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NOUVELLE

DES CONTEMPORAINS.

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POR

PORCHER (GILLES, comte de RICHEBOURG), pair de France, commandeur de la légion-d'honneur, naquit à La Châtre, dans la cidevant province de Berri, en 1753. Ses études furent dirigées vers les sciences exactes; cependant il suivit une autre carrière, et il était au commencement de la révolution, subdélégué et procureur du roi près le tribunal civil du district de sa ville natale. Il fut appelé par le vœu de ses concitoyens du département de l'Indre aux fonctions législatives. Nommé, en 1791, député suppléant à l'assemblée législative, il n'y prit point séance; mais il fut, par suite d'une nouvelle élection, en 1792, appelé à siéger à la convention nationale. M. Porcher avait adopté avec franchise, mais en même temps avec mesure, les principes de la révo lution. Il ne s'était encore que peu fait remarquer lors du procès du roi, procès dans lequel il s'exprima en ces termes : « Je vote, non comme jnge, je n'en ai pas le droit, mais comme représentant du peuple, chargé de prendre des mesu

T. XVII.

res de sûreté générale; je ne me dissimule pas qu'il est difficile d'en prendre qui soient absolument exemptes de dangers.....; j'adopte la mesure de la détention jusqu'à ce que la paix et la liberté soient consolidées, et je me détermine d'autant plus à cette mesure, que je crois qu'elle aura de l'influence sur le succès de la campagne prochaine. gne prochaine. » Il se prononça ensuite pour l'appel et pour le sursis. M. Porcher évita dans toute sa carrière politique les excès auxquels se laissent entraîner les majorités; il tint presque toujours un juste milieu. Il fut souvent employé dans les comités, particulièrement dans celui de législation. Envoyé en mission dans les départemens de l'Ouest, il y tint une conduite modérée; de retour à la convention, en mai 1795, il reprit son activité dans les bureaux. Sa carrière politique est surtout marquée par son célèbre rapport, à la suite duquel le tribunal révolutionnaire fut supprimé. M. Porcher alla de nouveau remplir une mission. C'était à l'époque où

se préparaient, à Paris, les événemens du 13 vendémiaire an 4 (5 octobre 1795). Les royalistes du département du Calvados pratiquaient, dans ce département, des manœuvres que le député en mission dut signaler. Les deux départemens qui formaient l'ancienne province du Berri le réélurent concurremment cette même année au conseil des anciens. « Il continua, dit un de ses biographes, à se montrer républicain, quoique souvent en opposition avec le directoire-exécutif. » Le 29 novembre 1796, il tenta inutilement de faire rejeter, au nom de la majorité d'une commission dont il était rapporteur, une résolution qui dé clarait expiré l'exercice des fonctions des membres des tribunaux criminels élus en 1795, et qui autorisait le gouvernement à les remplacer. Ce rapport, qui n'eut aucun résultat avantageux pour la chose publique, fut néanmoins réimprimé dans le midi de la France, et cette publicité extraordinaire fit nommer M. Porcher au conseil des anciens par le département du Gard; mais sa nomination fut annulée par l'influence du directoire, malgré les nombreux suffrages dont elle était appuyée. Nommé, en 1798, administrateur des hospices civils de Paris, il conserva cet emploi jusqu'au mois de mai 1799. A peine avait-il cessé de l'occuper qu'il fut nommé de nouveau par le département de l'Indre au conseil des anciens. Membre de l'opposition constitutionnelle, il combattit, au mois d'octobre, la résolusion qui voulait qu'on appliquât la peine capitale contre les auteurs de trai

tés contraires à la constitution. Il

dit « qu'une pareille loi attenterait à la liberté des premiers pouvoirs, et entraverait la pensée des représentans du peuple. » S'étant montré favorable à la révolution du 18 brumaire an 8 (9 novembre 1799), il fit partie de la commission intermédiaire du conseil, et fut récompensé plus tard de son attachement au gouvernement consulaire, par sa nomination au sénat conservateur, et successivement par celle de comte de l'empire et de commandant de la légiond'honneur. A l'époque des événemens politiques de 1814, M. Porcher, qui était secrétaire du sénat, souscrivit à la création d'un gouvernement provisoire, à la déchéance de l'empereur, et au rétablissement de la maison de Bourbon sur le trône de France. Le roi le nomma membre de la chambre des pairs, le 4 juin de la même année. Napoléon, à son retour au 20 mars 1815, ne l'ayant point compris au nombre des pairs qu'il créa, il rentra dans cette dignité après la seconde restauration. M. Porcher mourut le 12 avril 1824. «En 1815, dit une feuille publique, son vote dans un procès déplorable fut tel qu'on devait l'attendre d'un homme habitué à résister à l'entraînement des réactions. Il se montra constamment le défenseur des libertés publiques, de la charte et des institutions dont elle est la base. L'opposition constitutionnelle perd en lui un de ses plus honorables soutiens."

PORCHER (JEAN-BAPTISTE, COMTE DE RICHEBOURG), membre de la chambre des pairs, est né le 17 décembre 1784. Il a suivi

avec distinction la carrière des armes, et a été aide-de-camp du maréchal Masséna. En 1815, Napoléon étant remonté sur le trône, M. Porcher fut envoyé de Marseille à Paris, et fut nommé, par décret du 13 mai 1815, adjudant-commandant de cavalerie: cette nomination ne fut pas confirmée par le roi après la seconde restauration. M. Porcher a succédé à son père (voy. l'article précédent) dans son titre de comte et dans la dignité de pair de France. PORET-DE-MORVAN (LE BARON), maréchal-de-camp, chevalier de Saint-Louis, commandeur de la légion-d'honneur, est né en 1777 dans le département de l'Eure. M. Poret père, ancien gardegénéral de la cap tainerie, se trouyant en 1793 compris au nombre des personnes arrêtées comme ennemies des nouveaux principes, son fils, dans l'espoir de lui être utile en se vouant à la défense de

la patrie, quitta les bancs du collége d'Harcourt, où il faisait ses études, pour entrer dans un régiment d'artillerie. Il fit dans ce corps la première guerre d'Espagne, passa successivement aux chasseurs à cheval de la Vendée, puis dans la 78 demi-brigade, où il fut promu au grade d'adjudant. A l'affaire de Sacello (blocus de Gênes), le 25 germinal an 8, voyant trois grenadiers hongrois qui dépouillaient son aide-major, blessé et resté sur le champ de bataille, il se précipita sur eux, les tua, et enleva l'aide-major, qu'une balle vint frapper mortellement entre ses bras. La belle conduite de l'adjudant Poret-de-Morvan dans cette occasion, appréciée par le général

en chef Masséna et tout l'état-major de l'armée, lui valut l'honneur d'être nommé officier sur le champ de bataille. En l'an 9, il passa, en qualité de sous-lieutenant de grenadiers, dans la 90 demi-brigade. fit partie de l'expédition de Saint-Domingue, et entra dans la garde du général Leclerc. Chargé, le 23 vendémiaire an.11, d'enlever au haut du Cap le fort SaintMichel, défendu par un bataillon de noirs, il exécuta cet ordre à la tête d'une compagnie de grenadiers et de quelques troupes auxiliaires, et réussit complètement, quoique frappé pendant l'action d'une balle au milieu du corps. Le général en chef étant devenu victime de la cruelle maladie qui régnait dans la colonie, M. Poretde-Morvan fut l'un de ceux qui accompagnèrent ses restes en France, où, à son arrivée, il reçut le grade de lieutenant au de grenadiers de la garde des consuls, et obtint bientôt le grade de lieutenant-colonel de la garde impériale. Après avoir participé à toutes les campagnes que fit ce corps jusqu'à la bataille de Wagram, il passa en Espagne, contribua au déblocus de Ciudad-Rodrigo, et fut nommé colonel du 34 régiment d'infanterie légère. En 1812, il reçut le commandement de la province de Soria (VieilleCastille) et de la ville de ce nom, qui, enlevée par un corps de 2,000 guérillas, avait été presque aussitôt reprise par les troupes aux ordres du lieutenant-général Wandermasson. Le commandement de cette place était important, et le choix que le général en chef, comte Corsenne, fit de M. Poret-de-Mor

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van, prouve toute la confiance que lui inspiraient les talens et la valeur de cet officier. Cependant la position du nouveau gouverneur n'était rien moins que brillante; un bataillon de son régiment, fort de 550 hommes, 80 lanciers de Berg, quelques blessés et une pièce de quatre, étaient ses seules forces du reste il avait très-peu de munitions et de vivres, et se trouvait éloigné de 25 à 3o lieues de toute communication. Ii n'en adressa pas moins aux habitans de Soria une proclamation énergique. Bientôt le général espagnol Durand, le chef de guérillas Amor et le curé Tabuenca, vinrent se présenter avec cinq ou six mille homines devant la place. Un parlementaire fut envoyé et reçu; il remit une sommation au gouverneur, qui déclara persister dans la résolution qu'il avait prise de s'ensevelir sous les ruines de Soria. La garnison était jour et nuit sur pied; on fit avec des conduits en fonte un obusier et d'autres petites pièces d'artillerie; on forgea des boulets et l'on fondit des balles; enfin les parapets du revêtement furent garnis de solives, de poutres et de grosses pierres. Cependant la pénurie des munitions et des vivres se fit bientôt sentir dans la ville; la ration de chaque soldat fut réduite à quatre onces de cheval et deux onces de biscuit, tandis que les habitans inouraient de faim et ne pouvaient sortir, parce que, pour maintenir l'ennemi, dont les plus proches parens se trouvaient enfermés dans Soria, la garnison avait juré d'ensevelir la population avec elle sous les ruines de cette cité, dans le cas où elle serait for

cée. Déjà l'apparition d'une troupe de guérillas vers le faubourg d'Aranda avait déterminé le gouverneur à faire brûler ce faubourg. Il tenta le 3 août une sortie de nuit, et enleva à l'ennemi 66 bœufs: il fut blessé dans cette affaire. Ce secours ne profita point aux assiégés. Les boeufs, qui pâturaient sous les murs de la place, furent repris au bout de quelques jours par une nuée de guérillas à cheval, malgré le feu des assiégés. Toutefois ce malheur fut réparé le 27 du même mois. Un troupeau de boeufs, plus nombreux que le premier, ayant été aperçu à une grande distance de la ville, le gouverneur, quoique sa blessure ne fût pas encore guérie, ordonna une nouvelle sortie, et parvint, après plusieurs actions très-vives, à ramener 110 de ces bœufs : il fut encore blessé. Le 11 septembre, la place étant cernée de toutes parts par 8 ou 9,000 hommes, le gouverneur reçut une nouvelle sommation de se rendre, avec menace, en cas de refus, de le passer lui et la garnison par les armes: il fut inébranlable. Dans la nuit du 11 au 12, et le 12 même, il y eut plusieurs tentatives, dans lesquelles l'ennemi fut toujours repoussé avec perte. Le 13, vers minuit, une colonne de 6,000 homines, commandée par le colonel du 3 régiment des grenadiers tirailleurs de la garde, vint délivrer la garnison et chassa entièrement l'ennemi des fortes positions qu'il occupait. Au retour de cette garnison à Vittoria, où depuis longtemps on croyait qu'elle avait succombé, bien que Vittoria ne soit éloigné de Soria

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