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Il y a en trois endroits un grand nombre de lignes où l'écriture a été entièrement effacée de vétusté. Dans un grand nombre d'autres endroits, l'écriture a été renouvelée sur les anciens caractères partout où ils étaient encore visibles, et cela a été exécuté avec la même exactitude que nous avons remarquée plus haut, à l'article premier, en par

lant d'un autre manuscrit.

Celui-ci contient des donations d'églises, maisons, terres, pensions, droits seigneuriaux, gages, etc., faites au monastère de Saint-Mont; et un état détaillé de toutes ses possessions; un autre des ventes, et un autre des gages que le monastère possédait. Les pensions et droits seigneuriaux consistaient en certain nombre de conques ou mesures de blé et autres grains, en carrals de vin, en sous ou deniers de morlas, pour les cochons et les moutons, et une poule pour la Noël.

Toutes les chartes commencent et finissent par une des formules indiquées à l'article premier; quelques-unes y ajoutent un petit préambule de quelques phrases tirées de l'Ecriture sainte; mais toutes finissent par damner au profond de l'enfer, avec Judas Iscarioth, Datan et Abiron, etc., et amen jusqu'à trois fois, et fiat fiat.

Le bâton autour duquel cet écrit est roulé, est de buis, d'un diamètre d'un centimètre deux millimètres, à l'emplacement du parchemin, et d'un centimètre neuf millimètres aux bouts. L'un de ces bouts est arrondi, et l'autre, aplati par l'extrémité pour mieux le rouler, est long de trois centimètres huit millimètres.

Ce manuscrit est inédit, et paraît avoir été inconnu aux auteurs qui ont écrit sur la Gascogne, puisqu'ils n'en citent aucune charte.

Le soussigné est redevable de la connaissance desdits manuscrits à l'extrême obligeance de M. le vicomte de Corneillan, descendant des anciens vicomtes de ce nom, dont plusieurs firent de grandes donations audit monastère de Saint-Mont, dans le xr siècle. Ce seigneur, appréciant en homme savant le projet de M. le Ministre de l'instruction publique, s'est empressé, avec cette affabilité qui le distingue, à ouvrir les archives de sa noble famille, dont l'histoire se rattache à celle d'Armagnac.

III. LETTRES RELATIVES A CES DEUX CARTULAIRES.

LETTRE DE M. LE MINISTRE DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE

A M. CHAM POLLION-FIGEAC.

Paris, le 11 juillet 1835.

Monsieur, j'ai l'honneur de vous faire passer un mémoire qui m'est adressé sur deux sortes de cartulaires de l'abbaye de Saint-Mont, dans le département du Gers; il m'a paru, par l'analyse qui en est faite, qu'il peut s'y trouver des pièces de quelque intérêt. J'attendrai, pour prendre un parti relativement à ces cartulaires, que vous ayez bien voulu me faire savoir si la Bibliothèque Royale n'en posséderait pas des copies, ou même si les pièces curieuses qui peuvent s'y trouver n'auraient pas été imprimées.

J'espère, Monsieur, que vous voudrez bien mettre à ces instructions que j'ai l'honneur de vous demander, votre zèle et votre exactitude habituels.

Agréez, etc.

Signé : GUIZOT.

RÉPONSE DE M. CHAMPOLLION - FIGEAC.

Paris, le 22 juillet 1835.

Monsieur le Ministre, je me suis empressé d'examiner le mémoire relatif aux deux cartulaires de Saint-Mont (Gers), que vous m'avez fait l'honneur de m'adresser avec votre lettre du 11 de ce mois.

Ces deux cartulaires me paraissent deux recueils très-importants; l'abbaye dont ils conservent les titres, fondée très-anciennement suivant la règle de Saint-Benoit, fut restaurée au xre siècle, et donnée en

1061 à l'ordre de Cluny. Elle n'existe plus, et avait même été supprimée et détruite bien avant le commencement du dernier siècle. Cinq chartes, dont la plus ancienne remonte à l'année 1042, imprimées dans le nouveau Gallia christiana, sont les seuls documents connus sur cette abbaye, et elles sont tirées de ces deux cartulaires, qui en renferment un assez grand nombre. Il est possible que quelques-uns de ces instruments aient été transcrits dans l'ancien cartulaire de Cluny; il serait curieux de s'en assurer, et avant tout, fort important de pouvoir examiner à fond les deux cartulaires de Saint-Jean de Saint-Mont, où peuvent être enfouies des pièces d'un haut intérêt.

Les anciennes recherches, faites sous la direction de l'historiographe Moreau, ne renferment aucune trace de ces deux manuscrits.

S'il vous est possible, Monsieur le Ministre, d'obtenir la communication temporaire des deux cartulaires, on pourrait, après leur examen, prendre un parti définitif, avec l'agrément préalable du proprié

taire.

J'ai l'honneur de vous renvoyer le mémoire de M. Patrice de Bernis, et de vous renouveler, etc.

Signé: J.-J. CHAMPOLLION-FIGEAC.

DÉPARTEMENT DE LA GIRONDE.

PROJET DE TRAVAIL POUR UNE HISTOIRE DE BORDEAUX

ET DE L'ANCIEN BORDELAIS; PAR M....

A M. LE MAIRE DE BORDEAUX.

J'ai l'honneur, conformément au désir que vous m'en avez manifesté, de vous adresser l'exposé succinct du projet dont il m'a été donné de

vous entretenir.

Il n'existe du Bordelais, et conséquemment de la ville de Bordeaux, aucun corps complet d'histoire. Sous ce rapport, Bordeaux partage la disette commune au plus grand nombre des localités de France, dont le nom appartient à l'histoire ancienne de notre patrie; mais il est vrai de dire, que, sous ce rapport, plusieurs villes de France ont acquis sur la ville de Bordeaux une supériorité qu'elles perdent sous tout

autre.

A quoi attribuer un vide que n'a point comblé la dernière production historique de M. Guille, et que ne paraît pas de nature à faire disparaître l'ouvrage commencé de M. Rabanis?

Ce vide ne peut point être attribué à l'absence de suffisants documents; car ces documents existent et peut-être avec plus d'abondance que dans aucune autre localité de France. Ils existent non-seulement dans les archives publiques de la ville de Bordeaux, mais encore dans les archives de plusieurs autres villes du département, et celles de plusieurs familles anciennes. A ces richesses immenses, on peut joindre

celles éparses que possèdent des particuliers favorisés dans leurs recherches, ou par d'heureuses circonstances, et qui s'empresseraient de fournir leur pierre à l'édifice, dès l'instant où un appel serait fait à leur patriotisme et à leur amour pour la vérité.

L'histoire de Bordeaux peut donc être écrite avec exactitude: c'est ma conviction, et c'est aussi la conviction de l'homme qui, selon moi, aura, dans le nombre des historiens de la Gironde, le plus mérité des amis de la vérité. La statistique de ce département viendra bientôt offrir une nouvelle preuve de l'étendue et du succès de ses recherches, de la justesse et de l'impartialité de ses jugements.

Une histoire exacte et complète de Bordeaux étant possible, son existence devient l'objet d'un vœu non moins ardent que légitime. Mais comment arriver à la réalisation de ce vou? Voilà précisément l'objet du projet dont j'ai eu l'honneur de vous parler.

Je ne crois possible et utile une histoire de Bordeaux, qu'en l'étendant à tout le Bordelais qui formait la Guyenne proprement dite, et qu'en y ajoutant celle du Bazadais, afin que l'histoire du département de la Gironde puisse plus tard y faire suite. De plus, je pense que la vie d'un homme ne pourrait suffire aux recherches pénibles et minutieuses que nécessiterait ce travail, pour être conduit à sa perfection possible. Néanmoins, je crois à la possibilité d'une histoire, mais je n'y crois que par l'emploi des moyens suivants:

1° Créer, sous le nom de Magasin historique de Bordeaux, ou tout autre équivalent, un recueil destiné à renfermer tout document relatif à cette histoire, que de nombreux motifs de prudence feraient un devoir de ne pas étendre, pour le moment, au delà de l'année 1790. J'entends qu'on y ferait entrer tout ce qui déjà a été utilement écrit sur le Bordelais et le Bazadais. La perfection du recueil en ferait un devoir, et ce serait, de plus, un tribut de reconnaissance payé aux premiers historiens, dont les œuvres, quoique imparfaites, offrent seules le moyen de faire mieux. Leurs imperfections d'ailleurs sont des faits historiques importants pour la moralité ou la philosophie de l'histoire. A la reproduction de ce qui a été déjà publié, on joindrait le fruit des recherches récentes et des recherches futures.

Ce recueil embrasserait nécessairement les événements dans tout

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