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& féconde, leur lecture n'entraîne ni le dégoût, ni l'ennui. Une aimable ingénuité, une fimplicité charmante; voilà l'art qu'ils employoient pour amuser & pour plaire.

Quant à la Poëfie, elle étoit généralement cultivée. Jamais le Parnaffe ne fut plus habité, plus brillant; c'étoit, à proprement parler, le règne des Mufes. Une flotte de Poëtes, pour me fervir de l'expreffion de Pafquier *, de tout rang & de tous états, faifoient l'ornement de la Cour & de la Ville. L'Art des vers étoit encore, à la vérité, dans l'enfance: cependant les productions poëtiques de ce fiècle font, en grande partie, remarquables par l'élégance, la chaleur & le naturel qui y règnent; mérite qu'on ne connoît plus guère aujourd'hui.

Telle eft l'idée que, d'après la lecture, on peut se former des anciens Ecrivains François, & de leurs Ouvrages. Nous n'avons garde néanmoins de les admirer tous indiftinctement. Nous ne parlons que de ceux qui ont illuftré leur fiècle, & qui se sont rendus dignes de l'eftime de leurs contemporains, & des regards de la Postérité. Nous ne prétendons pas non plus qu'ils foient sans défauts : ils en ont fans doute, & notre délicateffe s'en offense. Mais ces défauts font ceux de leur fiècle. Nous conviendroit-il

de leur en faire un reproche, quand l'Égoïsme, l'abus de l'efprit, la préfomption, le faux goût & la fauffe Philofophie font les vices du nôtre? Il faut avouer qu'ils étoient plus favans que nous ne le fommes, & que, pour le temps où ils vivoient, ils ont parcouru à pas de Géant la carrière des Sciences & des Lettres, où nous nous traînons

* Recherches, Tom. I, Liv. vII, Chap. 6, Edit. in-fol.

à peine. Qu'ils humilieroient notre orgueil, s'ils pouvoient en être témoins! Ils chercheroient quels font les fondemens de notre prétendue fupériorité; & ils seroient bien étonnés d'appercevoir, malgré les efforts que nous faisons pour les cacher, les échâffes sur lesquelles nous fommes montés. Ils demanderoient pourquoi cette fombre rêverie, qui nous abforbe fi fort qu'elle passe avec l'ennui jufques dans nos Ouvrages, même de pur amusement : nous leur répondrions: Ne voyez-vous pas que nous fommes des Sages, occupés fans ceffe à écarter loin de nous la foule des préjugés, & que nous nous obstinons à éclairer, quoiqu'indigne de nos foins, le ftupide vulgaire ? Alors ils riroient de nos lumières ; &, loin de nous les envier, ils les compareroient à celles de nos Théâtres, dont la masse, quelque éclatante qu'elle foit, & malgré l'art avec lequel elle est distribuée pour produire la plus grande illufion, fans pouvoir jamais imiter la pureté du jour, ne jette & ne répánd qu'un jour faux fur les Acteurs & fur les Spectateurs.

Nous aimons les Lettres pour elles-mêmes, comme elles méritent d'être aimées, & nous difons, avec d'autant plus de liberté, notre fentiment, que nous n'avons aucunes prétentions. Eh! fur quoi feroient-elles fondées, quand celui, qui fait le plus, ne fait pas encore affez pour fe

croire en droit d'en avoir!

Elevé dans les principes févères du goût & de la vérité, nous ne nous en écarterons jamais; & la feule estime dont nous foyons jaloux, eft celle des honnêtes gens. C'est fans doute à ces principes que nous devons l'accueil favoque le Public éclairé a daigné faire, tant à notre

rable

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Difcours fur le Progrès des Lettres en France, qui est à la tête de notre Ouvrage, qu'à l'Ouvrage même, dont nous avons publié les deux premiers volumes, contenant la BIBLIOTHÈQUE FRANÇOISE DE LA CROIX DU MAINE. Ce fuffrage flatteur semble nous permettre l'espoir que le Public ne recevra pas moins favorablement la BIBLIOTHÈQUE FRANÇOISE DE DU VERDIEr.

Ce Bibliographe ne fe contente pas de rapporter feulement le nom des Auteurs, & le titre de leurs Ouvrages; il donne fouvent encore les Extraits des Ouvrages mêmes qu'il cite, & il a rendu par-là fa Bibliothèque infiniment plus riche, plus curieuse & plus intéressante. Pour éviter la confufion, nous avons renfermé ces Extraits entre deux crochets, afin de les féparer du texte, & principalement des Remarques, que nous avons placées immédiatement après l'Article auquel elles ont rapport. Nous avons encore eu l'attention, dans notre travail fur du Verdier, quand les deux Bibliographes parlent du même Auteur, d'indiquer exactement le volume & la page de la Bibliothèque de La Croix du Maine, où il eft question de cet Article, & d'y renvoyer le Lecteur. On s'appercevra facilement, par le nombre d'Aftérifques, ou Etoiles, qui diftinguent nos Remarques de celles de La Monnoye, que les nôtres fe font multipliées fous notre plume, en raifon de la richesse & de l'abondance des matières qu'offre du Verdier ; & que les Articles négligés, ou paffés fous filence par La Monnoye, ne nous ont point échappé, dès que nous les avons jugés dignes de fixer l'attention du Lecteur. En un mot, nous avons tâché d'y répandre la variété la plus inftructive, la

plus amufante & la plus agréable, en rassemblant, autant que nos connoiffances nous l'ont permis, tout ce que chaque Article a pu nous fournir d'intéressant sur la vie des Auteurs, fur leurs Ouvrages, fur la Littérature, la Critique, & la Bibliographie. Heureux, fi nos lumiè res répondoient au defir que nous avons d'être utile, en publiant cet Ouvrage.

Cette BIBLIOTHÈQUE fera terminée, comme celle de La Croix du Maine, par deux Tables générales; l'une Alphabétique de tous les Auteurs, par leurs noms propres; l'autre, de tous les Ouvrages, cités & détaillés, foit dans les Articles dont parle du Verdier, foit dans les Remarques qui les accompagnent; & nous diftinguerons chaque Ouvrage par le titre qui lui eft propre, & fous un titre général; comme Théologie, Jurifprudence, Hiftoire, &c.

Nous ne tarderons pas à publier les volumes qui doivent fuivre celui-ci. La reconnoiffance est un puiffant motif pour nous, de fatisfaire, à cet égard, l'empressement du Public.

PRÉFACE

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PRÉF A CE

D'ANTOINE DU VERDIER, SURSA BIBLIOTHÈ Q U E. CONSIDE

ONSIDÉRANT souvent à part-moy avec quelle véhémence l'efprit de l'homme fe tranfporte au defir du bien, je demeure eftonné de voir que tous tendans à iceluy, fi peu que merveilles y attaignent. La cause d'un fi grand erreur, à mon jugement, n'est autre que tous defirans ce qu'ils jugent eftre le bien, le nombre de ceux qui `en après s'attaquent au vray bien, & non à l'apparent, est très-petit. Parquoi nous voyons que le plus des hommes, fans arrest aucun, courent après l'or & l'argent, eftimans qu'en iceux gifent les vrayes richeffes, leur bien & béatitude: Et ne confidérent (les miférables) qu'autre chose n'y a qu'une extérieure apparence de bonté frefle & caduque fondée en la feule imagination & fantaifie des hommes, lefquels, laiffée la vérité des chofes, fe tranfportent témérairement aux ombres. Certes ils feroyent beaucoup mieux, fi, abandonnans la guide de ces fens déceptifs, ils fe mettoyent à fuivre l'instint de la raison qui est en eux, lequel fans ceffe les aiguillonne à croire & obéir à celle véritable maiftreffe, & les adreffe au vray bien. Et quelles font les voix de ceste noftre confeillere? Elles font fi claires, qu'aucun ne fe peut excufer de ne les ouïr, veu que toujours, fans intermiffion, elle crie dans nous. Ses cris continuels font, que le vray bien de l'homme ne gift pas en chofes BIBLIOTH. FRAN. Tome III. DU VERD. Tome 1.

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