Page images
PDF
EPUB

to the Public, they may serve perhaps to give the Reader a more just idea of the character of the Writer, than if they had been more ftudied and elaborate. We shall select, therefore, two or three of them to gratify the curiosity of the Reader. Their merit, also, depending rather on the manner than the matter, the original only can contribute to that gratification, 6 à Mr.

à Cirer ... Février 1736 LE

E succès de mes Américains est d'autant plus fatteur pour

moi, mon cher Monsieur, qu'il justifie votre amitié pour ma personne & votre goût pour mes ouvrages. J'ose vous dire que les sentimens vertueux qui sont dans cette piecé, sont dans mon cæur, & c'est ce qui fait que je compte beaucoup plus sur l'amitié d'une personne comme vous dont je suis connu, que sur tes fuffrages d'un public toujours inconftant qui se plait à élever des idoles pour les détruire, & qui depuis longtemps 'paffe la moitié de l'année à me louer & l'autre à me calomnier. Je souhaiterais que l'indulgence avec laquelle cet ouvrage vient d'être reçu, pût encourager notre grand musicien Rameau à reprendre en moi quelque confiance & à achever son opéra de Samson sur le plan que je me suis toujours proposé. J'avais travaillé uniquement pour

lui. Je ne m'étais écarté de la route ordinaire dans le ; poëme que parce qu'il s'en écarte dans sa musique. J'ai cru qu'il était temps d'ouvrir une carriere nouvelle à l'opé

Comme sur la scene tragique les beautés de Quinault & de Lully font devenues des lieux communs, il y aura peu de gens asfés hardis pour conseiller à Mr. Rameau de faire de la musique pour un opéra dont les deux premiers actes font sans amour; mais il doit être affez hardi pour fe inettre au dessus du préjugé. Il doit m'en croire & s'en croire lui-même. Il peut compter que le rôle de Samson, joué par Chassé, fera autant d'effet au moins que celui de Zamore, joué par Du Fresne. Tachés de persuader cela à cette tête à doubles croches. Que son intérêt & la gloire l'encouragent; qu'il me promette d'être entiérement de concert avec moi ; sur-tout qu'il n'use pas fa musique en la faisant jouer de maison en maison ; qu'il orne de beautés nouvelles les morceaux que je lui ai faits. Je lui enverrai la piece, quand il le voudra, Mr. De Fontenelle en fera l'examinateur. Je me Aatte que Mr. le Prince de Carignan la protégera & qu'enfin ce sera de tous les ouvrages de ce grand musicien celui qui, sans contredit, lui fera le plus d'honneur,

A l'égard de Mr. de Marivaux, je serais très-fâché de compter parmi mes ennemis un homme de son caractère & dont j'estime l'esprit & la probité. Il a sur-tout dans ses ouvrages un caractère de philosophie, d'humanité & d'indépendance dans lequel j'ai retrouvé, avec plaisir, mes propres sentimens. Il est vrai

ra.

que que je lui souhaite quelquefois un stile moins recherché & des sujets plus nobles. Mais je suis bien loin de l'avoir voulu defigner en parlant des comédies métaphysiques. Je n'éntends par ce terme que ces comédies où l'on introduit des personages qui ne sont point dans la nature, des personages allégoriques propres tout au plus pour le poëme épique; mais très-déplacés sur la scene, où tout doit être peint d'après nature. Ce n'est pas, ce me semble, le défaut de Monsieur de Marivaux. Je lui reprocherai au contraire de trop détailler les paffions & de manquer quelquefois le chemin du cour, en prenant des routes un peu trop détournées. J'aime d'autant plus son esprit que je le prierais de le moins prodiguer ! Il ne faut point, qu’un personage de comédie songe à être spirituel, il faut qu'il soit plaisant malgré lui & sans croire l'être. C'est la différence qui doit être entre la comédie & le simple dialogue. Voilà mon avis, mon cher Monsieur ; je le soumets au vôtre.

« J'avois prêté quelque argent à feu Mr. de la Clede; mais sans billet. Je voudrais en avoir perdu dix fois davantage & qu'il fut en vie. Je vous suplie de m'écrire tout ce que vous aprendres au sujet de mes Américains. Je vous embrasse tendre

ment,

· Qu'est devenu l'abbé Desfontaines ? Dans quelle loge a-ton mis ce chien qui mordoit ses maitres ? Helas ! je lui donnerais encore du pain, tout enragé qu'il est. Je ne vous écris point de ma main, parce que je suis un peu malade. Adieu. .

[ocr errors]

à Cirey . . . Février 1736. MA

A santé, qui est devenue déplorable, ne me permet gueres,

mon cher Monsieur, d'entrer avec vous dans de grands détails au sujet de Mr. le Franc que je n'ai jamais offenfe. Il peut, tant qu'il voudra, travailler contre moi & joindre quelques brochures contre un homme qu'il ne connaît pas. Cela ne me fait rien. Sa haine m'est aussi indifférente que votre amitié m'eft chere. S'il me hait, il est assez puni par le succès d'Alzire. Je, lui permis de se venger en tâchant de la décrier.

Quant à l'argent que me devait ce pauvre Mr. de la Clede, je, trouve dans mes papiers (car je suis homme d'ordre, quoique poëte) que je lui avais prêté par billets trois cens livres que le libraire le Gras m'a rendus, & le lendemain je lui prêtai cinquante écus fans billet. Si vous pouviés en effet faire payer ces cinquante écus, je prendrais la liberté de vous suplier très-inftamment d'en achetter une petite bague d'antique & de prier Mr. Berger de vouloir bien la porter au doigt pour l'amour de Mr. de la Clede & pour le mien. Ce Mr. Berger eft un 3

homme

rie.

* à Mr. .....

homme que j'aime & que j'estime infiniment & je vous aurais bien de l'obligation fi vous l'engagiés à me faire cette galante

C'est un des meilleurs juges que nous ayons en fait de beaux arts.

Qu'est devenue la mascarade de Servandoni? On dit qu'Alzirette

est de le Franc. Je suis trop languisfant pour vous en dire davantage.

à Cirey 5 Avril 1736. SI je n'avais que la Henriade à corriger, vous l'auriés déja,

mon cher plénipotentiaire ; mais j'ai bien des occupations & peu de temps. Vous n'aurés la Henriade que vers la fin de ce mois. Je confie avec plaisir aux soins du ineilleur critique de Paris le moins mauvais de mes ouyrages. Vous serés le parrain de mon enfant gâté. Mr. Tiriot approuve mon choix & partage ma reconnaissance. Pour vous, mon cher correspondant, voulés-vous bien envoyer chez Mr. Demoulin les livres nouveaux dont vous croyés la lecture digne de la Déesse de Cirey. Vous n'en enverrés gueres & cela ne nous ennuyera pas.

« J'ai prié Mr. Tiriot de chercher le nouveau recueil fait par St. Hiacinthe.

« On parle d'une ode de Piron sur les miracles. Le nom de Piron est heureux pour un sujet où il faut au moins douter. Si le Piron Français eft auffi bon poëte que Pirrhon Grec était fensé philolofophe, son ode doit être - brûlée par l'inquisition. Ayez, je vous prie, la bonté de me l'envoyer.

« On me mande que Bauche va imprimer Alzire. Je lui ai envoyé, il y a quinze jours, Zaïre corrigée pour en faire une nouvelle édition. Ce sera peut-être lui que vous choisirés pour l'édition de la Henriade; mais c'est à condition qu'il imprimera toujours Français par un a & non par un o. Il n'y a que S. François qu'on doive écrire avec un o, & il n'y a que l'Académie qui prononce le nom de notre nation comme celui du fondateur des Caqucins.

« J'ai trouvé l'opéra de Mr. de la Bruere plein de graces & d'esprit. Je lui souhaite un musicien aussi aimable que le poëte.

• J'ai écrit au gentil Bernard, pour le prier de m'envoyer ce qu'il aura fait de nouveau. Adieu, l'ami des arts & le mien.

- P.S. La comédie du bordel eft de M. de Quelus. Voules vous bien me la faire tenir ? Envoyés-la chez Demoulin. Je ferai le bien que je pourrai au petit la Marre ; mais il faudrait qu'il fût plus sage & plus digne de votre amitié, s'il veut réuffir dans le monde.'

The

The relt of these Letters run much in the same strain : but after all we should not be much surprised, if, notwithstanding the indubitable evidence which we conceive they carry with them of their authenticity, they should be publickly disowned by Mr. de Voltaire himself. But nothing is more common than for our Author to disown, and even with very solemn aflurances, those pieces which he himself hath comınitted to the press *. 'It appears, indeed, from several passages in the Letters before us, that he held deceptions of this kind in a very venial light. We shall quote only one instance from Letter XVIII. where, speaking to his friend Berger of his L'Enfant Prodigue, or the Prodigal, he hath these remarkable words. “ Si par malheur le secret de l'Enfant Prodigue avoit transpiré, jurés toujours que ce n'est a moi ; et récriés-vous sur l'injustice des foupçons. Mentir pour son ami est le premier devoir de l'amitié." “ If unluckily the secret of my having written the Prodigal fhould transpire, be constant in your protestations that it is none of mine ; exclaiming loudly at the injustice of such suspicions. To tell lies for one's friend is' the principal obligation in friendship.” What can be said, after this, to any of Mr. de Voltaire's advertisements or declarations about his writings, unless he can take some effectual method to disprove the authenticity of these letters?

[ocr errors]

• We look upon it therefore as an instance of something like modesty, that, in a declaration lately made by our Author, in the London Newspapers, respecting a recent accusation, he is contented with an equivocal denial of the charge. The advertisement here hinted at is curious, and merits preservation.

“ Being advertised that for some years past the foreign bookselle:S have printed, under my name, writings whieh I knew nothing of, nor ever read, I am obliged to declare, that I have no correspondence with any bookseller in Europe ; that whoever makes use of my name is guilty of forgery ; and I refer it to the magistrate to repress so scandalous a practice. Cattle of Ferner, Dec. 23, 1764. (Signed) VOLTAIRE,

Gentleman of the bedchamber in ordinary to the king." Surely Mr. de Voltaire must be in his dotage, or imagine the rest of the world so, to think so vague an assurance as this, sufficient to exculpate an Author publickly accused by the booksellers of writing the Dictionnaire Philosophique! Why does he not as publickly and peremptorily declare he did not write or publish that performance? And yet if he did Vide fupra-Jurés rovjours que ce n'of a moi, &c.

APPEND. VOL. XXXI.

Mm

Traité

[ocr errors]

Traité des Maladies les plus frequentes à Surinam, &c. A Treatise on the diseases most frequent at Surinam, with their.

method of cure: to which is added a dissertation on the Pipa: or famous toad of that country. By Philip Fermin, M. D. Maestricht, 1764. HE maladies, to which the inhabitants of Surinam are.

most subject, being such as affect those of the WestIndia settlements in general, and particularly Carolina, this třeatise may possibly be of use to such gentlemen of the faculty. as reside in those parts; especially as the Author seems to relate, his practice very ingenuoully; which, nevertheless, was not always the most successful.

As we can make no extracts, however, that promise to be of any particular service to the Reader, we shall pass on to the differtation subjoined; which was read before the Royal Academy of Sciences at Berlin, some time fince, by Mr. Formey ; to whom this treatise is dedicated.

The Pipa or Todo of Surinam has been frequently taken notice of by Naturalists, on account of its enormous bulk and ugly form ; it is however but little known, as it is to be found only in the midst of thick forests and marshy places, at a good distance from Surinam: and even there, it never comes out of its holes but in times of great drought. The curiosity of our Author having surmounted the difficulties attending his search after these frightful animals, the next -object of his enquiry, was their mode of generation; that of the common toads of Europe being said by Naturalifts to be very fingular.

To satisfy his curiosity in this particular, he put four of them, Priz. three mäles and a female into an open vesel, filled with water of the same kind with that from which they were taken ; causing them to be carefully and constantly observed. Nothing, however, passed between them fimilar to what was impaciently expceted. But it was remarked that one of them had fe. veral ipo:s on its back, like the scales of a filh. As these spots increascd, the attentive observer opened one of them, and was convinced, by the help of his microscope and the watter extracted from the aperture, that it was an egs, containing an embrio. The vessel being every day exposed to the fun, at the

end of three weeks, the animal appeared much agitated; and one of the cells on its back bursting open, a young one crept out of it. In five days, no less than thirty-five of these cells opened in the same manner, producing as inany animals ; but as neither the space nor nourilhment contained in the vessel was fufficient for lo numerous a family, they succellively died. As to the old one, Mr. Fermin diliceted her. Her skin,

« PreviousContinue »