d'un paragraphe dont il est resté seulement : « Et si contingat contra te aliquem habere querelam, sustine querelam extranei coram consilio tuo, ut non ostendas te nimis diligere querelam tuam quousque cognoscas veritatem; quia illi de consilio ex hoc possent esse pavidi ad loquendum contra te quod tu velle non debes. » (§ 19)?

Expliquera-t-on enfin cette coupure : « S'il ne t'a trop forment mesfet, » phrase supprimée à la suite de ce conseil conservé : <<Chiers fiz, je t'enseing que tu te gardes à ton pooir de esmovoir guerre contre nul home crestien. » (§ 27)?

Je montrerai plus loin que la phrase qu'on vient de lire : << S'il ne t'a trop forment mesfet » est tout simplement le résultat d'un second travail d'abréviation opéré sur l'abrégé de Beaulieu et qu'elle résume le résumé de cet historien, de telle sorte qu'en la superposant à A B on reproduit la même pensée sous deux formes différentes. Pour l'instant il me suffit de constater que l'hypothèse des coupures faites au texte original, afin de retrancher quelques phrases inutiles au procès de canonisation, ne se justifie pas, puis qu'à une seule exception près, les passages qui auraient été retranchés présentent tout à fait le même caractère que les passages maintenus. Le paragraphe dans lequel saint Louis recommande à son fils de se servir des bonnes villes contre les barons pourrait avoir, il est vrai, un caractère tout parti

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