Page images
PDF
EPUB

humiliante, comme l'âme du Lépreux de la cité d'Aoste, c'est à elle que Xavier de Maistre s'attache avec une sorte de prédilection, pour nous en expliquer les plaisirs et les peines, et pour peupler, si j'ose ainsi dire, la solitude du pauvre lépreux des émotions infinies d'un cour froissé et affectueux.”

5 Pour compléter cette notice il ne faut pas oublier que M. Xavier de Maistre était non-seulement un écrivain hors ligne, mais un peintre distingué et un habile chimiste. Il présenta à l'académie de Turin différents travaux qui furent trèsremarqués à leur date, et qui ont été imprimés dans les 10 mémoires de cette société savante.

GUSTAVE MASSON.

HARROW,

Novembre, 1877.

LA JEUNE SIBÉRIENNE.

The following extract is the best introduction we can give to Count de Maistre's touching narrative

“La jeune Sibérienne est surtout délicieuse par le pathétique vrai, suivi, profond de source, modéré de ton, entremêlé d'une 5

observation fine et doucement malicieuse de la nature humaine, que le sobre auteur discerne encore même à travers une larme. Ici un nouveau point de comparaison, une nouvelle occasion de triomphe lui a été ménagée, et, je suis fâché de le dire, sur

une dame encore. Mm Cottin, dans Elisabeth ou les exilés 10 de Sibérie, a fait un roman de ce que M. de Maistre a sim

plement raconté. Chez elle, on a une jeune fille rêveuse, sentimentale, la fille de Pexilé de la cabane du lac; elle a un noble et bel amant, Smoloff ; c'est lui qu'elle souhaiterait pour

guide dans son pèlerinage, mais on juge plus convenable de 15 lui donner un missionnaire ; elle finit par épouser son amant.

La simple, la réelle, la pieuse et vaillante jeune fille, Prascovie, périt tout à fait dans cette sentimentalité de Mme Cottin.”

(Sainte-Beuve, Portraits contemporains.)

LA

JEUNE SIBÉRIENNE..

LE courage d'une jeune fille qui, vers la fin du règne de Paul Ier, partit à pied de la Sibérie, pour venir à Saint-Pétersbourg demander la grâce 'de son père, fit assez de bruit dans le temps pour engager un auteur célèbre à faire une héroïne de roman de cette intéressante voyageuse. Mais 5 les personnes qui l'ont connue paraissent regretter qu'on ait prêté des aventures d'amour et des idées romanesques à une jeune et noble vierge qui n'eut jamais d'autre passion que l'amour filial le plus pur, et qui, sans appui, sans conseil, trouva dans son coeur la pensée de l'action la plus généreuse 10 et la force de l'exécuter.

Si le récit de ses aventures n'offre point cet intérêt de surprise que peut inspirer un romancier pour des personnages imaginaires, on ne lira peut-être pas sans quelque plaisir la simple histoire de sa vie, assez intéressante par 15 elle-même, sans autre ornement que la vérité.

Prascovie Lopouloff était son nom. Son père, d'une famille noble d’Ukraine, naquit en Hongrie, où le hasard des circonstances avait conduit ses parents, et servit quelque temps dans les housards noirs; mais il ne tarda pas à les 20 quitter pour venir en Russie, où il se maria. Il reprit ensuite dans sa patrie la carrière des armes, servit longtemps dans les troupes Russes, et fit plusieurs campagnes contre les

« PreviousContinue »