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le bien qu'elle fait et lui donne l'assurance qu'elle le trouvera toujours empressé à seconder ses travaux, qu'il suit avec la plus sympathique attention.

M. le président donne la parole au secrétaire général pour la lecture du procès-verbal de la dernière séance, qui est adopté sans discussion.

Objets offerts. Par M. Boulay de la Meurthe 4° une breloque en or. Le petit personnage qu'elle figure tient une flûte et a un aigle à ses pieds. Cette pièce a été trouvée en creusant un égout à Rome; 2o deux anneaux en regard, qui ont été ouverts et entrés l'un dans l'autre, symbole de l'union même après la mort, trouvés dans un tombeau; 3o une caricature en bronze; 4o une fibule (étrusque?) d'un modèle 5o une lampe portant un bige en relief; 6' une lampe avec inscription sur le fond

peu commun;

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Par MM. Nobileau et Delaroche, au nom de la loge maçonnique de Tours, dite des Démophiles: Moule d'un plomb de pèlerinage trouvé à Tours, en mars 1873; saint Martin, à pied, donne la moitié de son manteau au pauvre. Legende: Signun beati Martini Turon, tête de cheval sur la bordure, pour indiquer sans doute que le saint a mis pied à terre pour couper plus facilement son manteau.

Par M. Mathieu, directeur du pénitencier de Tours: Une pièce de monnaie fleurdelysée, à l'état fruste ; un double tournois, Louis XIII, 1638; un denier tournois, à l'effigie de Gaston d'Orléans, 1651. Ces monnaies ont été trouvées dans les jardins de la prison de Tours.

Achats faits pour le Musee. 1° Monnaie celtique armoricaine, incuse, convexe du côté de la face, concave du côté du cheval qui est au revers. La face est imberbe et tournée à droite. Le cheval a une tête d'homme; au-dessous de la queue de cet animal, une roue, entre ses jambes un Pégase ailé, à la partie supérieure, une sorte de dragon à peine reconnaissable. Ce cheval, à tête humaine, est particulier aux médailles armoricaines. Cette monnaie est en or et pèse deux grammes et demi; 2o monnaie baronale, sur le droit: grande fleur de lis accostée de deux petites; la grande ressemble à la fleur d'un lis blanc qui aurait été partagée de haut en bas. Revers: VIRSIONE entre deux grènetis, croix dans le champ. Cette monnaie de Vierzon est très-rare; elle remonte à la fin du XIIe siècle; 3o monnaie baronale, sur le droit: Radulphus autour d'une M surmontée d'un signe abréviatif et placée elle-même au-dessus d'un O, premières lettres de Moneta; revers: EXOLDUN autour d'une croix. Monnaie de Raoul III, seigneur d'Issoudun, du xn siècle; 4° monnaie de SaintMartin au type chartrain. Sur le droit: une tête d'homme," très-barbare de dessin. Revers: SANCTI MARTINI MO. Jeton du maire de Tours, Bourreau, seigneur de Crisois, 1605.

Publications reçues. Outre les publications reçues par échange ou abonnement, la Société a reçu de M. Leseble cent exemplaires de l'Obituaire des Récollets de Tours.

Des remerciments sont adressés à toutes les personnes qui ont bien voulu faire des dons au musée ou à la bibliothèque archéologique.

Parmi les publications adressées à la Société, M. l'abbé Chevalier, président, signale l'Obituaire des Récollets de Tours, de 1625 à 1790. d'après un manuscrit communiqué par M. Denais. Cent exemplaires de ce document sont offert à la Société par M. Lesêble, qui a fait les frais d'impression de cet opuscule.

La Revue des Sociétés savantes, nos de mai et de juin 1873, contient deux articles intéressant la Touraine: 1° une note sur le testament de Nicolas d'Amerval de Liancourt,, époux de Gabrielle d'Estrées, dont le mariage fut cassé par l'Eglise pour cause d'impuissance; dans cette pièce, destinée à demeurer secrète alors, Nicolas protestait contre le consentement que pourraient lui arracher le désir de plaire au roi et la crainte de perdre la vie. Ce testament a été publié par M. Melleville, dans le Bulletin de la Société académique de Laon, tome XIX; 2o un marché, passé le 24 janvier 4554 (1552), par lequel Ludovico Armato Masiaisi, Milanais, maitre armurier, demeurant à Sepmes, en Touraine, s'oblige à faire une armure et objets accessoires pour Louis III de la Trémoille, vicomte de Thouars, moyennant la somme de huit vingts deux sols; ce marché est publié par M. Marchegay, d'après l'original tiré des chartes de Thouars.

Cet armurier italien, dit M. Chevalier, avait probablement été amené en Touraine par l'illustre Jean Gédouin de Thaiz, panetier de François Ier, capitaine de cinquante hommes d'armes, maître de l'artillerie de France et colonel général de l'infanterie française, seigneur de Sepmes, tué au siége de Hesdin, en 1553

M. Chevalier, après cette communication, rappelle que M. Copin, professeur au collège d'Amboise, avait signalé à l'attention de la Société, une tête qu'il pensait être celle de Charles VIII. M. Chevalier l'a vue: cette figure lui a paru sans intérêt et n'ètre pas d'ailleurs celle de Charles VIII.

MM. Chambert et Gallais sont, sur leur demande, nommés membres honoraires. Trois places de titulaires se trouvant vacantes par suite de ces deux nominations et d'une vacance antérieure, MM. l'abbé Juteau, Georges Chambert, et Fadate de St-George sont, à titre de plus anciens correspondants, nommés membres titulaires.

La parole est donnée à M. Ladevèze qui donne communication de la partie du rapport de M. Hippeau, secrétaire de la section d'histoire et de philologie, relative aux travaux pré

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sentés par les membres de la Société archéologique de Touraine au concours des Sociétés savantes, et destiné à justifier le prix de mille franes attribué à la Compagnie.

Les trois ouvrages que mentionne spécialement dans son travail M. Hippeau sont: le Recueil des documents inédits pour servir à l'histoire des arts en Touraine, publié en 1870, par M. Ch. Grandmaison, et les Origines de l'Eglise de Tours, et le Cartulaire de l'abbaye de Noyers, publiés par M. l'abbé Chevalier, en 1871 et 1873, dont il s'est attaché, selon son expression, à faire apprécier le mérite et l'importance.

M. de Deservillers a la parole pour lire un chapitre d'un grand travail qu'il compte publier sur l'archiepiscopat d'Hildebert de Lavardin, archevêque de Tours. Voici l'analyse sommaire de la lecture de M. de Deservillers.

L'archevêqne de Tours, Gilbert, étant mort en 1134, Hildebert de Lavardin vint à Tours comme premier suffragant de l'archevêché pour administrer les intérêts de l'église métropolitaine. Acclamé archevêque, il refusa cette dignité: mais sa résistance dut céder devant la décision du Pape Nicolas II, qui avait été pris pour souverain arbitre par le clergé et le peuple. Le premier soin d'Hildebert fut de se rendre à Paris pour réclamer auprès du roi contre le choix qu'il avait fait de deux titulaires indignes, pour deux des plus importantes fonctions du Chapitre. Louis le Gros refusa durement de le recevoir, mais lui fit déclarer qu'il enlevait à l'Église de Tours tous les biens qui relevaient de la couronne.

M. de Deservillers explique cet acte d'étrange sévérité non par des sentiments d'hostilité de Louis VI contre la religion et le clergé, il fut, en effet, toujours profondément religieux; mais par une idée politique systématique de ce prince, celle d'établir la prépondérance du régime féodal dont il était le chef, d'y soumettre les évêques en tant que ses vassaux, de les forcer non seulement à servir leurs fiefs, mais encore à prendre les mœurs et les habitudes féodales. Cela se passait précisément au moment où saint Bernard poursuivait sa grande entreprise d'arracher le clergé séculier aux habitudes de violence du temps, et de le faire rentrer dans la voie du devoir ecclésiastique.

La lutte de l'archevêque et du roi dura jusqu'à la maladie à laquelle succomba Louis le Gros. Ce prince abandonna alors la voie des persécutions, se réconcilia avec Hildebert et rendit à l'Eglise de Tours les biens qu'il lui avait pris.

M. de Deservillers s'attache ensuite à rectifier quelques faits relatifs à Hildebert qui, dans son opinion, n'a assisté ni au Concile de Reims en 1434, ni au sacre de Louis VII; il termine en donnant lecture d'une note à l'appui de ce qu'il a dit du système suivi par Louis le Gros, vis-à-vis du clergé.

M. l'abbé Chevalier dit à la Société qu'il croit pouvoir exprimer l'espérance de voir, dans un avenir prochain, restaurer et rétablir le beau tombeau des Bastarnay de l'Eglise de Montrésor. Cette restauration, qui intéresse vivement l'art et l'archéologie, serait un nouveau bienfait que le canton et en particulier l'église de Montrésor devraient à la générosité de Mme la comtesse Branicka.

Cette nouvelle est accueillie avec un vif sentiment d'intérêt et de reconnaissance par l'assemblée entière.

M. l'abbé Rolland a la parole pour lire une note sur les caves-silos d'Amboise. Aucun document, dit M. Rolland, ne fait connaître l'époque de la construction de ces caves-silos, mais M. de Caumont, dans un des numéros de son Bulletin monumental, t. XXIII, incline à les considérer comme œuvre du XVIIe siècle.

une

En faisant des recherches pour écrire l'histoire de saint François de Paule et de son couvent du Plessis, M. Rolland a découvert deux documents de nature à jeter un peu de jour sur la question, et qu'il s'empresse de communiquer à la Société.

Le premier est un passage du Minimologium Turonense, manuscrit de 4660, où les greniers voûtés et les profondes citernes d'Amboise sont formellement mentionnés comme une des richesses du monastère fondé à Amboise en 1493 par Charles VIII. Le second est l'acte d'acquisition par les moines des caves-silos, acte dressé en mars 4588, par Cormier, notaire royal. Par cet acte les Minimes achètent « une maison, cour, gaste, caves et citernes, appelée les greniers avec toutes les grandes caves et citernes qui sont en roc et au derrière de la dite maison, etc. » Le tout moyennant le prix et somme de « neuf vingt-trois écus, un tiers d'écu soleil. Les Minimes prirent possession de cette propriété, le 8 mars.

Ainsi l'existence de ces monuments se trouve authentiquement constatée, un siècle avant l'époque assignée jusqu'ici à leur construction.

M. l'abbé Chevalier lit un mémoire sur les artistes d'Amboise.

Des notes nombreuses qu'il a recueillies dans les archives municipales de cette ville, il ressort plusieurs faits trèsimportants. Ainsi il paraît démontré que Pierre Nepveu, dit Trinqueau, le premier architecte de Chambord et le constructeur du célèbre escalier, était originaire d'Amboise. On le trouve, en effet, dans cette ville en 1508, n'étant encore qu'un petit compagnon et travaillant sous les ordres de Pierre Martin, maître maçon, qui pourrait bien avoir été son maître; on l'y retrouve encore en 1524, époque à laquelle il construisait Chambord, venu pour donner son avis sur certains travaux. Si l'on ajoute qu'il était propriétaire dans cette ville et aux envi

rons, que sa veuve nommée Robinette lui donna, à Amboise, un fils posthume, en 1544; qu'il y avait deux familles amboisiennes du nom de Nepveu et de Trinqueau, et qu'une femme Andrée Trinqueau, dite Nepveu, réunissait ces deux noms comme notre maître maçon, il sera bien difficile de nier que l'architecte de Chambord ait été un enfant d'Amboise.

Jacques Coqueau, second architecte de Chambord, est aussi un amboisien. Les Coqueau apparaissent fréquemment dans les comptes municipaux, comme marchands de pierres, charpentier, menuisiers, etc. Jacques Coqueau s'y rencontre luimême, en 1524, travaillant comme ouvrier maçon à la réparation des ponts de la Loire, sous la conduite de Mery Bertereau, maitre de l'œuvre, et d'après l'avis de maître Trinqueau, qui visita trois fois les travaux.

M. Chevalier signale, en outre, à Amboise, à la fin du xv siècle, trois autres maîtres maçons : Henri Regnault, Jehan François et Martin François. Or, si l'on pense que les neveux de notre grand sculpteur Michel Colombe s'appelaient aussi Regnault et François, et qu'un Martin François était maître de l'œuvre de la cathédrale de Tours, en 1545, on pourra se demander, en présence de cette similitude des noms et des professions, si les artistes de talent qui travaillaient sous la direction de Colombe n'étaient pas aussi originaires d'Amboise.

La célèbre famille de Just pourrait bien avoir elle-même la même origine, et cela n'aurait rien d'étonnant, Amboise étant à cette époque un milieu artistique, dont la haute valeur nous est donnée par Nepveu et Coqueau. On trouve, du moins, un certain nombre de personnages du nom de Just, de 1463 à 1545; mais il n'a pas été possible jusqu'à présent de les rattacher aux célèbres sculpteurs de la Renaissance.

Dans les archives d'Amboise, il est rarement question d'artistes italiens, et le sculpteur Jérôme Pacherot y est seul nommé. Un rôle de vingt-deux maçons qui travaillaient au château en 1499, ne renferme pas un seul nom étranger.

M. Chevalier termine sa lecture en démontrant, grâce à des documents peu connus, tirés de publications italiennes, que Léonard de Vinci, après avoir dicté son testament au ClosLucé, le 23 avril 1519, est bien mort dans cette résidence le 2 mai suivant. Il faut donc repousser la trompeuse légende qui le fait mourir à Fontainebleau, et c'est avec raison qu'on a placé le buste du maître Florentin sur le lieu présumé où ses restes mortels ont été déposés.

La séance est levée.

Le Secrétaire général,
LADEVEZR.

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