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RAPPORT

SUR LES PRIX
PRIX DE VERTU

PAR M. C. MILLOT

MESSIEURS,

Le Montyon lorrain qui fit de l'Académie de Stanislas la dispensatrice de ses libéralités en faveur de la vertu ne pouvait manquer d'avoir des imitateurs dans une ville renommée pour sa charité. Aussi le nombre croissant des récompenses affectées aux actes de dévouement filial ou maternel met de plus en plus votre rapporteur dans la nécessité de réduire sa tâche à la sécheresse d'un palmarès.

Puisse néanmoins l'énumération sommaire de tant de vertus cachées et de cruelles infortunes si vaillamment supportées faire naître en votre cœur l'émotion, la sympathie, l'admiration même qu'ont éprouvées au cours de leurs enquêtes les membres de votre com

mission!

SERIE VI, t. v, 1907

A

Mme Vagnier (1), née Thérèse Henry, le 10 mars 1828, à Colroy-la-Grande (Vosges), habite Nancy depuis 1855. Elle a tenu avec son mari un commerce d'épicerie, rue de la Commanderie. Quelques petites économies réalisées par le travail et la bonne conduite des époux ont été épuisées par la maladie de M. Vagnier, que sa femme a soigné avec tout son dévouement pendant quatre ans. Devenue veuve, elle a recueilli chez elle un neveu malade et sa femme qu'elle a entourés aussi des meilleurs soins et qui lui ont laissé, en mourant, une pauvre petite fille délicate à élever.

Cette digne femme, continuant son œuvre de dévouement, avait fait de cette enfant une bonne ouvrière qui travaillait pour aider sa vieille tante. Atteinte, elle aussi, de la maladie de ses parents, elle a dû renoncer à l'atelier et partage le dernier morceau de pain de Mme Vagnier, âgée aujourd'hui de plus de quatre-vingts ans et qui, jusqu'ici, n'a été secourue de personne, bien qu'elle ne possède pour toute ressource qu'un modeste revenu viager de 500 francs.

L'Académie accorde à Mme Vagnier un prix de 250 francs sur la fondation Gouy.

Plus jeune et par conséquent moins à plaindre, Mme veuve Urbain (2), née Marie-Julia Marlier, le 22 juin 1862, à Germiny, aujourd'hui habitant Nancy, n'en a pas moins mérité l'attention de l'Académie pour son dévouement maternel.

(1) Faubourg Stanislas, 58.
(2) Rue du Haut-Bourgeois, 12.

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Son mari ne travaillant plus et toujours malade a été soigné par elle pendant quatorze ans ; il est mort le 23 octobre 1900. Mère de cinq enfants, elle a pu placer ses deux petites filles aux Orphelines de la Providence (l'une des deux est morte depuis), mais les trois garçons sont restés à sa charge; elle a réussi à les élever sans autre ressource qu'un salaire de 75 centimes à franc par jour que lui rapporte son feston. L'aîné, il est vrai, âgé aujourd'hui de dix-huit ans, est ouvrier tapissier et gagne 2 francs par jour, mais les deux autres sont encore trop jeunes pour venir en aide à leur mère : ils vont à l'école municipale des Cordeliers et le directeur est content d'eux.

Mme Urbain ne se plaint pas et reconnaît que d'autres peuvent être plus malheureuses, elle a de la fierté et du courage et n'a jamais rien demandé. Elle ne refusera pas la somme de 150 francs, prélevée sur la fondation Gouy, que lui alloue l'Académie comme un témoignage d'estime.

Plus infortunée, en effet, est Mme Garnier (1), âgée de soixante-sept ans. Depuis quatre ans son mari septuagénaire est entièrement paralysé : bon ouvrier, il était resté trente-cinq ans dans la même maison. Ils ont une fille idiote, âgée de quarante-trois ans, qui ne leur est d'aucun secours, ayant elle-même besoin de soins. A cette double charge est venue s'en ajouter une troisième une petite-fille de Mme Garnier, amputée, couverte de plaies incurables, est morte en

(1) Rue de la Charité, 23.

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