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les deniers ont été d'argent fin jusqu'au règne de Philippe I, père de Louis-le-Gros. En 1103, on y mêla un tiers de cuivre, moitié dix ans après, les deux tiers sous le Philippe-le-Bel, et les trois quarts sous Philippe de Valois. Cet affaiblissement a été porté au point que vingt sous, qui avant le règne de François Ier, faisaient une livre réelle d'argent, n'en renfermaient pas dans la suite le tiers d'une once. On prétend que Charlemagne était aussi riche avec un million, que Louis XV avec 66. Vingt-quatre livres de pain blanc coûtaient un denier sous Charlemagne. Ce denier était d'argent fin et sans alliage.

De toutes les anciennes dénominations de nos monnaies, il ne nous reste plus que le franc. Ce ne fut que sous Charles-le-Chauve, en 864, qu'on mit sur les monnaies de France l'effigie du prince régnant ; et sous le règné de Philippe le Bel, en 1282, que les monnaies commencèrent à porter la légende: Sit Nomen Domini benedictum.

MONOGRAMME. Les monogrammes sont des caractères factices ou des chiffres composés de toutes ou des principales lettres d'un nom. Les monogrammes qui tirent leur origine des liaisons, des conjonctions et des enclaves, sont donc un assemblage de plusieurs caractères entrelacés qui semblent n'en former qu'un seul. On commença d'abord par joindre ensemble deux ou trois lettres', pour se ménager un espace qui pût contenir le mot qu'on voulait écrire ; de là on passa tout naturellement à la conjonction de toutes les lettres dont il était composé.

les plus

Cette sorte d'écriture très ancienne fait souvent éprouver à ceux qui veulent la déchiffrer, des difficultés insurmontables habiles s'y trouvent souvent trompés.

Les nouveaux diplomatistes relèvent à ce sujet une méprise de dom Mabillon même. Ils soutiennent et prouvent presque démonstrativement qu'il a mal interprété un monogramme de Clovis II, qu'on trouve sur un diplôme qui confirme le privilége d'exemption accordé au monastère de Saint-Denis par saint Landry.

parfaits, quand

Les monogrammes sont parfaits ou imparfaits toutes les lettres qui composent le mot y sont exprimées ; ils étaient tous tels aux 8, 9 et 10° siècles: imparfaits, quand il n'y a qu'une

1 Buonarruoti, Osserv. sopra framm. di vetro, p. 237.

partie des lettres exprimée; tels étaient tous ou presque tous les plus anciens monogrammes dont on n'a des modèles que par les médailles ou les monnaies. Ces sortes de chiffres remontent bien au delà de Jésus-Christ; et pour la France, quoique l'on trouve dans Le Blanc une médaille de Pépin avec un monogramme, son fils Charlemagne est ordinairement regardé comme le premier qui en introduisit l'usage. sur nos monnaies. Il subsistait encore sous le roi Robert; mais il n'en fut plus question depuis. Comme les monogrammes des monnaies n'entrent point dans le plan de cet ouvrage, on n'y insistera pas plus longtems.

Les monogrammes des diplomes, outre le mot propre monogramma, sont souvent désignés dans les annonces par nominis anagrammate, charactere, signaculo, nomine, propriá manu, annotatione, etc. (Voyez ANNONCE).

Tout ce qu'on peut dire sur l'antiquité des monogrammes dans les actes, c'est que, puisqu'on en trouve en France dès le commencement du 7e siècle', et que les rois lombards en usaient alors, on peut bien les faire remonter au moins au siècle précédent. Depuis Charlemagne, on vit des exemples de cette coutume dans tous les pays de l'Europe. Les Capétiens la suivirent d'abord assez exactement; ensuite ils s'en écartèrent tous les jours de plus en plus; enfin, vers le commencement du 14° siècle, ils renoncèrent tout à fait aux monogrammes; et les derniers monogrammes royaux que l'on trouve en France sont de Philippe-le-Bel, mort le 29 novembre 1314. Depuis, on n'en rencontre plus, même dans les diplômes les plus solennels. Ils étaient déjà devenus rares partout dès le milieu du 12° siècle. Les empereurs ne les abandonnèrent que plus de cinquante ans après; et ce fut Maximilien Ier qui en supprima l'usage dans les diplômes impériaux, et qui y substitua, en 1486, celui de la souscription de sa propre main.

Dès le commencement du 9. siècle, on connaît des monogrammes du nom des papes, qui servaient de signatures; mais ils n'en usèrent que dans ce siècle. Toutes bulles, hors de cette époque, qui en seraient munies, seraient pour le moins suspectes. En revanche, ils 1 Supl. De re dipl. p. 69. — Ibid. p. 110, 377, 378, 606, 608.

mirent souvent en monogramme leur salutation finale bene valete ; encore ne fut-ce qu'après le 10° siècle. Voyez SALUTATION, SOUS

CRIPTION.

Il n'y eut pas jusqu'aux évêques et aux abbés qui, à l'mitation des rois, commencèrent dans le 9° siècle à user du monogramme pour tenir lieu de leur signature. Les exemples d'abord en furent rares; mais ils devinrent assez communs dans le 12.

La position du monogramme a beaucoup varié ; mais on les plaçait plus communément ou entre les titres honorifiques du prince, ou après le mot signum. C'est cette dernière place que tiennent les monogrammes Carlovingiens; et les paroles qu'indiquent ce signe sont toujours de la main du chancelier ou notaire, qui souscrit luimême un peu au dessous du prince.

Les monogrammes n'étaient pas indifféremment admis dans tous les diplômes royaux ; ils n'avaient pas lieu dans tous les mandats, jugements et arrêts où le roi parlait ; ils étaient rares quand les diplômes portaient les signes ou les souscriptions des grands ou des prélats.

Nos rois pour la plupart ne les composèrent point de plus d'un mot c'était leur nom propre, dont ils avaient coutume d'exprimer toutes les lettres. Quelques-uns pourtant y firent entrer le mot Rex. Les empereurs, depuis Henri II, y introduisirent au moins les initiales de plusieurs autres mots, ce qui les rend très difficiles à déchiffrer.

De tous nos rois, il n'y eut peut-être que Charles-le-Chauve qui écrivit son monogramme en rouge; encore ne fut-ce que depuis son avénement à l'empire, et seulement quand son chancelier contresignait ses diplômes; tous les autres sont en noir.

Les espèces de monogrammes variaient encore plus souvent que les noms; on peut pourtant les rappeler presque tous à trois espèces principales. Ou ils formaient des croix dont le centre fut assez souvent un losange; nous en avons donné un exemple'; ils ont commencé sous cette forme sur le déclin du 8° siècle, et n'ont duré que jusqu'à la fin du 11°, où ils paraissaient sous la forme d'une croix de Saint-André, ou sous celle d'une H. Ces dernières, qui étaient en carré, ont paru

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1 Voir notre pl. 39, celle de l'écriture allongée, t. x, p, 187 (3e série).

dès les premières années du 9' siècle, et n'ont cessé absolument que vers le 14°.

En général, on ne peut rien conclure de la dissemblance des monogrammes d'un même prince, ni quant à leurs figures, ni quant à leurs traits; rien de plus commun que cette dissemblance. D'un grand nombre de monogrammes qui nous restent du roi Robert, on n'en trouve point qui se ressemblent.

Quant à la main qui a tracé le monogramme, il est assez difficile de distinguer quelle elle est, si c'est du prince ou de son chancelier. Tout ce qu'on peut dire là-dessus, c'est que, si l'annonce porte expressément que le monogramme vient de la propre main du roi, on peut juger que le chancelier n'y a point eu de part.

Le Glossaire de Ducange', dit que les rois de France, lorsqu'ils ne formaient pas leur monogramme de leur propre main, ordonnaient qu'il fût tracé au pied de leurs diplômes. On ne pense pas qu'il faille absolument se fier à cette règle, et croire que le jussimus que l'on trouve alors dans l'annonce soit une preuve bien décisive que le monogramme n'ait point été tracé de la main du roi même.

MONT CARMEL (Les chevaliers du) Ancien ordre de chevalerie, fondé pour protéger la Terre Sainte. Tombé en décadence, il fut confirmé de nouveau par Louis XIV en 1664 et réuni à celui de Saint Lazare de Jérusalem. Les chevaliers portaient sur leur manteau une croix de velours à bordure d'argent, avec une image de la Vierge.

MONT-JOIE (Les chevaliers de). Ainsi nommés du nom d'une montagne de Palestine hors de la ville de Jérusalem. Le pape Alexandre III confirma cet ordre en 1180. Ils rendirent de grands services en Espagne dans la guerre contre les Maures, ce qui fit que le roi leur donna la ville de Monfrac en Castille, d'où leur est venu le nom de chevaliers de Monfrac. Ferdinand le Saint les réunit à l'ordre de Calatrava. Les chevaliers portaient le costume des Templiers, c'est-àdire une croix rouge sur un habit blanc.

MONT-JOUX. Monastère, hôpital, dit aussi le Grand Saint Bernard de Mont-Joux ; ordre de chanoines réguliers fondé par S. Bernard de Menthon, ayant pour but de recuellir et de soigner les voyageurs qui

I Voir t. IV col. 1017.

traversent les Alpes, et qui se trouvent surpris par la neige ou le froid. Les services rendus par ces religieux sont immenses. Après avoir traversé, sans être trop inquiétés, les terribles orages de la Révolution française, ils viennent récemment d'être dépossédés de leurs domaines par la révolution suisse de 18481. Leur costume actuel était celui des prêtres séculiers, à l'exception d'une bande de toile blanche, large de deux doigts, portée en écharpe de l'épaule droite au côté gauche.

MONTRES. Les actes des anciens chartriers intitulés montres, monstræ, monstrationes, étaient des listes des gens de guerre que les seigneurs devaient fournir à leurs souverains à tels gages; ils étaient ordinaires aux 14 et 15° siècles. C'est de ce mot qu'est venu le terme de montre, pour dire paie du soldat.

MONT-VIERGE (Religieux du) ou Virgiliens. Fondés en 1119 par S. Guillaume de Verceil, pour faire pénitence et recueillir les pauvres et les malades dans diverses infirmeries. Approuvés par Alexandre III, sous la règle de S. Benoît; relâchés, puis réformés en 1611. Ils ne pouvaient avoir en même tems plus de trois religieux du même pays. Ils ont encore en ce moment une quarantaine de mo

nastères.

MONUMENS. Sous le mot de monumens, dans la basse latinité monumina, munitiones, etc., on comprend non seulenient toutes sortes d'anciens titres, comme diplômes, chartes, priviléges, etc., mais encore tout ce qui peut nous donner des éclaircissemens sur l'antiquité, comme les inscriptions lapidaires et métalliques, les monnaies, les médailles, les tombes, etc. C'est un mot générique. Voyez DIPLOMES, PAGES, ÉCRITURES, ENSEIGNEMENS, etc.

MOTS. Les manuscrits de la plus haute antiquité ne paraissent pas composés de mots; on dirait que ce n'est qu'une suite de lettres serrées les unes auprès des autres, sans aucune division ni distinction quelconque. Cette confusion des mots entre eux marque des tems antérieurs au 9e siècle; elle caractérise particulièrement les manuscrits antérieurs à Charlemagne, et les diplômes antérieurs à Pépin-le-Bref. Cette règle diplomatique est généralement reconnue de tous les auteurs. Cependant, plus d'un siècle avant Charlemagne, on découvre des 1 Voir les Études historiques sur l'établissement hospitalier du grand Saint-Bernard, etc., par Mgr Lucquet, in-8,-1849.

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