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Précis de l'histoire de littérature française, arrangé à l'usage des écoles et augmenté de nombreux morceaux choisis, par C. J. Dengel, Dr., seconde édition revue et augmentée.

Königsberg 1851. Il est de mode parmi les maîtres de langue française des gymnases, lycées ou autres instituts du même genre en Allemagne, de rédiger à l'usage de leurs élèves des précis de littérature française qui aspirent au double mérite d'être complets et bien écrits. Si l'intention pouvait être réputée pour le fait, si le succès de ces entreprises répondait toujours à l'attente de leurs auteurs, la science pédagogique s'enrichirait chaque année d'ouvrages éminents, véritables bonnes fortunes pour les hommes chargés de l'enseignement de notre littérature. Par malheur, les honorables savants, qui se lancent dans cette voie périlleuse, semblent avoir oublié ce précepte de Boileau qui les voyait sans doute en esprit, quand il écrivait ce vers demeuré proverbe:

,,Consultez longtemps votre esprit et vos forces.“ La plupart, incapables d'écrire une histoire littéraire dans un idiome qui n'est pas leur langue maternelle (ceci n'est qu'une remarque de pur fait et nullement un reproche que je songe à leur adresser), s'emparent des écrits de leurs confrères d'outreRhin qu'ils dépècent avec une louable ardeur, et des lambeaux arrachés soit aux uns soit aux autres, ils composent une sorte de mosaïque où l'oeil le moins exercé découvre sur l'heure le procédé mis en oeuvre. La différence des styles y produit une bigarrure déplaisante au suprême degré, un tissu bariolé de mille couleurs, quelque chose de chatoyant qui fatigue l'oeil. Ces morceaux rassemblés de toutes parts, se relient mal entre eux; les transitions manquent, les phrases se suivent mais ne s'enchainent pas. Le fil imperceptible qui doit toujours unir les pensées, se brise à chaque instant, car les propositions sont juxta-posées au lieu de découter les unes des autres en vertu des lois d'une logique rigoureuse. Et encore ne parlons-nous ici que des Allemands qui, familiarisés avec les ressources de la langue française par un long commerce avec nos ’écrivains ou par un séjour de quelques années en France, connaissent assez notre idiome pour ne pas offenser l'oreille la moins chatouilleuse

„Par un barbare amas de vices d'oraison.“ ni provoquer l'impatience du lecteur incapable de se reconnaître au milieu de cette cohue de mots indisciplinés. Mais que dire de ces prétendus écrivains français, qui tirent à bout portant sur la grammaire et la syntaxe, et par leurs efforts maladroits, excitent en nous un sentiment de compassion mêlé de colère ?

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Les Allemands finiront-ils un jour par se couvaincre que, de toutes les langues modernes, le français est celle qui perd le plus au contact d'une main étrangère; que l'érudition la plus vaste, le savoir le plus profond ne compenseront jamais cette grâce originelle, cette élégance de diction, ces formes exquises, apanage de l'idiome qu'ont parlé Voltaire et Bossuet; qu'à part quelques hommes éminents, que des circonstances tout exceptionnelles ont initiés, jeunes encore, aux mystères de la langue française, des génies du premier ordre ont échoué dans une tentative frappée d'avance d'insuccès? Si donc nous insistons sur ce point que nous avons déjà touché en passant, il y a quelques années dans ce même recueil, c'est que l'usage semble s'établir en Allemagne d'écrire, à l'usage des écoles, des précis de la littérature française, qui, sortis de plumes allemandes, nuisent au crédit de ceux qui les publient, et ce qui est plus grave encore, mettent en circulation des notions fausses, sinon sur le sujet lui – même, tout au moins sur les règles de l'art d'écrire.

L'ouvrage qui nous a suggéré ces réflexions est le Précis annoncé en tête de cet article. Ce livre est arrivé à sa 2e édition. La critique allemande, en rendant compte, n'a pas, que nous sachions, relevé les incorrections de style qui déparent un livre estimable à plusieurs égards et donc le plan révète les meilleures intentions. Elle n'a pas signalé l'impropriété du langage d'un si fâcheux exemple pour les élèves auxquels le Dr. D. conseille la lecture de son Précis, comme d'une sorte de catéchisme littéraire.

Il en coûte de juger sévèrement un homme qui parle à ses disciples un langage si affectueux, si tendre, si patriarcal, qui débute, dans sa préface, par ces mots empreints d'une naïveté si touchante: „Mes chers écoliers, au lieu de ces dictées si ennuyantes, où vous faites toujours tant de fautes qu'il faut corriger, je vous présente ici un livre imprimé etc.“ On éprouve un sorte de répugnance à dissiper les illusions dont se berce ce maître d'une si parfaite bonhomie, qui se persuade que la lecture de son ouvrage apprendra à ses élèves à parler de ces choses-là (sic!) d'une manière cohérente (!) et juste“. On souffre à l'idée d'ébranler cette conviction dans laquelle son esprit se repose avec tant de sécurité qu'il a fait tout ce qu'il savait et pouvait pour que cette édition puisse mieux suffire au besoin de maîtres estimés etc.“ Ces mots: „Je ne savais pas faire mieux“ devraient désarmer la critique; mais c'est un devoir pour elle de faire entendre sa voix, ne fût-ce que pour l'édification du public qui, sur la foi du titre, serait tenté de croire que l'ouvrage en question est bien réellement écrit en français.

„Les premiers mouvements de la vie spirituelle en font le commencement,“ dit l'auteur. Ici Mr. D. tombe dans une erreur commune à beaucoup de ses compatriotes, savoir de confondre le mot spirituel geistreich et aussi geistlich, avec le terme intellectuel geistig. C'est assurément de la vie de l'âme ou de l'esprit, et non de la vie des cloîtres qu'il a voulu parler. Les degrés de son perfectionnement en font les périodes, dit-il

pour compléter sa pensée. Comme ce qui n'est pas clair n'est pas français, en vertu d'un axiome accepté par tout le monde, il faut attribuer l'obscurité de cette phrase à sa construction lourde, embarrassée et à des rapports forcés que la syntaxe désavoue. Plus loin nous apprenons que, dans la 4e période dite philosophique: l'esprit humain se fraya ses propres chemins (pluriel un peu singulier!) éclairés par une saine critique.“ (Des chemins éclairés par la critique!) Enfin „les massacres de la révolution étaient peu favorables aux Muses (on le conçoit sans peine) mais dans (pour de) nos jours les arts et les lettres ont pris un nouvel essor.“ „A l'égard (l'auteur a voulu dire: En tenant compte) de ces divers changements, il faudrait distinguer cinq périodes dans l'histoire littéraire des Français: 1. Période romantique. Troubadours et Trouvères; décadence de „leur“ poésie nationale (Leur se rapporte-t-il aux Français ou aux Troubadours etc? et dans ce dernier cas, que signifie la poésie nationale des Troub?) 2. „Pério de imitative. Développement des belles-lettres à l'exemple des anciens, par l'étude et l'imitation de leurs oeuvres, naissance du sentiment critique.“

(A l'exemple des anciens dit tout autre chose que ce que l'auteur avait en vue; car la littérature en France ne s'est pas développée de la même manière que celle des Grecs ou des Latins, mais en prenant ceux-ci pour modèles et par la contemplation habituelle des chefs-d'oeuvre d'Athènes et de Rome, enfin en se montrant fidèles aux traditions de l'antiquité! La naissance' du sentiment critique n'exprime pas une idée claire ; c'est naissance de la critique qu'il aurait fallu dire.)

Dans cette revue, où il faut chiffrer et numéroter tant de taches, je laisse, faute de place, des périodes entières dont la construction est défectueuse, la liaison des divers membres forcée et qui semblent parfois traduites mot pour mot de l'allemand. Je m'attache seulement à des termes impropres, à des locutions vicieuses, à des solécismes, à des barbarismes, témoignages éclatants de l'inexpérience de l'auteur. P. 2. Les peuples des Pictes et des Scotes“ (pour: les Pictes et les Scots) se réjouirent de leurs chansons“ (pour: accueillirent leurs chants avec joie). Les jongleurs étaient (pour: furent)

en France les avant-coureurs et plus tard les compagnons des Troubadours, et les premiers comédiens imparfaits (?)" „Les Franciscains s'établirent aux (au lieu de: dans les) Gaules.“ P. 3. „Vain changement de la forme (pour: de forme). „Poésies d'un contenu sans valeur (!?) „L'Académie insigne et supergaie des jeux floreau" (on demande le mot de l'énigme). „Il-y-a, il-y-avait“ (où Mr. D. a-t-il pêché cette orthographe?) „Villion, poéte bourlesque" (pour: Villon, poëte burlesque) quoique Boileau de lui dise“ (pour: dise de lui) ,,Aussi la naissance de l'art dramatique date etc. (pour: la naissance etc. date aussi de) „C'est ce qui les excita (pour: engagea) à former et de (pour: à) représenter etc.“

,,Ses discours le représentent partout en homme de qualité (pour : font voir partout en lui l'homme etc.) „Gagner l'applaudissement“ (pour obtenir les suffrages), P. 5. Richelieu affirma

: (pour: affermit) le despotisme.“ P. 8. Malherbe eut le plus grand mérite pour la langue“ (pour: rendit les plus grands services à etc.). P. 10. „Montaigne acheva son cours d'école (pour: ses études ) à 13 ans.“ „La profondité (sic!) et loyauté de ses pensées. P. 11. „L'encouragement de toute sorte de génie" (pour: les encouragements donnés à tous les genres de génie). P. 22. „Boileau distingua ses autres écrits avec sagacité, esprit et grâce“ (pour: fit remarquer ses etc. par la sagacité etc. qu'il y déploya).“ P. id. „profondité“. P. 26. „Corneille prit ses caractères de l'histoire des anciens“ (pour: emprunta ses etc. à l'histoire ancienne). P. 29. ,,Furent ac

„ cueillis de (pour: par de) grands applaudissements.“ P. 34. ,,Molière persifla les moeurs d'un feu poétique ravissant et d'un fléau de ridicule.“ (Comprenne qui pourra ce galimathias double!)

Je crois en avoir dit assez pour prouver que Mr. D. est resté fort au-dessous de la tâche qu'il s'était imposée et qu'il pense de très-bonne foi avoir remplie consciencieusement. Sans mettre le moins du monde en doute les connaissances littéraires de l'auteur (bien que la hardiesse de certaines innovations, comme profondité pour profondeur, et quelques autres excentricités de même genre, puissent faire craindre qu'il n'ait pas approfondi la langue suffisamment) nous répétons, sans crainte d'être démenti par personne, que l'auteur du Précis aurait dû laisser à une plume plus exercée que la sienne, le soin de rédiger ce Manuel, ou du moins s'associer un collaborateur capable de rendre à son style la pureté et la correction qui lui font si complétement défaut. Tubingue.

Prof. Peschier.

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Programmensch a u.

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Zur Beurtheilung von Ludwig Uhlands Dichtungen; von A. Steu

dener. Programı des Gymn. zu Brandenburg. 1852.

Vorzugsweise in den „Gedichten“ ilhlands wird die deutsche und die epische Natur nachgewiesen. Die erstere zeigt sich nicht nur in der Wahl der Stoffe, sondern auch in Färbung, Darstellung, einzelnen Zügen, g. B. der Linde, als Staf: fage der Liebegwelt. Bei dieser Gelegenheit wird näher auf die Bedeutung dieses Baumes in der deutschen Dichtung eingegangen. Das Epische wird dagegen zer: legt in die beiden Bestimmungen des Objectiven und des Thatsächlichen, und in dieser Getrenntheit der Momente auch außerhalb der epischen Lyrif in der Form des Dramatischen, Malerischen, ja felbst in der subjectiven Lyrif in der Fornt deg inneren Fictums gefunden. In Betreff des Dramatischen ist hingewiesen auf Lieder, wie ,,Schäfers Sonntagslied," „lied des Gärtners,“ „des Knaben Berg lied" u. in welchen durch die Scenerie cin Charakter bedingt ist, und weiter auf ,,Normannischer Brauch.“ Das Malerische ist beispielsweise im Einzelnen nachge: wiesen an der Romanze „Der Riuber.“ Die Form des inneren Factums ohne weitere Berbreiterung pes poctischen Refleges wird in Liedern gefunden, wie „An mein Vaterland,“ rnst der Zeit“, und den folgenden.

Auch in das Innere dos Didyters werden die besprochenen Eigenthümlichkeiten Der Dichtung verfolgt. Da erweist sich die deutsche Natur als Trene, und das Opische, das zugleich Zurückhalten und singeben des Ich ist, als Bescheidenheit und Liebe. Aus dieser Liebe, mit der Uhland die Welt unifaßt, wird dann weiter die frisdie Tageehelle dieser ganzen Poesie abgeleitet, die einen lebhaften Gegensatz gegen Beltschmerz und Weltironie bildet, und endlid, hieraus die ganz vereinzelte Erscheis nung erklärt, daß, im Gegensatz zur früheren Minne - und Volfšpoesie, bei Uhland tie Lerche einen sehr merklichen Vorzug vor der Nachtigal habe, was um so mehr zu verwundern sei, als die Linde, der stete Sit dieses Vögelcins in den genannten Dichtungen, auch bei Ihland in Ehren gehalten werde.

Hierauf hat der Verfasser die Arbeit abgebrochen, da er feirer durch verschic: dene äußere' iimstände an der Vollendung seiner interessanten Schrift verhindert ward.

Sg.

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Daniel Caspar von Lohenstein. Seine Trauerspiele und seine Sprache.

Von W. A. Pasiow. Progr. des Gymn. in Meiningen. 1851.

Yus dem Vorworte dieses namentlich für Literarhistorifer interessanten Pro: gramme erfahren wir, daß Passow in Verbindung mit Doctor Senneberger beab: sichtigt, jede auf dem Gebiete des deutschen Drama an sich oder durch ihren forts wirkenden Einfluß bedeutende Erscheinung bis zur Zeit Lesfinge zum Gegenstand Archiv f. n. Sprachen. XI.

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