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J'ai obtenu aussi communication de deux registres provenant des archives de l'église de Saint-Jacques, de Perpignan. Entre diverses notes. d'intérêt local, j'ai trouvé, comme se rattachant à l'histoire de France, celles dont je donne ici la traduction littérale du catalan.

« 1o Le 25 janvier 1473 (Perpignan était au pouvoir des Français), << les gentilshommes se mirent à crier sur (la place de) la Loge et à la porte Saint-Martin: Aragon, Aragon! et le 1er février, vers minuit, ils se portèrent à la porte de Canet, en poussant tous ensemble les «< cris: Aragon! Aragon! et là se trouvaient MM. Bernard d'Oms, Samso << et plusieurs autres gentilshommes. Ils trouvèrent la porte ouverte, et « ils entrèrent tous ensemble avec le roi don Juan, dans la ville de << Perpignan, qui redevint aragonaise de française qu'elle était. » Cette note est importante en ce qu'elle fait connaître la part que prit à cette trahison Bernard d'Oms, seigneur roussillonais au service de Louis XI dès avant l'engagement du Roussillon, et dont jusqu'ici tous les écrivains, tant aragonais que catalans et roussillonais, ont fait un martyr de fidélité, et une victime de la cruauté du roi de France.

2o « Le 16 mai 1529, se fit une grande exécution contre les Français « qui se trouvaient en Catalogne ; à l'exception de ceux qui étaient pré« tres ou mariés, tous furent pris et envoyés à Barcelone pour armer << la chiourme de trente galères. Le plus grand nombre mourut dans les galères de la frayeur qu'ils avaient eue. »>

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3o La troisième note est la relation de la dégradation faite par l'évêque d'Elne, sur un échafaud dressé sur la place de la Loge, d'un prêtre français, condamné à être décapité. Ce prêtre étant majordome du château de Castel-Ciutat, au plan d'Urgel, s'était laissé corrompre par la dame de Béarne, qui, sous la promesse d'une bonne cure en France, l'avait décidé à ménager la livraison de cette place aux Français. Dénoncé par l'un de ceux à qui il avait dû s'ouvrir, il fut exécuté avec un de ses complices.

Je vais m'occuper maintenant du dépouillement des registres provenant des archives du procureur royal des rois d'Aragon et de Majorque, pour les comtés de Roussillon et de Cerdagne. Dans un volume, à part, en parchemin, renfermant des édits et pragmatiques, j'ai trouvé deux pièces importantes, et qui présentent sous un jour différent un

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passage de l'histoire de Languedoc. Vaissète dit (tome IV, page 213) qu'en 1333, un essaim de pirates, sortis des ports des rois d'Aragon et de Majorque, et des États de Gênes et de Savone, couraient sur les vaisseaux chargés de grains pour France, où la disette s'en faisait sentir, les enlevaient et troublaient la liberté du commerce et de la navigation, et que, le 6 novembre, le roi de France ordonna aux sénéchaux de Beaucaire et de Carcassonne, de saisir, par représailles, les biens des sujets aragonais en Languedoc. Cette relation présente ce fait de piraterie au préjudice des Français comme un cas exceptionnel en quelque sorte; voici la vérité, d'après les pièces. La piraterie était d'habitude et réciproque entre les Français et les Aragonais. Le roi d'Aragon, à qui des plaintes avaient été portées contre la lenteur des tribunaux français à rendre justice aux sujets aragonais victimes de ces déprédations, s'était adressé au roi de France pour lui proposer une nouvelle forme de procédure pour ces sortes de circonstances, ce que Philippe de Valois accepte par sa lettre du 12 février 1333, transcrite dans ce volume, et ce qu'à son tour Alphonse prescrit dans ses États d'Aragon, et, comme suzerain du royaume de Majorque, dans les États de Jacques II, par sa lettre du 4 des nones de novembre de la même année, transcrite pareillement dans ce même volume. Suivant la nouvelle forme, quand un sujet aragonais ou français aura été victime d'un acte de piraterie, il devra s'adresser au roi dont il dépend, qui fera constater la valeur des dommages qu'il a soufferts, sur son propre témoignage et sur celui des marins qui auront assisté au vol, puisqu'il est impossible d'avoir en ce cas des preuves du fait par d'autres. Le prince des sujets volés requerra ensuite celui de qui dépendent les voleurs, de faire donner satisfaction aux premiers, et si satisfaction n'est le premier pourra expédier à ses sujets des lettres de représailles. Voilà, Monsieur le Ministre, où j'en suis après quatre mois de travail. Ces recherches sont bien peu satisfaisantes jusqu'ici; mais je suis dans un pays où la moisson serait plus abondante s'il s'agissait d'une histoire d'Espagne au lieu de l'histoire de France. Les registres que je vais examiner maintenant avec plus d'attention, je les ai parcourus autrefois, et je ne pense pas que cette nouvelle exploration me mène à des découvertes de quelque importance. Toute l'époque de Louis XI

pas faite,

manque dans ces registres officiels, soit que tout ce qui se rattachait à la domination française ait été anéanti plus tard, soit, ce qui serait plus probable, que le registre qui en contenait les actes ait été emporté à Paris à l'époque de l'évacuation sous Charles VIII. Ce ne sera guère que vers l'époque de Louis XIII que pourront se trouver quelques pièces qui dédommagent de l'aridité des autres époques. Pour ce règne, et pour celui de Louis XIV, les archives de l'intendance de Roussillon pourront fournir, je l'espère, quelques précieux documents. Je suis avec respect, etc.

III. TROISIÈME LETTRE.

Monsieur le Ministre, la bibliothèque de Perpignan ne fournit absolument rien qui puisse rentrer dans l'objet de la circulaire du 15 mai, et le dépouillement des débris des anciennes archives ne m'a jusqu'ici rien montré dans ce même but. Mais j'ai en ma possession un manuscrit du XIIe siècle, qui me semble renfermer quelque chose de digne d'intérêt à cet égard.

Ce manuscrit, dans lequel un moine de Saint-Martin du Canigou s'amusait à transcrire tout ce qui lui tombait sous la main, ce qui en fait une macédoine de sacré et de profane, contient plusieurs morceaux de chant d'église avec la musique. Cette musique n'a qu'une seule portée en encre rouge, et les notes se trouvent graduées audessus et au-dessous de cette ligne unique. On lit dans ce volume de chant l'office de saint Thomas de Cantorbéry.

Dans ce même manuscrit se trouve un traité abrégé de cosmographie: Liber qui imago mundi dicitur incipit.

Enfin, au nombre des pièces que renferme ce manuscrit, se trouve un poëme latin de six cent cinquante-trois vers, par Aldebert, évêque du Mans, poëme sacré dont quelques morceaux ne manquent pas de beauté.

Je ne sais si je dois ajouter que des lettres ou parties de lettres du

pape Alexandre III, commencent le manuscrit; que plusieurs de ces lettres sont inédites, et que presque toutes les autres, collationnées sur celles que les pères Labbe et Hardouin ont données dans leurs collections des conciles, présentent des différences souvent notables.

Voilà, Monsieur le Ministre, ce que j'ai à répondre pour le moment à la dernière circulaire. Dans l'exploration qui me reste à faire des différentes archives, j'apporterai une attention particulière à tout ce qui pourra rentrer dans le cadre de cette circulaire.

Je suis avec respect, etc.

P. S. Le mot barbare el fegum, qui se lit à la seconde ligne du second morceau de chant que je joins à ma lettre, est parfaitement et très-lisiblement écrit dans le manuscrit et ne peut donner lieu à aucun soupçon de leçon vicieuse. Ce mot, emprunté à une langue étrangère, à l'arabe peut-être, me persuaderait presque que cet office, en l'honneur de Thomas Becquet, et dont le style est généralement mauvais, est de la composition du moine de Saint-Martin, qui serait peutêtre aussi, dans ce cas, l'auteur de la musique.

DÉPARTEMENT DU RHÔNE.

La correspondance relative à ce département ne rentre pas assez directement dans le sujet spécial de cette collection, pour y trouver une place convenable. Cette correspondance a principalement pour objet des manuscrits de la bibliothèque publique de Lyon; mais elle ne renferme aucun renseignement sur les dépôts historiques anciens ou modernes de cette ville ou du département du Rhône. Les savantes Notices descriptives de ces manuscrits, rédigées par MM. Pericaud, bibliothécaire de la ville, et Morin, professeur de l'Université, pourront être publiées plus utilement ailleurs.

Pour l'ancienne province de Beaujolais, qui fait aujourd'hui partie du département du Rhône, il s'est présenté un explorateur instruit et désireux de répondre à l'appel du gouvernement. A ce sujet M. le Ministre de l'Instruction publique m'adressa la lettre suivante :

Paris, le 25 septembre 1837.

Monsieur, M. de Gravillon, correspondant à Villefranche-sur-Saône, exprime le désir que le comité veuille bien lui transmettre quelques instructions spéciales pour les recherches historiques qu'il se propose de faire dans l'ancienne province du Beaujolais.

Les ouvrages qui ont été publiés, à différentes époques, sur l'histoire du Beaujolais, et en particulier sur celle des sires de Beaujeu, sont peu nombreux, et tous sont incomplets. Les explorations que M. de Gravillon a déjà commencées, dans les archives de la mairie de Ville

T. I.

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