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celles qui doivent avoir englouti affez d'eau , pour laisser à fec des montagnes hautęs de 12000 pieds géométriques, comme il s'en trouve dans l'un & l'autre continent. D'ailleurs ni la conformation actuelle des montagnes & de leurs couches diversement inclinées, ni la régularité de la figure des collines, dont les angles font par tout correspondans, ne s'expliquent qu'avec une peine extrême dans le lystême de M. de Buffon , quoiqu'il aît fait pour cela des efforts de génie dont très peu de gens seroient capables. Malgré ces efforts on ne comprend pas dans fa théorie, comment selon les loix du mouvement de l'équilibre & de la pesanteur , les flots de la mer après avoir élevé des fables, des terres, de petites pierres, des coquilles &c. les ont déposés par coueles parallèles & horisontales, mais pourtant toujours plus inclinées d'un côté que de l'autre; moins encore peut-on concevoir l'exiftence & l'effort des torrens que M. de Buffon suppose agir au fond de la mer , pour percer les couches des montagnes qui s'y font élevées, s'y ouvrir un passage & y former des collines & des vallées. Un Savant d'Italie foutient avec aflez de vraisemblance que le fond de la mer en eft l'endroit le plus calme (13).

L'Au

(13) Viaggi del Dottore Giov. Targioni Tozet. ti, Fiorenze 1751 · 1754. in 8.

MARS, 1764. 63 L'Auteur des Lettres à un Américain, a fait diverses autres objections pressantes contre toute cette théorie de M. de Buffon.

Mais si on l'abandonne, qu'y substituera-t-on? Faudra-t-il adopter ces terribles Volcans de l'Abbé Moro, & les regarder comme les sources des montagnes par leurs abondantes éruptions? M. RASPE s'y oppose. 1. Les couches régu. lières que l'on trouve par toute la terre, avec cette multitude immense d'animaux marins qu'elles contiennent , fe remarquent dans des lieux très éloignés des volcans, & où l'on n'apperçoit aucun vestiges de leurs explosions. 2. Les fables, la terre, les pierres calcaires, les marbres, les ardoises &c. n'annoncent ni un sol brûlé, ni des corps incendiés, mais des sédimens déposés par l'agitation de la Mer. 3. Notre Auteur qui a beaucoup vu, ajoute qu'il n'a jamais vu des corps marins, ni dans des ļits de cendre, ni dans des couches de pierres ponces, ou de pierres qui ont passé par le feu, Disons lę en un mot, on conçoit bien que des montagnes ont pu fe former des éruptions des volcans, mais dès qu'il s'agit de montagnes à lits régulièrement élevés les uns sur les autres, & entremêlés de couches composées de coquillages entassés comme ils le font, çette hypothèse de l'Abbé Moro n'est plus

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recevable, & avec elle tombe celle de Ray , qui regarde toutes les montagnes comme l'ouvrage des feux & des trcmbleinens fouterrains.

Il faut ajouter néanmoins , que le système de Ray a felon notre Philosophe, pris sous la plume de Hooke infiniment de vraisemblance. On eni trouve le détail dans un Traité de ce célèbre Physicien sur les tremblemens de terre, qui fait partie de ses Oeuvres pofthumes publiées in fol. à Londres en 1705. par Richard Waller. Dans ce système les couches régulières de la terre , fe font formées au fond de l'Océan, par l'agitation constante des eaux de la Mer, & par la production continuelle des plantes & des coquillages. Or ce fond de la Mer I. les feux & les tremblemens fouterreins, non seulement le rompent & forment les montagnes de ses débris entassés, mais ils l'élèvent avec ses couches & forment ainsi des montagnes & des illes. 2. D'autrefois ce fond de la Mer s'affaisle & tombe dans des cavernes souterreines. 3. La force des feux & des tremblemens ett fi grande, que quelquefois ils transportent des montagnes d'un lieu à l'autre. 4. Quelquefois encore ces feux fondent, lient, convertissent en chaux & en pierres les parties terrestres qu'ils atteignent. Telle est en fubftance l'hypothèse de Hooke. Mr. de Buffon & Hollman ont opposé

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entr’autres deux difficultés principales. Premièrement, disent-ils, ces productions de nouvelles montagnes, & de nouvelles illes qu'on fuppole l'effet du fond de la Mer foulevé, font trop rares pour y appuyer une théorie générale. Mais M. RASPE a fait voir que ces productions ne font pas aussi rares qu'on le croit. D'ailleurs où sont les hypothèses appuyées sur des observations aufli générales & aussi nombreuses qu'on le souhaiteroit? Que trouve-t-on à redire enfin au raisonnement que voici : Il est né de nouvelles illes du fond de la Mer soulevé , & le continent que nous habitons a fait anciennent partie de ce fond de la Mer; Donc il est probable qu'il en est forti de la même manière que ces isles; Donc il sera raisonnable de le préfumer, tant qu'on ne verra pas clairement , par des faits bien avérés, que notre continent est sorti de la Mer & a été élevé au point où il l'est par une autre cause, ou tant qu'on re prouvera pas que les illes de nouvelle création, sont d'une structure toute difféa rente de celle de notre continent.

C'est à cette dernière affertion que M. de Buffon a recours en fecond lieu. Ces

éminences (dit - il en parlant des

illes & des montagnes nouvelles ) ne „ font pas compofées de couches paral

lèles; les matières de ces éminences n'ont intérieur ment aucune liaison, Tome XX1. Part. 1, E

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„ aucune position régulière : enfin ces „ petites collines formées par des volcans,

ne présentent aux yeux que le désor

dre d'un tas de matière rejettée confuse»; ment.” A cela Mr. ŘASPE répond: 1. Qu'il souhaiteroit savoir quelle de ces ifles, de ces montagnes, l'illuftre Academicien de Paris a examinées par ses propres yeux? 2o. Il affirme & fur de bons garands à ce qu'il nous semble , que quelques unes des illes modernes ont leurs couches & leurs montagnes, comme celles de notre continent. A Santorin par exemple, la montagne de S. Etienne est d'un beau marbre blanc, qui donne d'excellente chaux; preuve certaine que cette partie de l'ille n'a jamais été expofée aux ardeurs des feux fouterreins. On peut voir ce qu'en disent Coronelli & Tournefort; mais il ne faut pas oublier la defcription du rocher ou de la nouvelle ille qui se forma en 1707. près de celle de Santorin. Les Mémoires de l'Acad. Royale de 1708. en contiennent la defeription , & d'autres Auteurs indiqués ici les ont confirmées. Délos a aussi des marbres & des granit. Nenfio de même; Spon & Tournefort y font exprès. Enfin ce n'est pas aux montagnes & aux ifles formées par les explosions des volcans, que Hooke a recours pour expliquer la formation de notre continent, c'eft aux isles & aux mon

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