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ordre, les monuments de toute nature, la vie ou l'histoire des hommes illustres, et serait par là même divisé en trois parties, auxquelles utilement on devrait en joindre une quatrième, relative aux lettres, sciences et arts. Ce recueil paraîtrait sous le format grand in-4o, à deux colonnes, et deux fois par semaine; ce qui permettrait de publier annuellement 832 pages in-4°, renfermant la matière de près de 8 volumes ordinaires in-8°.

2° Établir une société ou commission historique, dont les travaux alimenteraient ce recueil.

On comprend que si ce double projet reçoit son entière exécution, en quelques années ce recueil, enrichi de toutes les découvertes qu'amènerait une louable et généreuse émulation, parviendra à renfermer tous les matériaux existants, et pourra lui seul, par le moyen d'une double table générale, l'une par ordre chronologique, et l'autre par ordre alphabétique, servir d'histoire de Bordeaux jusqu'au moment où un homme habile s'emparant des matériaux réunis et travaillés par tant de mains, les assemblera pour en former un édifice régulier, et alors encore, le lecteur pourra appeler des jugements de l'historien aux documents renfermés dans ce recueil.

Je serai heureux, Monsieur le maire, si mon projet contribue à élever une ville qui ne me compte pas dans le nombre de ses enfants, mais qui toujours pourra me compter dans celui des hommes désireux de la voir exposer au grand jour ses nombreux titres de gloire. Daignez agréer, etc.

T. I.

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DÉPARTEMENT DE L'HÉRAULT.

SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE DE BÉZIERS.

UNE LETTRE DE M. J. AZAÏS, PRÉSIDENT DE CETTE SOCIÉTÉ, CONTIENT LES NOTICES

SUIVANTES:

(9 février 1836.)

I. NOTICE SUR LE MANUSCRIT INTITULÉ :

LO LIBRE de memORIAS.

Jacme, ou Jacques Mascaro, auteur de ce libre, naquit à Béziers, au commencement du xive siècle. Il fut nommé escudier des consuls en l'année 1348. Cette charge devait être de quelque importance, puisqu'elle était donnée par élection.

Le manuscrit de Mascaro est écrit en caractères minuscules. Le format en est grand in-folio; la reliure est en bois, avec un crochet pour le suspendre ou pour l'attacher.

Mascaro débute par le récit de l'événement qui exerça la plus grande influence sur l'état politique de Béziers : l'abdication du dernier des Trencavels en 1247, le septième jour du mois d'avril, el seten jour del mes d'abriel.

'Après ce récit, Mascaro passe sans intermédiaire à l'année 1336; et à partir de cette époque, il place chaque année, avant le récit des faits, les noms des cossols (consuls), calvaires (collecteurs des deniers publics), levaires de bans (ceux apparemment qui présidaient à la levée des milices de l'époque), caritadiés (ceux qui étaient chargés de distri

buer les aumônes au nom de la communauté) et carrieriés (ceux qui avaient l'inspection des rues et des chemins). Toutes ces charges étaient annuelles.

Vient ensuite dans le manuscrit, année par année, le récit des événements les plus importants, tels que batailles, prises de villes, passages de princes ou grands seigneurs, mort de personnages illustres, famines, pestes, très-communes dans ce bon temps, dissensions dans la ville, émeutes assez fréquentes, priviléges, franchises des habitants, forme de la nomination de leurs magistrats, foires, etc., etc.

Je crois trouver dans cette chronique le véritable nom de Bertrand du Guesclin, qui, comme vous le savez mieux que moi, Monsieur le Ministre, a été étrangement torturé et défiguré.

«

Aquel an (1366) passet à Bezes mossen Bertran de Clequi, cabalier, << que s'en anava en Castela am gran cop de gens d'armas, et la viela li

<< fes gran yssida am tots los bos homes de la viela, et feron li grans

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présens, et doneron gran cop de bela veyssella d'argen. »

Mascaro, qui était présent à l'arrivée de du Guesclin à Béziers, n'a pu lui donner que le nom que lui donnaient les hommes qui marchaient sous ses ordres. N'est-il pas, en conséquence, vraisemblable qu'on l'appelait Cléqui et non pas Guesclin1?

Ce manuscrit de Mascaro ne va pas au delà de l'année 1390; il renferme une foule de faits curieux et intéressants.

Du reste, Monsieur le Ministre, vous verrez dans un prospectus joint à ma lettre, que la chronique de Mascaro paraîtra tout entière dans la première livraison du bulletin que notre société publiera dans quelques mois. Vous pourrez alors juger vous-même cette chronique; et elle n'aura pas certainement de juge plus éclairé que vous. J'ai cru cependant devoir déférer à vos désirs, qui sont des ordres, en vous envoyant le compte détaillé que vous avez bien voulu me demander.

J'ai découvert dans les annales d'un ancien couvent de sœurs clairistes de cette ville, beaucoup de pièces inédites, bulles, lettres patentes, etc., et notamment le testament de Jacques de Bourbon, duc de Montpensier, comte de la Marche et de Castres, et devenu roi de

̧1 Cléqui écrit pour GUESCLI paraît être le nom français du connétable, mais prononcé à la manière du patois de Béziers. (Note de l'Éditeur.)

Naples, comme ayant épousé la reine Jeanne II. Quoique j'aie fait une étude particulière de l'histoire de Naples du temps de Jeanne II, je n'avais encore découvert aucun vestige de ce testament. Vous savez, Monsieur le Ministre, que Jacques de Bourbon, mécontent de sa femme qui n'était pas très-contente de lui, se retira en France, et se fit cordelier à Besançon. L'entrée grotesque de Jacques de Bourbon à Besançon, en habit de cordelier, a été décrite par Brantôme, Dames illustres, discours 7, Jeanne II, reyne de Naples.

On trouve dans ce testament la clause suivante : « Volumus et ordinamus corpus nostrum ecclesiasticæ sepulturæ demandari, quam certa scientia ac firmo proposito elegimus ad pedes monumenti nostræ reverendissimæ ac beatæ sororis Colettæ1, in quacumque ecclesia corpus ejus requieverit; et quia possumus ipsi prædecedere, ut Deo placuerit, volumus in tali casu, nobis decedentibus in Occitania, corpus nostrum in vaso plumbeo collocari sub habitu sancti Francisci in quo volumus diem extremum claudere, et sepeliri et deponi in ecclesia nostrorum bonorum fratrum civitatis Castrensis ante majus altare ejusdem ecclesiæ usque ad obitum nostræ dictæ bonæ matris, ut reponatur ad pedes illius. Quod si ibi (à Besançon) contigerit nos mori, volumus corpus nostrum deponi in aliqua ecclesia ad placitum nostræ dictæ matris, ut post ejus obitum transferatur ad ejus pedes, ut dictum est. » Jacques de Bourbon mourut à Besançon le 23 octobre 1438. Son corps fut déposé dans une chapelle de l'église abbatiale des clairistes de cette ville, qui fut depuis appelée la chapelle du roi Jacques. Sœur Colette mourut plus tard à Gand, le 6 mars 1446. Elle ne fut canonisée qu'en 1780 et en 1783, son corps fut transféré de Gand à Poligny (Jura). J'ai écrit à Besançon et à Poligny pour savoir si, après le transfert du corps de sainte Colette à Poligny, on y avait transféré le corps de Jacques de Bourbon, pour le déposer aux pieds de la sainte. On m'a répondu négativement; ce qui semble prouver que le testament de Jacques de Bourbon n'était pas connu du tout, ou du moins l'était très-peu.

' Colette Boilet, réformatrice de l'ordre de Sainte-Claire.

2 Mère, est pris ici dans le sens de supérieure d'un monastère de femmes.

(Notes de l'Éditeur.)

Du reste, si ce testament se trouve à Béziers, c'est que Jacques de Bourbon lègue soixante écus d'or aux clairistes de Béziers, pour les récompenser d'avoir embrassé la réforme de sœur Colette.

II.

La commission de la société a découvert dans les archives de la commune plusieurs autres manuscrits, un entre autres renfermant : 1° Les procès-verbaux du droit de cité accordé par la ville de Béziers aux étrangers; 2° deux chroniques romanes; 3o la Leude mage et menue en langue romane; 4° l'entrée de François Ier à Béziers en 1533; 5° un calendrier; 6° Epistola beati Bernardi ad quemdam militem.

Nous faisons des excursions dans tous les villages de l'arrondissement, ajoute la seconde lettre de M. Azaïs, et nous recueillons toutes les vieilles chartes que nous y trouvons. Nous les déchiffrons à mesure. Notre collection sera bientôt complète. Nous avons déjà de quoi alimenter notre bulletin pendant plus de vingt ans.

Je finis en vous priant d'agréer les témoignages du profond respect, avec lequel je suis,

Monsieur le Ministre,

Votre très-humble et très obéissant serviteur.

Le président de la Société Archéologique de Béziers,

J. AZAÏS.

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