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guerres de 1630 vinrent annuler ce privilége, avec les résultats que ce prince en attendait. En même temps, une peste cruelle ravagea nos provinces, et fit à Chambéry de nombreuses victimes. Cette ville n'avait point encore perdu le souvenir de tous ses malheurs, lorsque l'édit du 17 janvier 1720 supprima la Chambre des Comptes de Savoie, et lui enleva cette Cour célèbre qui, depuis tant de siècles, était pour elle une source d'illustrations et d'avantages. Avec la Chambre fut transporté à Turin ce qui restait encore de ses précieuses archives (7). Là se trouvaient les immenses

(7) Une grande partie des titres de la Chambre des Comptes avait déjà été transportée au-delà des Alpes avant l'Edit de 1720. En 1536, lorsque François Ier, ce prince que l'on s'est plu à représenter comme le type de l'honneur et des vertus chevaleresques, déclara la guerre au duc Charles III avec autant d'injustice que de déloyauté, on chercha à soustraire au nouveau parlement établi à Chambéry, les titres les plus précieux de la Chambre des Comptes. Quelques-uns furent enlevés par les auditeurs et expédiés à Turin ; d'autres cachés sous le mausolée de la duchesse de Nemours, dans la chapelle du château, d'où le sieur Maistre Carraz les retira solennellement le 16 août 1559. (Capré, Traité hist. de la Ch. des Comptes, p. 84.)

Le 21 août 1600, Henri IV s'empara de Chambéry, et Louis XIII à son tour reçut la soumission de cette ville le 16 mai 1630. Dans ces deux circonstances, les syndics

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registres des trésoriers généraux, et ces milliers de rouleaux qui comprenaient les comptes des péagiers et des châtelains de Savoie. Les doctes recherches de MM. Datta et Cibrario nous ont indiqué les richesses que renferment ces documents de notre histoire nationale. Honneur à ces savants, qui ont ouvert avec un si brillant succès cette mine ignorée et féconde (8)!

Il était naturel de supposer par analogie que les comptes des anciens administrateurs et trésoriers de

obtinrent une honorable capitulation, où se trouve reproduit l'article suivant.

<«<Les tittres pappiers et documentz concernant le do<<< meyne et patrimoyne des estats deca les monts seront << mis par bon inventayre pour estre retenuz gardez et << conservez ez archiv. de la dicte chambre ou aultres « lieux de la dicte ville en toutte surreté et le surplus << pourra estre librement transporté della les monts dis<< traction faicte d'iceulx tittres et seront expédiez les << passeports requis et nécessayres pour cest effect. » (Archives de la ville de Chambéry.) Ce qui fut exécuté pour un grand nombre de documents importants.

Les archives de la Chambre des Comptes perdirent également, en 1601, tous les titres qui concernaient les provinces échangées contre le marquisat de Saluces. On en fit remise à la France après la signature du traité de Lyon. (8) V. Cibrario, Delle finanze della monarchia di Savoia; Economia politica del medio evo. - Datta, Storia dei principi d'Acaia; Spedizione in Oriente di Amedeo sesto.

la commune de Chambéry pouvaient renfermer aussi quelques indications précieuses. MM. les Syndics ont bien voulu me donner toutes les facilités possibles pour les consulter, et mon attente n'a point été trompée : il s'y trouve des détails curieux dont la publication pourrait offrir une collection intéressante de matériaux historiques. J'ai cherché à en réunir quelques-uns dans ce Mémoire, qu'a précédé déjà un trop long préambule.

Pendant les premiers règnes de la monarchie de Savoie, nos souverains avaient la noble et touchante coutume de présider eux-mêmes à l'administration de la justice. On sait le chêne de Vincennes à l'ombre duquel saint Louis venait s'asseoir pour écouter les réclamations et les plaintes de ses sujets; souvent, comme le bon roi, nos princes, entourés de leurs conseillers, avaient tenu leurs assises en plein air, et rendu maints jugements paternels sur les rochers pittoresques de Charbonnières ou de Chillon. Mais bientôt l'agrandissement de leurs domaines et les guerres continuelles qu'ils eurent à soutenir, les obligèrent à des changements de résidence si fréquents, qu'il devint difficile et fort onéreux pour leurs sujets de recourir au conseil ambulatoire qui résidait auprès de leurs personnes (9).

(9) Le seul compte d'Aymon de Challant, seigneur de

Les comtes de Savoie conçurent alors la pensée d'établir dans la capitale de leurs états un tribunal inamovible, et l'on a long-temps attribué au comte Aymon la création du conseil résidant à Chambéry. Capré dit même que ce prince en régla les ordonnances le 29 novembre 1329 (10); mais les savantes recherches de M. le chevalier Cibrario ont prouvé que cette institution existait déjà en 1327, et date au moins du règne d'Edouard-le-Libéral (11). C'est peu

Fénix et d'Amaville, châtelain de Chambéry en 1356, fournit les indications suivantes.

Le Comte-Vert et son conseil se trouvaient à Evian le 21 février 1356, à Pont-d'Ain le 18 mars, à Mont

luel le 21 mars, à Pont-d'Ain le 8 mai,

le 22 août, à Rivoli le 17 novembre.

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Ce prince était à la fin d'avril au château de St-Martin en Bresse, où les syndics de Chambéry lui envoyèrent une députation, et le 20 juin de la même année, il accompagna Bonne de Bourbon, sa jeune épouse, à la première entrée que cette princesse fit dans sa capitale. (Compte de Jean Bonivard et Guillaume Ronda, syndics en 1556.)

Les prédécesseurs du Comte-Vert, Amédée V, Edouard, Aymon, sans cesse en guerre avec les Dauphins, furent obligés à des changements de résidence plus fréquents

encore.

(10) Capré, Traité histor. de la Ch. des Comptes, p. 8. (11) Cibrario, Delle finanze della monarchia di Savoia ( opuscoli ).

de temps auparavant que les rois de France avaient rendu sédentaires à Paris les cours souveraines du Parlement et de la Chambre des Comptes. Louis X, en 1315, établit dans le palais royal le siége de ces tribunaux, et Pilippe-le-Long, son successeur, régla leurs attributions, celles des Cours d'enquêtes et de requêtes, et celles des Poursuivans-le-roi. Dans l'année 1319, ces Poursuivans-le-roi n'étaient autre chose que le conseil résidant près de la personne du souverain (12). Les légistes, qui, sous le règne de Philippe V, eurent une immense influence, écartèrent de ce conseil les évêques et les abbés, qui, depuis l'institution des placites généraux, y occupaient le premier rang, et leur substituèrent des clercs et des hommes de loi. Nos princes, en établissant dans leur capitale un tribunal résidant, voulurent suivre peutêtre le sage exemple que leur donnaient les rois de France; mais ils ne les imitèrent point dans leur dernière innovation : les évêques de Tarentaise, de Maurienne, d'Aoste et d'Ivrée, les abbés de Saint-Maurice, et parfois les prieurs de quelques autres grandes abbayes, continuèrent à faire partie de leur conseil et à y tenir la première place. Après eux, venaient les seigneurs, qui siégeaient dans l'assemblée en costume militaire; puis enfin les jurisconsultes. Quelques-uns

(12) Martin, Histoire de France, t. VI, p. 426.

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