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ce que vous me dictes, qui est une grand chose. Qu'en pense tu? (ce dit-il) Que j'en pense, Mons". ? (ce di-je) vous me perdonnerez sy ie vous die selon mon pouvre esprit ce que i'en pense. Que veulx tu dire? (se ditil) tu veulx prescher. Non, Mons'. vous orres. Et bien (se dit-il) dis, dis. Mons". (ce di-je) depuis cinq ou six ans que ie vous ay faict service ie vous ay tousiours veu en grands troubles, et n'ay sceu jamais voyr d'amis qui ayent faict pour vous; maintenant, Mons'. vous estes hors de tous ces troubles, la grace à Dieu, et plus en court à ce que tout le monde dict que jamais; pour ma part ie voye que chascung vous faict la court, petis et grands, mais ie ne scay pas que vous rit qui vous veult veoyr aultrement, ie ne scay pas vous estes, du pais Mons'. Davantage l'on dict que vous estes le plus grand terrien de ce pais icy, et aussy que vous estes marie qui est l'heure quant vng homme prend ce ply la que il ce fault arester ou jamais. Maintenant, Mons'. sy. vous entreprenes ceste chose-là qui est grande, ce sera le plus grand trouble que vous eustes jamais, par dessus les aultres, car chascum cryera ha harault sur vous, et vous le voyres. Et bien (ce dictil) as-tu faict ? Vous me perdonnerez, Mops". s'il vous plaist, sy ie vous ay diest selon mon pouvre esprit (ce di-ie). Et beste que tu es (ce dict-il) pense-tu que ie fay cecy tout seul de moy mesme ? Monsieur, ie ne sçay pas comment vous le faictes, mais ie sçay bien que ce sera le plus grand trouble que vous eustes oncques. (Ce dict-il) et comment sera-ce ? car i'ay disia Leddington qui est estymé l'ung des meilleurs espricts de ce pais-cy, et qui est l'enterpreneur de tout cecy; en apres j'ay Mons'. d'Argyle mon frere, Mons'. de Hontlye, Mons'. de Morton, Ruthen, et Lindesay. Ses trois-là une foys ne me fauldront jamais, car j'ay parlé pour leur

grace; et ay tous les signes de ceulx-cy que ie t'ay nommes, et aussy avons envie de le faire dernierement que nous fusmes à Craigmiller, mais c'est que tu es un beste et pouvre d'esprit, qui ne merite d'entendre chose de consequence. Ma foy, Monsieur (ce di-ie) il est vray, car mon esprit n'est point pour telle chose, mais bien pour vous faire service à ce que ie porray, et bien bien Mons"., ilz vous porront bien faire maistre et principall de ce faict-là, mais quant ce sera faict ilz porront aussy mettre le tout sur vous, et les premiers qui cryeront ha harault apres vous, et les ceulx qui vous houtteront le premier à mort, s'ilz peuvent. He! Mons'., ie vous prie m'en dire d’ung que vous ne m'aves point nommé; ie sçay bien que cestuy-la est aymé en ce pais du commuen peuple, et aussy de nous autres François, que quant il gouvernoyt l'espace de deux ou trois ans, il n'avoyt point de troubles au pais, tout le monde ce portoit bien, l'argent corroit, maintenant on ne peult veoyr homme qui ayt moyen, et ne voyt-on que troubles ; cestuy-la est sage et sy a des amys allies. Qui est cestuy-la ? (ce me dict-il). Cest Mons". (ce di-ie) Mons'. le Conte de Morra : je vous prie me dire quelle part cestuy-la prend'? (Ce dit-il), il ne se veult point mesler. Mons". (ce di-ie), il est sage.

Adonc Mons". de Boduel retorne la teste vers moy et me deist, Mons'. de Morra, Mons'. de Morra, il ne veult n'ayder ne nuyre, mais c'est tout ung. Bien, bien, Mons". (ce di-ie) il ne le faicte sans cause, et vous le voyrez. La-dessus il me commande de prendre la clef de la chambre de le Royne à Kirkafilde. Je luy dis, Mons'. vous me perdoneres, s'il vous plaist, pour autant que ie suis estrangier, et aussy que ce n'est mon estat, l’huyssier me porra demander que i'en veulz faire et il aura raison. Et pourquoy (ce dit-il) n'est-tu

vallet de chambre de la Royne ? Il est vraye. Mons". (ce di-ie) mais vouz sçavez qu'à la maison d’ung prince chasque officier à son office, et entre les autres l'huyssier a le sien, l'estat duquel est de garder la clef de la chambre. Pourquoy donc (ce dict-il) t'ay-ie mis à la chambre de la Royne sy non pour en tyrer du service? Helas! Mons'. (ce di-ie) c'est bien pour vous faire service à ce que je porrois, mais ie pensois en moy mesme sans rien dire (le craignant) si j'eusse pensé telle chose, iamais la chambre ne m'eust chambree. La-dessus il s'en alla de moy de ce trou ou coing-la, ou il avoit faict ses affaires. Luy estant party de moy, je prens mon manteau et mon espee et m'en voys pormener dans la grand esglise, et pensoys en beaucoup de fortunes que j'avoys du passé eschapies de luy, et commencois à remercier Dieu qui m'avoit delyvré d'aveques luy, luy demandant du bon cueur d'estre hors de sa compaignie pour autant que ie congnoyssois ses vices ort terribles, et principallement ung donct l'on dict que j'en suis sy bon serviteur, me reportant à Dieu, qui congnoit ce que luy en ay dict, comment ce seroyt sa ruyne. Plus de six ans il y a, et qu'il soit ainsy qu'on demande au lard de Petincreif, qui a ouy parler pourquoy je sortis de son service hors d'Angleterre: il me battist et me tormentast à coups de pied sur le ventre, pour me faire faire chose que ie n'avoys envie de faire, donct il m'en à remercié en Escosse, que i'avoys couvert son honneur la ou i'avois occasion de le fouller'. Apres avoir pensé à tout cela pour me resouldre de ce faict meschant que i'avoys entendu et qu'il m'avoyt dict, ie demande à mon Dieu, qu'il me conseillast voyant le

1 See Chalmers' Caledonia, V. II. p. 459, note m.

faict sy grand il estonnoit mon esprit; et que sy à ceste heure-la Mons'. du Croque eust esté en ce pais, ie n'eusse point esté en ceste peine icy. Quant ie vis qu'il ny avoit aultre remede que d'avoyr patience, et qu'il ny avoit chemin pour m'en aller sy non par Angleterre, la ou j'eusse esté prins et arresté per faulte de passeport, et aussy que cest trahayson contre le prince au serviteur de s'en aller sans congé, et aussy que ie ne sceu prouver pourquoy je m'en allois sy non per Mons'. de Bodvel qui ne m'eust iamais advoue; voyant comme chascun peult pensier que cela gysoit beaucoup à son honneur, et à des aultres Seigneurs à ce qu'il me disoit. Or doncques ce chemin-la ne me vallut rien, je me resoulz dessus ung poynt que sy ce meurtre ce feroit de brief c'estoit ma ruyne, pour autant que ie congnoyssois l'homme qui n'eust iamais failli de moy commander, et s'il y auroit dix ou douze jours entre deux, j'auray esperance de bien faire, car s'il va navire de quelque coste que se soyt, qu'en Angleterre j’estoys delibere de me desrober pourquoy ie me resoulz au sortier de l'esglise de scavoyr de luy quant ce seroyt. De Vendredy doncques ie m'en vois à lay à sortier de sa chambre, comme il alloit chez la Royne, et aussytot qu'il me veist il me demande sy ie avoys prins ceste clef. Je luy dis que je regarderoys a le faire; il me dict que je ne faillisse dont point, car c'estoit à Dymanche qu'ilz voulloyent faire à mettre leur faict en execution. A ceste heure-la je sors d'avecques luy plus fasche que iamais, et m'en vais sur le chemin du petit Leith tout expres pour trouver navire; et quant ie fus a moytie chemin ie dysoys en moy-mesme, or estil bon a voy que tu as l'esprit bien perdu, pour autant qu'il ny a plus que de main entre deux, quant ores le vent seroyt bon, as-tu la puissance de louer ou fretter

une navire tout seul ou expres; la-dessus ie m'oste du grand chemin et me destorne à part, priant Dieu de me conseilleir, car de faire bruyt de cela j'estoys mort. Ceste jour-la ce passe en ce point, et aussy le Samedy toute la matynée. L'apres disner il me demande encores ceste clef; je luy dis, Mons'., helas! comment le feray-je? Pourquoy (ce dict-il) qui t'en gardera ? N'estu pas serviteur de la Royne ? Il est vray, Mons'., mais ce n'est point mon estat de prendre les clefs. Mais dy moy (ce dict-il) et pourquoy? Une foys ie ne le veulx rien commander en ce faict-la. J'ay des clefz asses sans toy, car il n'y a porte ceans donct je n'ay le clef, car Mons'. Jacques Balfor et moy avons esté toute la nuycte pour veoyr et chercher le meillieur endroit et passage pour executer nostre affaire, et pour trouver bonne entree; mais ceste qui tu es une beste, car ie ne te veulx employer en ce faict-la, car j'ay des gens assez sans toy, et aussy que je sçay que tu n'as point de

La-dessus ie entre en la chambre de la Royne, la ou Marguerite et quelques aultres estoyent attendantz la Royne, qui estoit en la chambre du Roy. Adonc le bruyt vint incontenent que la Royne s'en alloyt à l’Abbaie; tout le monde sort hors de sa chambre, et moy le dernier, prenant la clef de la dict chambre, et m'en voys à l’Abbaie apres elle, la ou je trouve Mons'. de Bodvel, qui me demande sy j'avoys ceste clef. Ouy, Mons. (ce di-ie). Il me commande de la garder. ' Au bout d'une heure Marguerite me prie d'aller à Kirkafield querir une couverture de maytres à la chambre de la Royne, ce que je fais et prens ung garson avecque moy et entre en la dict chambre, en presens de Sande Duram le jeune, et le porte-faix du Roy, et feis emportier la dite couverture, le dict Duram me demande la clef. le luy dis que ce n'estoit pas

cueur.

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