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& pour empêcher l'inflammation de dé. générer en pus, pour prévenir les boutons & les apoftumes, tout ce qu'il y a à faire c'est de tâcher d'arrêter d'abord la fièvre & de la dompter. Si les pustules se manifestent, c'est parce que bien loin d'y mettre obstacle, on ne pense qu'à en favoriser l'é. ruption. Dès qu'un enfant , qui n'a pas encore eu la petite - Vérole se trouve in. commodé, on s'allarme & l'on croit qu'il va avoir cette maladie. Dans cette pensee on ne fait rien pour remédier à une indisposition, qui n'auroit été d'aucune conséquer ce fi on l'avoit d'abord combattue ; & l'on perd un temps précieux à atten. dre, comme l'on dit, ce qui en arrivera. Le mal ainsi négligé gagne de jour en jour, s'enracine & devient d'autant plus violent, que d'ordinaire (2) on enferme les enfans dans des chambres bien chaudes, on les met au lit, on les accable de couvertures, on leur donne des cordiaux, des 2lexipharmaques, & je ne fai combien de drogues pour expuller le prétendu venin varjolique. Au lieu donc de diminuer la fievre , on la fortifie de gaieté de cæur

cela

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(2) En Allemagne apparemment, car en Hol. lande comme en France & en Angleterre , on a af. fez généralement adopté dans la cure de la petite. Vérole, l'excellente méthode de Sydenham & de Boerhaave.

cela s'appelle jetter de l'huile dans le feu, & il n'est pas merveilleux que par de tels procédés, un mal très léger en lui même devienne une maladie sérieuse, & dont les conséquences font souvent li terribles.

Pour prouver que la petite-Vérole n'est dans le fonds qu'une inflammation, Mr. CASIMIR en parcourt les divers fympto. mes, & il montre que ceux même qui paroissent les plus finguliers, la salivation par ex., les pustules, la noirceur qui survient quelquefois aux boutons, & qui est d'un li mauvais présage &c, ne sont pas produits par un venin particulier, mais sont des effets tout naturels d'une fièvre in. flammatoire, dont on a négligé d'arrêter les progres.

Mais, dira.t.on, si la petite. Vérole n'est qu'une inflammation, on pourroit donc en étre souvent attaqué comme de toute autre maladie infiammatoire? Ausli le cas n'est-il pasrare , s'il faut en croire notre Auteur; bien des gens ont diverses fois la petite-Vérole, & ce qu'il faut sur tout obferver, ce mal reparoit affez fréquemment sous un autre masque, sous celui de la rougeole par ex; de la petite - Vérole volante, de la fièvre scarlatine &c. L'Auteur montre l'analogie qu'il y a entre ces divers maux & la petite. Vérole ; & au sujet de la rougeole en particulier, il fait une obfervation qu'il croit nouvelle & qu'effectivement nous ne nous rappellons pas d'a

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voir

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voir vu ailleurs. C'est qu'on peut faire fuppurer les rougeoles, enforte qu'elles de. génèrent en quelque sorte en petites. Véro. les. Il n'y a pour cela lorsque l'éruption est faite , & que les taches de la rougeole sont toutes formées, qu'à donner au malade le Quina en petites doses ; fi la fievre étoit trop forte, on pourroit le faire prendre avec des choses rafraîchissantes ; & fi au contraire elle étoit trop foible, y substituer un peu d'opium. Par ce moyen les taches au lieu de devenir rudes, de se desfécher & de tomber en écailles, viendront à suppuration & représenteront parfaite. ment la petite. Vérole. La seconde fièyre qui accompagne toujours la rougeole, & qui est la plus dangereuse, sera la même que dans l'autre maladie.

Mais, pour en revenir à celle-ci, notre habile Auteur tire un grand avantage de ce qu'elle est une maladie nouvelle , & il fait observer que si c'étoit un mal né. ceffajre , & dont nous portaflions le levain en venant au monde, nos Ancê. tres auroient du y être sujets aufli bien que nous. Or on n'en trouve aucune mention dans les Ecrits d'Hippocrate & de Galien, quoiqu'allurément ces deux grands Hommes aient été les meilleurs Observateurs de l'Antiquité, & qu'ils aient décrit toutes les maladies épidémiques avec la plus grande exactitude. Il est vrai que quelques Sayans ont cru décou

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vrir des traces de la petite. Vérole dans les Ouvrages d'Hippocrate & de Galien, & Mr. CASIMIR n'ignore pas ce qu'ont dit à ce sujet l'Arabe Rbazes (3), Mr. de Violante (4), & surtout Mr. de Habu (); mais il croit qu'ils ont été victorieu. lement réfutés par l'illustre Mr. de Werlboff (6), & s'il nous est permis d'en dire notre pensée, il faut en effet faire une étrange violence aux passages des Anciens que l'on cite, pour y trouver la petite. Vérole. Aussi presque tous les Savans conviennent-ils que cette inaladie est assez nou. velle, & qu'elle nous vient des Egyptiens, & des Arabes, chez lesquels elle le manifefta vers le commencement du septième siècle (7). Ce n'est pas qu'on veuille soutenir que personne n'en aît été attaqué avant ce temps-là : notre Auteur convient qu'il peut y en avoir eu des exemples, mais il croit avec raison qu'ils doivent avoir été très rares puisque les anciens Médecins n'en ont point parlé.

Après (3) Mead. Op. pag. 357, 358. (4) de Violarte de Variolis J. 2-9. (5) de Hahn variolarom antiquitates

& carbo peftilens a carbunculo, five variolis veterum diftinc. tus.

(0) Werlhoff de variolis & anthracibus.

(7) Mead de variolis & morbillis C. 1. pag. 301. Le Clerc Histoire de la Médecine &c. Freind Op. p. 330. Werlhoff Disquisitio de Variolis p.

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14. &c.

Apres tout il est incontestable que divers Peuples ne connoiffent ce fléau que depuis très peu de temps. Le P. Labat nous apprend qu'il étoit totalement inconnu aux Caraïbes en Amérique, avant l'arrivée des Europeens (8). Les Groenlandois l'ont reçu des Danois en 1734. & jamais ils n'en avoient oui parler auparavant (9). Ceux d'entre les Tartares qui ne se nourriffent que de viande & de lait, n'y étoient point sujets en 1734. & peut-être ne le sont-ils pas encore.

Les Calmouks sont aussi dans une heureuse ignorance à cet égard (10), & le célèbre Méad assure que les habitans du Cap-Verd furent pour la première fois infectes de cette maladie en 1718, par les Européens qui leur firent alors ce funeste présent (11). Si donc les Caraïbes, les habitans du Cap Verd, les Groenlandois, les Tartares & les Calmouks, ne connoif. soient pas la petite-Vérole avant que nous la leur apportaslions, il est évident qu'elle n'est pas un mal nécessaire & dont le ger

me

(8) Voyage de l'Amerique P. 4. C. 17.

(9) Relation de l'Islande & du Détroit de Davis par Mr Anderson p. 237. Description de la Groenlande par Hans Egede. Chap. 6.

(10) Parerga Medica conscripta a Damiano Synopæo Medico ordinario Nosocomii Cronstadientis Ann 1733. Petrop. 8. Cap. 6.

(11) Méad. Op. p. 237-305.

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