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que du Cange dit avoir été confirmés en parlement, par les barons et les gens de loi du royaume.

Un autre registre, celui coté C, in-4°, vélin, n'est pas moins riche en documents relatifs à l'histoire de France. On y remarque 1° au folio 221, une relation fort curieuse des funérailles du roi Charles VII; 2o aux folios 218 et 219, le procès-verbal de ce qui se passa à Amiens, le 15 novembre 1464, lors de l'ambassade du comte d'Eu, de Pierre de Morvilliers, chancelier de France, de l'archevêque de Narbonne et du sire de Rambures, vers le duc de Bourgogne, au sujet du prétendu enlèvement du comte de Charolais par le bâtard de Rubempré; 3o et aux folios 297 et suivants, la relation de l'entrevue d'Édouard et de Louis XI, à Picquigny, le 15 août 1475.

Le registre E fournit lui-même quelques notions intéressantes : au folio 206 se trouve l'acte signé le 31 décembre 1482, par les trois états du bailliage d'Amiens, afin d'assurer l'exécution du traité conclu entre Louis XI et Maximilien d'Autriche, relativement au mariage du dauphin avec la fille de ce dernier, aussitôt qu'elle serait nubile. On sait que ce mariage ne fut pas consommé; seulement les espousailles eurent lieu à Amboise, le 13 juin 1483, avec une pompe extraordinaire; c'est ce que l'on peut voir par le rapport du mayeur Antoine Clabault et de l'échevin Jehan Lenormant, inséré dans le seizième registre aux délibérations 1.

Dans le registre O, folio 104, on remarque une lettre écrite par Henri II, aux mayeur et échevins d'Amiens, quelques jours après la sanglante bataille de Saint-Quentin, afin de rassurer les habitants que la défaite des Français avait plongés dans le deuil et la consternation.

Le registre Q contient lui-même des détails assez curieux sur les processions blanches que l'on faisait à Amiens et dans les environs, pendant la Ligue, et diverses ordonnances des ducs d'Aumale et de Mayenne contre les partisans de Henri IV.

Le soixantième registre aux délibérations offre des documents pré

Ce rapport sera publié dans le tome XI des Mémoires de la société royale des antiquaires de France.

cieux sur la conduite que le fameux maréchal d'Ancre tint à Amiens en 1616. On y voit, entre autres choses, que les bourgeois, fatigués de ses vexations, lui offrirent jusqu'à cinquante mille écus, s'il voulait obtenir du jeune Louis XIII la démolition de la citadelle, mais que l'insatiable Italien exigeait de plus qu'un présent de dix mille écus fût offert à son épouse.

Nous avons découvert quelques pièces historiques dans les archives de quelques châteaux voisins d'Amiens et dans plusieurs bibliothèques particulières :

Les archives du château d'Heilly, l'un des monuments les plus remarquables de l'arrondissement, nous ont été ouvertes avec bienveillance; elles sont placées au centre d'une tour, et dans des armoires garnies de tablettes. Nous y avons trouvé nombre de pièces qui présentent plus d'intérêt sous le rapport de l'ancienneté que sous celui de l'histoire. Les plus remarquables sont des chartes et des bulles des XIIe et XIIIe siècles, concernant la fondation du prieuré de Saint-Laurent-des-Bois, proche Heilly, et aux donations qui furent faites à ce prieuré, par des seigneurs de l'illustre famille de ce nom, par Hugues, comte de Saint-Paul; Thibault, évêque d'Amiens, et Thierri, comte de Flandre. L'existence de ces pièces dans les archives d'Heilly est un fait assez étrange les titres du prieuré de Saint-Laurent furent, en effet, adjugés à l'abbaye de Corbie, vers 1250, par Pierre, évêque d'Albane, légat du saint siége, à la suite d'une longue contestation survenue entre les religieux de ce monastère et ceux du prieuré de Lyhons en Santerre, à qui les moines de Saint-Laurent les avaient confiés. Ces chartes sont précédées d'un Prologue en style fleuri, et qui rappelle celui de Rigord ou de Guillaume le Breton. On l'attribue à Hugues de Fouilloy, prieur de Saint-Laurent, vers l'an 1263. C'était un homme d'esprit et plein d'érudition; il a donné au public un livre de piété, intitulé : du Cloitre de l'Ame, ouvrage fort loué par Vincent de Beauvais 1.

I

Hugues de Fouilloy a laissé divers autres ouvrages manuscrits. Le plus remarquable est celui qui existe à la bibliothèque de Cambrai, sous ce titre : Liber magistri Hugonis de vanitate et de arca Noe. Les deux traités qu'il renferme ont été longtemps attribués à Hugues de Saint-Victor. Voy. l'Histoire littéraire de France, t. XII, p. 17, et la continuation par dom Brial, t. XIII, p. 500 et suiv.

Dans le château de Bertangle, il existe une grande quantité de documents curieux pour l'histoire des règnes de Louis XIV et Louis XV. La plupart sont des relations manuscrites des combats livrés à cette glorieuse époque par les armées françaises; des ordres donnés par Turenne et autres personnages qui les commandaient alors. Le propriétaire de cè magnifique château, M. le marquis de Clermont-Tonnerre, nous a fait offrir de mettre ces richesses littéraires à notre disposition.

M. Gressier, maire de Corbie, a bien voulu nous communiquer un cartulaire de l'Hôtel-Dieu de cette ville. C'est un ms. in-4°, qui n'offre rien d'intéressant. Il a été fait, en 1399, par un nommé Hue Waitel, prêtre chapelain de cet hôpital, sur du parchemin que lui donna à cet effet maistre Estenes (Estienne) de Conty 1, alors official de l'abbaye de Corbie. M. Dusevel a puisé dans ce ms. quelques renseignements propres à prouver que, comme l'a avancé le savant Dacier, Enguerrand de Monstrelet serait né aux environs d'Amiens.

Nous devons également à M. Gressier la communication du premier volume d'une Histoire de l'abbaye royale de Saint-Pierre de Corbie, ms. in-4°, daté de 1705. Il paraît que le tome second a été dévoré par les flammes, dans un incendie. Cette perte doit être d'autant plus sensible, qu'en général, et à quelques négligences de style près, l'Histoire de l'abbaye de Corbie est bien écrite, que la division adoptée par l'auteur est bonne, et que presque toujours il cite à l'appui de sa narration des autorités importantes, les chartes mêmes octroyées par les rois de France, les comtes de Flandre, et ceux d'Amiens, au monastère. Ce le volume est terminé par une Table des titres consultés par l'historien pour écrire cette histoire, et qui existaient alors dans les archives de l'abbaye. Ces titres sont nombreux; nous nous bornerons à signaler les diplômes de Clotaire III et de la reine Bathilde, sa mère 2,

Étienne de Conty, né à Amiens, est auteur de l'histoire suivante : Historia de nonnullis rebus Caroli quinti et Caroli sexti regum, et de prærogativis regum Franciæ super omnes alios reges christianos. On la conservait dans l'abbaye de Saint-Germain des Prés parmi les manuscrits in-folio, sous le n° 520. Peut-être cette histoire se trouve-t-elle maintenant parmi les manuscrits de la Bibliothèque Royale.

2 Voir ci-après, p. 439 et la Préface de ce volume, page xviii.

(Note de l'Éditeur.)

de Thierri, Chilpéric, Pépin, Charlemagne, Louis le Pieux et Charles le Chauve; le privilége de Bertefride1, évêque d'Amiens, et les chartes du roi Robert, de Baudouin, comte de Flandre, de Gauthier, comte d'Amiens, et d'Adèle, comtesse de Vermandois; les bulles des papes Benoît III, Nicolas Ier, Alexandre III, Urbain II, Eugène III, Innocent III et Pascal II; et les statuts manuscrits d'Érembert et de saint Adhalard, le gouvernement du monastère de Corbie.

pour

M. Rigollot, l'un de nous, possède le journal manuscrit d'un bourgeois d'Amiens, nommé Jehan Patte, qui vivait en 1569. On y trouve le récit fidèle de presque tous les événements qui se passèrent en Picardie sous les règnes de Charles IX, Henri III et Henri IV. C'est de ce manuscrit que M. Dusevel a extrait la relation de l'assassinat des Guises aux États de Blois, publiée dans le Bulletin de la Société de l'Histoire de France.

M. Ledieu prétend avoir l'original de la charte de fondation de l'abbaye de Corbie. Nous avons bien vu chez lui les fragments d'une charte en papier d'Égypte, collée sur une peau de chamois; mais ces fragments sont en si mauvais état qu'il nous a été impossible de les déchiffrer. M. Ledieu nous a assuré qu'il avait découvert ce précieux monument dans la boutique d'un relieur d'Amiens, qui allait le mettre en pièces pour couvrir des livres modernes. Il est notoire que les archives et la bibliothèque ont souffert de grands dommages. Un artisan a détruit plusieurs chartes, dont M. Ledieu lui acheta les sceaux.

Ces sceaux, que M. Dusevel a fait dessiner, sont en cire verte et jaune très-friable, de forme ronde, et ont des bords relevés. Ils étaient suspendus aux chartes par des cordons ou des lacs de soie verte. Le dessin en est correct: le premier représente Enguerrand de Boves, sur son cheval de bataille; et le second, Robert de Boves, aussi à cheval et l'épée à la main. Ce dernier sceau est plus remarquable que le premier, par le fini et la pureté des formes; mais il offre moins d'intérêt sous le rapport historique. Enguerrand de Boves est, en effet, ce comte d'Amiens qui s'opposa, en 1113, à l'établissement de la commune de cette ville, etc., contre lequel Louis le Gros fit marcher ses troupes, qui assiégèrent le château d'Amiens. Guibert de Nogent nous Voyez selon la note précédente.

2 De Vit. suâ.

(Note de l'Éditeur.)

a transmis tous les détails de ce siége fameux, qui dura plus de deux ans. Quant à Robert de Boves, quoique moins célèbre qu'Enguerrand, il ne laissa pas de jouer un rôle important dans les affaires politiques du XIIe siècle. Il se rangea du côté de Philippe d'Alsace, comte de Flandre, lors des différends survenus au sujet du comté d'Amiens, et fut également assiégé dans son château par l'armée royale, ainsi que nous l'apprend l'auteur de la Philippide1, Guillaume le Breton.

II. CHARTES SUR PAPYRUS APPARTENANT A LA BIBLIOTHÈQUE D'AMIENS.

Au sujet de ces précieux documents, M. le Ministre de l'Instruction publique écrivit la lettre suivante à M. ChampollionFigeac :

Paris, le 23 juillet 1836.

Monsieur, j'ai l'honneur de vous transmettre, selon le désir que vous m'avez exprimé, divers papiers relatifs à la fondation et aux priviléges de l'abbaye de Corbie, dont j'avais demandé la communication à M. le préfet de la Somme.

Vous voudrez bien examiner, d'après la lettre de ce fonctionnaire, s'il y a lieu de réclamer la bulle du pape Benoît III. -- Je vous prie de me renvoyer ces documents dès qu'ils cesseront de vous être nécessaires, afin que je les fasse rétablir dans la bibliothèque d'Amiens, d'où ils sont extraits.

Agréez, etc.

Le Ministre de l'Instruction publique,
Signé: PELET.

I Willelmi Britonis Philippidos, lib. 1, apud Duchesne, Historia Francor. scriptor., t. II.

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