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Au cimetière de Sainte-Cyriaque, sur la voie Tiburtine, nous avons découvert l'image de la sainte Vierge et peut-être les plus anciens portraits que l'on connaisse de sainte Cécile, de sainte Cyriaque et de sainte Catherine.

Au cimetière de Saint-Sixte, sur la voie Appienne, saint Paul et saint Sixte avec leurs noms; Suzanne et les vieillards, sous l'emblème d'un agneau et de deux loups, le seul sujet de ce genre connu jusqu'à présent; le couronnement d'un martyr ; Jésus-Christ et la Samaritaine, sujets très rares.

Au cimetière de Saint-Calixte, sur la voie Appienne, Jésus. Christ et les docteurs, la Résurrection de Lazare, la Multiplication des pains, le signe de la Rédemption entouré de fleurs, Jonas.

Au cimetière de Sainte-Agnès, sur la voie Nomentane, le Paralytique, Adam et Eve, Hérode et les Mages, Tobie et l'Ange. Au cimetière de Sainte- Priscille, sur la voie Salare, le triomphe d'un martyr.

Au cimetière de Saint-Zoticus, près de Rome, les quatre évan gélistes.

▲ Sainte-Praxède, saint Pierre, sainte Pudentienne et sainte Praxède avec leurs noms; etc., etc.

Quant aux monumens, tels que baptistères, chapelles, églises, salles de catéchumènes, tombeaux de familles particulières, nous en avons découvert plusieurs, et nous en publions un grand nombre inédits jusqu'à ce jour.

Les inscriptions ont été l'objet particulier de nos recherches. Nous avons fait un choix entre toutes celles qui offrent le plus d'intérêt sous le rapport de la religion, de l'histoire et de la symbolique, et un grand nombre de sujets de l'Ancien et du Nouveau Testament qui n'ont jamais été publiés. Toutes sont des fac-simile.

Les plus remarquables sont celles que nous avons copiées aux deux custodes des reliques, au dépôt des pierres sépulcrales du Vatican et surtout dans les catacombes, à mesure que les travailleurs les découvraient.

Les vases de verres peints sont au premier rang des objets qui aient été recueillis dans les catacombes. Les images qui décorent ces

verres sont gravées sur fond d'or. Elles représentent Jésus-Christ, la sainte Vierge, saint Pierre, saint Paul et d'autres saints, presque toujours accompagnés de leurs noms. Quelquefois aussi les sujets sont tirés des deux Testamens, ou sont purement symboliques. Ces vases servaient à recueillir le sang des martyrs, au culte, et à la célébration des Agapes.

Les lampes, trouvées dans les catacombes de Rome, forment un des articles les plus importans du mobilier funéraire de la primitive Église.

Ces lampes sont pour la plupart en terre cuite, on en bronze; elles sont ornées de figures d'animaux et de symboles. Nous y avons joint des vases de terre déposés à la custode des reliques, quelques instrumens de martyre et des jouets d'enfans. Enfin, nous donnons une collection d'anneaux, ou pierres précieuses, tirés du cabinet du docteur Hamilton, presque tous inédits, et sur lesquels sont gravés des sujets appartenant à l'iconographie chrétienne des premiers tems de l'Église.

Nous venous d'exposer l'objet et l'ensemble de nos études. Heureux si nous avons bien rempli notre tâche ! Plus heureux encore d'offrir à notre Patrie, ROME SOUTERRAINE dans son véritable caractère !

PERRET.

Histoire philosophique.

DE LA PHILOSOPHIE CHEZ LES ROMAINS,

ET DE SON INFLUENCE

PENDANT LES DEUX PREMIERS SIÈCLES DE L'EMPIRE.

PREMIÈRE PARTIE.

APPRECIATION DES SYSTÈMES QUI DOMINAIENT A ROME VERS LE
COMMENCEMENT DE L'ERE CHRÉTIENNE 1.

IX.

Ce que le stoïcisme entendait par providence. C'était la matière et la nécessité.

Mais comment donc interpréter ce que les Stoïciens disent de la Providence, du gouvernement de l'univers par une intelligence souveraine? La contradiction est assez flagrante, et sans doute, pour l'éluder, le stoïcisme aura besoin de singuliers raisonnemens, d'hypothèses bien téméraires qui rendront peut-être laborieuse la tâche de la critique ; mais cette difficulté, il faut pourtant l'aborder avec résolution; il le faut, non-seulement parce qu'elle est capitale pour la question présente, mais aussi parce qu'elle touche à l'essence même du polythéisme, à l'explication de grands problèmes dans l'histoire de l'antiquité. Que l'on veuille donc bien encore excuser l'abondance des citations par l'importance et les difficultés du sujet.

Déjà, en jetant un coup d'œil sur ces dogmes sublimes dont le stoïcisme a revendiqué la défense, l'existence de Dieu et la providence divine, nous avons entendu Balbus prononcer quelques mots étranges, qui contrastent péniblement avec les vérités proclamées par lui. Balbus a dit : « Ceux qui accordent qu'il y a des dieux. La »> nature des dieux est toute puissante. C'est une idée innée en » tous qu'il y a des dieux 2. » Le stoïcisme nierait-il donc l'unité de

1 Voir le 2 article, au no 16, tome 111, p. 274.

2 Qui deos esse concedunt.- Natura deorum præpotens. tum est esse deos.

· Omnibus inna

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Dieu? Se serait-il jusque-là évanoui dans ses pensées? ou après avoir reconnu par ses œuvres la vertu et la divinité de l'auteur du monde, de l'Etre dont l'essence est incommunicable, aurait-il refusé de le glorifier, et de lui rendre grâces? Se serait-il jusqu'à ce point rendu inexcusable, et justiciable des anathèmes de S. Paul '? Eh! quoi donc! Le sage du Portique aurait feint d'adopter ces croyances honteuses et stupides, qui depuis tant de siècles dominaient dans le vulgaire pour témoigner par un effroyable témoignage que l'homme est un être religieux aussi bien qu'un être social (Swoν πoditexov, comme dit Aristote), et que lui ôter la croyance au Dieu saint et unique, c'est lui imposer la croyance à des dieux impurs, l'adoration de la matière ou de lui-même! Cette école dont nous attendions les enseignemens et l'histoire pour contraster avec ceux de l'épicuréisme, pour venger la nature divine de tant de mépris et la nature humaine de tant d'ignominie, le stoïcisme aurait donc été ignorant de la vérité la plus haute ou complaisant mensonger de la plus funeste des erreurs? Hélas! il faut le dire le stoïcisme fut jusqu'à un certain point l'un et l'autre. Il adopta des principes déplorables et il sembla désireux de les adapter aux idées du vulgaire qu'il n'admettait pourtant pas. Rougissons pour la philosophie et pour le genre humain; mais ne craignons pas de découvrir la vérité tout entière. Peut-être, en allant au fond des choses, trouverons-nous, même pour aujourd'hui, d'utiles enseignemens.

« Le monde, suivant les stoïciens, est gouverné par une Providence >> intelligente, dit Diogène Laërce, par un esprit qui circule dans » toutes ses parties ( ɛiç åñav aůtoũ μépoc diǹxovtos), comme notre ⚫ âme dans nous, mais plus ou moins selon ses parties diverses. Le » monde est un animal ( c'est à-dire un être vivant, ¿ãov), un être » raisonnable dont la partie souveraine (to yeμovixòv, le principatus » de Cicéron), est l'éther, le ciel, ou le soleil, selon différents chefs » de la secte. » Chrysippe dit aussi quelque part que c'est « la partie la plus pure de l'éther, qu'ils appellent le premier Dieu et qui est répandu sensiblement dans les corps célestes, les animaux, les plantes et la terre elle-même, suivant leur capacité (xa'tv) 4.

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St Paul, Aux Romains, 1, 21.

2 Justus et tenax propositi.

3 Diogène, vii, 138.-Il cite Chrysippe et Possidonius.

4 VII, 139. Cf. 142.

« Ce qui est animé, dit l'école stoïcienne, est au dessus de ce qui » ne l'est pas; or rien n'est au dessus du monde; donc le monde est » animé (Swov) '. »

C'est ainsi que Zénon argumentait pour prouver que le monde est raisonnable. Il disait encore que, diverses parties du monde étant douées de sens, que, le monde engendrant des êtres animés et raisonnables, il a lui-même pour attributs le sens, la vie et la raison 2. Le monde des Stoïciens est animé, dit encore au même lieu Diogène Laërce; on le voit par notre âme, qui en est un frag» ment 3

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༣.、

Le système pantheiste est là bien clairement indiqué. Il l'est plus clairement encore, s'il est possible, dans ce passage de Diogène : «Zé⚫ non et Chrysippe disent que la matière première est la substance » de tous les êtres". » — Il ne l'est pas moins dans la suite du passage de Cicéron, où Balbus, reprenant la parole en son propre nom, déclare que les êtres vivants sont vivants, parce qu'ils possèdent la chaleur, principe de la vie ; que par conséquent la chaleur répand la force vitale dans la nature entière 5; que la raison et la sagesse existant dans certaines parties du monde, doivent, à plus forte raison, se trouver dans sa partie souveraine; que par conséquent le monde est Dieu 6.

K

Qu'y a-t-il, dit encore Balbus, de plus insoutenable que de refu» ser le titre d'excellente à cette nature qui renferme tout; ou, si » elle est excellente, de ne pas la reconnaître pour animée, raison»nable et sage... L'homme peut devenir sage, mais le monde,s'il ne ⚫ l'était éternellement, ne pourrait jamais le devenir. Il serait donc * au dessous de l'homme. Or,cela est absurde; il faut donc tenir le ⚫ monde pour sage et pour Dieu... L'homme n'est point parfait,mais ▲ Ibid., 143.

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2 Cic., De nat. deor. 11, 8.

3 Εμψυχον δὲ ὡς δῆλον ἐκ τῆς ἡμετέρας ψυχῆς, ἐκεῖθεν οὔσης ἀπο σπάσματος.

4 Οὐσίαν δὲ φασι τῶν ὄντων ἁπάντων τὴν πρώτην ὕλην, ὡς καὶ Χρύσ σιππος ἐν τῇ πρώτῃ τῶν φυσικῶν, καὶ Ζήνων. Diogène, vir, 150.

Cic., De nal. deor., 11, 9-10.

6 Ibid., 11.

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