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huitième siècle et la première place entre les æuvres de Collin d'Harleville. Un vers d'une comédie de Dubuisson, le Vieux garçon :

Et j'ai pensé vingt fois épouser ma servante, a donné à Collin, ainsi qu'il a eu la bonne foi de le publier luimême, la première idée du Vieux Célibataire; mais son ouvrage, pour le fond, la forme et les détails, est de beaucoup supérieur à celui qui l'a inspiré : la fable inventée par Dubuisson manque d'unité et de simplicité; le style de la pièce est généralement mauvais, le dialogue est guindé, sec, dépourvu de facilité, de grâce et de naturel; enfin, l'ouvrage est tombé dans un juste oubli; la fable du Vieux Célibataire est, au contraire, excellente; tous les caractères sont parfaitement dessinés; et le style est constamment élégant, coloré et comique. M. Nisard a très bien caractérisé de la manière suivante, dans son histoire de la littérature Française, le talent de Collin d'Harleville:

“Collin a eu son jour de force comique : c'est celui où il créait, peut-être d'expérience, le rôle de la gouvernante dans le Vieux Célibataire. Ambitieuse et adroite, habile à jouer la douceur et le respect, ayant l'air d'obéir quand elle commande, impérieuse dès qu'elle se croit nécessaire, mais, quand le maître gronde, faisant retraite jusqu'aux repentirs larmoyants et aux demandes de pardon, Madame Évrard est le type de la gouvernante qui veut devenir l'épouse légitime. Acheminer le vieux célibataire au mariage sans l'y pousser; écarter, par de prudentes calomnies, un neveu et sa jeune femme de la maison d'un oncle incapable de haine et très-capable de retour; ménager un intendant complice de ses petits profits, qui veut sa main parce qu'il la sait bien pleine; poursuivre le maître en paraissant

l'attendre, et tenir l'intendant tout à la fois en échec et en espérance; voilà les fins auxquelles la rusée fait servir les qualités comme les vices de sa nature. Or c'est en cela que consiste précisément le caractère; la condition n'est qu'une occasion

pour le caractère de se montrer tel qu'il était avant, et tel qu'il doit rester après. Ce seul type fait du Vieux Célibataire le chef-d'oeuvre de Collin d'Harleville, et c'est assez, même sans le cortege des pièces agréables qui l'ont précédé ou suivi, pour lui assurer une modeste place dans une histoire des écrits durables.”

Il est impossible, ce nous semble, de s'exprimer d'une façon plus judicieuse, plus conforme à la vérité. Collin fait honneur aux lettres Françaises par le souvenir de pureté morale et de douce bonhomie qui s'attache à son nom. Il mourut à Paris en 1806; il avait publié lui-même en quatre volumes in-8° une édition de ses ouvrages (Théâtre et poésies fugitives de 7. F. Collin d'Harleville. Paris, 1805). M. Daru lui succéda à l'académie Française.

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Madame Évrard, housekeeper of M. Dubriage, an old bachelor, is anxious to secure her position by becoming Madame Dubriage, and thus obtaining, lawfully, the supremacy into which she has managed to creep. For that purpose, she has made a league with Ambroise, the steward or butler; and these worthies contrive to estrange their master from his nearest remaining relative, Armand, a nephew whom he has never yet seen. The young man, aster enlisting in the army, had married a lady of Colmar; Madame Évrard and Ambroise calumniate him, intercept his letters, and describe him as a worthless scamp, who has forfeited the esteem of all right-minded people. At the suggestion of George, M. Dubriage's porter and godson, Armand arrives in Paris, enters his uncle's service as a valet under the assumed name of Charles, and a counter scheme is laid between them with the view of obtaining the admission of Laure, Armand's wife, as a housemaid, and of thus defeating the plot of the intriguing housekeeper.

ACTE I.

SCÈNE I.

CHARLES (seul).
Ch. Je viens de l'éveiller; il va bientôt paraître.
Allons... il m'est si doux de servir un tel maître !...
Rangeons tout comme hier ; il faut placer ici
Sa table, son fauteuil, son livre favori.
Il aime l'ordre en tout, et, certain de lui plaire,
Je me fais de ces riens une importante affaire.

SCÈNE II.

CHARLES, GEORGES.

IO

:

Geo. Ah! l'on peut donc enfin vous saisir un moment,
Monsieur Armand. Ch. Toujours tu me nommes Armand,
Et tu me trahiras. Geo. Pardon, je vous supplie.
Ch. Charle est mon nom. Geo. Eh oui, je le sais; 'mais

j'oublie.
Je m'en ressouviendrai: ne soyez plus fâché.
Pendant que tout le monde est encore couché,
Causons : Dites-moi donc bien vite où vous en êtes,
Ce que vous devenez, les progrès que vous faites:
Votre sort en dépend ; j'y suis intéressé.
Ch. Eh! mais je ne suis pas encor très-avancé.
Il faut qu'avec prudence ici je me conduise...
Puis, j'attends qu'en ces lieux ma femme s'introduise,
Pour agir de concert. Geo. Oui, vous avez raison :

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