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« Jeanne de Champagne n'eut pas plus tôt transmis à la couronne de France les comtés de Champagne et de Brie, par son mariage avec Philippe le Bel, que JEAN, sire de Joinville, fut gratifié de la régence de ces deux comtés.

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Il y a plusieurs jugements rendus par ce sénéchal, et spécialement deux des années 1283 et 1284 sur quelques points de l'ancienne coutume de Champagne. Au bas de ces jugements il est expressément porté : Ce fut jugié par monsegnor Jean de Joinville, qui lors gardoit Cham

pagne.

<< En 1311, Philippe le Bel étant à Beaumont, JEAN, sire de Joinville, comme sénéchal de Champagne, eut l'honneur de le servir à table, et perçut les droits attachés à sa charge 1.

« En 1314, le roi Philippe le Bel introduit des impôts extraordinaires. Ces impôts causant du trouble dans ces provinces, JEAN fit assembler la noblesse de Champagne à ce sujet; mais ce qui fut arrêté dans la conférence fut sans exécution, le roi étant mort cette même année, et son successeur (Louis le Hutin') ayant commencé son règne par la suppression de ces impôts.

Depuis ce temps, JEAN se retira en son château de Joinville pour y prendre le repos qu'exigeoient son grand âge et ses fatigues.

« Il y décéda le 11 juillet 1319, et fut enterré en l'église du château. « On y voit toujours son mausolée: son effigie, couchée sur une tombe de pierre, a l'habillement du temps.

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« L'ancien obituaire de Saint-Laurent (de Joinville) marque son décès le 11 juillet avec ces termes :

Obiit nobilis Johannes dominus de Joinvilla
et uxor ejus et liberi ipsorum nobis dederunt
quinque solidos capiendos ez arpeus de Joinvilla3.

<< JEAN, Sire de Joinville, avoit près de six pieds de hauteur et la tête

1 « Son droit estoit d'avoir les escueilles des festins solennels, par lettres de l'an 1245. (Hist. de la principauté de Joinville, Document, no IV, fol. 40, v°.)

"Par lettres données à Vincennes, le 17

mai, l'an 1315, selon du Cange, le roi accorde des commissaires à la noblesse de Champagne pour l'examen de ses priviléges.

Si cette note nécrologique se rapporte

fort grosse; on en juge par les os qu'on a trouvés dans sa sépulture en 1626'.

<< Il eut de son dernier mariage Ancelme, qui avoit près de cinquante ans quand il succéda à son père; il lui rendit à Joinville les derniers devoirs et retourna à la cour de Philippe (le Long), qui séjournoit à Vincennes 2. »

à l'illustre historien de saint Louis, et si le texte qui nous est conservé ne manque d'exactitude en aucun point, on peut être embarrassé d'abord sur le sens des deux dernières lignes. On y mentionne la rente annuelle de cinq sous à prendre sur les arpeuz de Joinville, qui ont été donnés à l'église de Saint-Laurent par la femme de Jean le sénéchal et par leurs enfants. Mais Jean se maria deux fois; est-ce donc la première femme ou la seconde que l'obituaire a mentionnée? A la mort du sénéchal Jean pouvaient exister des enfants de l'une et de l'autre. Il paraît toutefois que l'écrivain de l'article de l'obituaire a eu l'intention toute simple, en enregistrant à sa date le décès de Jean, notre historien, de rappeler que l'église jouissait de cinq sous de rente sur Joinville, par l'effet des libéralités de la femme du seigneur et de leurs enfants. En 1324, il en restait deux de la seconde, morte en 1288: Ancelme et Alix.

Ces avantages physiques n'étaient pas rares dans la race des Joinville; ses annalistes assurent que Henri, sire de Joinville, petit-fils de Jean, avait sept pieds, et qu'il abattait d'un seul coup de sabre la tête d'un boeuf ou celle d'un ours. Il mourut en 1386. Abrégé déjà cité.

Ancelme mourut en 1343. Son tom

beau existait aussi dans l'église SaintLaurent, de Joinville, dans la chapelle joignant cette église, et fondée par lui en 1328. Le mausolée était fort élevé; il y était représenté couché entre ses deux femmes. On n'y trouvait aucune inscription; mais l'ancien obituaire de SaintLaurent portait ce qui suit:

"

<< Obiit nobilis miles dominus D. Ancelmus, dominus de Joinvilla et de Ri« nallo ac senescallus Campagnie, qui fun« davit et edificari fecit novam capellam « juxta ecclesiam nostram, et in dicta ca« pella sepulturam suam elegit. »

Ce fut cet Ancelme qui réunit le comté de Vaudemont à la seigneurie de Joinville par son second mariage. J'ai vu récemment une charte sur parchemin, trèsbien conservée, commençant par ces mots: <«< L'an de grâce mil trois cent vint et quatre, ou mois de septembre, le dyemenge aprez la feste de la nativité Nostre-Dame; à tous ceux, etc. Nous, Anciaux sires de Joynville et de Rynel, et seneschaux de Champaigne, chevaliers, et Marguerite de Waudemon, femme et compaigne d'icelui seigneur, salut. Saichent, etc. Suit la vente faite par Ancelme de la terre de Mandres, à l'abbaye de Saint-Jean (prieuré de Richemont, commune de Bonnel, district de Gondrecourt), dit un intitulé moderne.

DOCUMENT N° II.

CARTULAIRES DE L'ÉGLISE COLLÉGIALE DE SAINT-LAURENT DE JOINVILLE.

L'église collégiale de Saint-Laurent de Joinville avait deux cartulaires renfermant la copie des chartes relatives à ses priviléges et à tous ses droits utiles ou honorifiques.

Le premier, le plus ancien vraisemblablement, s'ouvrait par le texte des statuts du chapitre, dressés en l'année 1260, et se terminait, à son 89 feuillet, par une charte de 1351; mais des actes antérieurs à l'année 1260 y étaient aussi transcrits. En tête du second cartulaire, on lisait des lettres de Charles V, données au mois de septembre 1364, dans lesquelles le roi de France rappelle que le doyen et le chapitre de Joinville lui ont exposé qu'un incendie survenu à l'époque où Brouard de Fénestrange était retenu prisonnier dans le château de Joinville, par son parent le comte de Vaudemont, détruisit la chapelle du château où étaient déposés de riches ornements et les chartes de l'église 1.

En conséquence, le roi ordonne qu'un nouveau cartulaire sera dressé par commissaires. Ces lettres indiquent l'origine même de ce second cartulaire, qui avait 96 feuillets et qui se terminait par un titre de l'an 1544, suivi de l'inventaire des ornements de l'église, dressé en 1572, et de la description de ses nombreuses reliques, faite le 14 juillet 1574.

Je n'ai pu me procurer aucun renseignement sur ces deux premiers registres : il est à craindre qu'ils ne soient détruits.

Une personne zélée pour ce genre de mémoriaux a heureusement fait, du premier cartulaire, une copie à peu près complète; et du second, la copie textuelle de quelques pièces, et l'extrait de toutes les autres.

' Vers l'année 1 360, le château de Joinville fut pillé par l'armée des Tardevenus.

Mais ce travail, dont l'auteur est inconnu et qui a vécu à la fin du xvn* siècle, comme on l'apprend par une date de sa main, de l'an 1689, qui se trouve dans le courant de son manuscrit, est d'une écriture extrêmement mauvaise, difficile et obscurcie d'abréviations très-embarrassantes par leur arbitraire singularité.

J'ai été cependant charmé d'une pareille rencontre, ces copies pouvant réparer en partie les effets de la destruction des deux cartulaires originaux.

Les deux copies que j'ai sous les yeux se trouvent dans un gros vo lume couvert de parchemin, appartenant à la Bibliothèque royale, où il porte le n° 1054 du supplément français.

Ce volume est un recueil de pièces isolées, plus ou moins étendues, relatives aux villes de Langres, de Joinville, de Réthel, qui prit le nom de Mazarin, et enfin du Réthelois.

Les copies des cartulaires de Joinville sont les deux premières pièces du recueil. Les chartes qui y sont transcrites intéressent spécialement le chapitre de ce lieu; voici l'extrait de celles de ces chartes qui sont émanées de Jean, sire de Joinville, et la copie de celles de ces lettres qui touchent particulièrement à la personne et à l'histoire de l'illustre sénéchal de Champagne. (Les intitulés sont rédigés dans l'intérêt de l'église).

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Année 1247. Lettres des dix septiers de bled d'arrivage de Gondrecourt. « Ce fut fait quant li mortrains corroit (une mortalité?) mil cc et XLVII ans, ou mois de joing. »

1248. Lettres relatives à une rente de cinq septiers et demi de froment, assise sur le moulin de la Fontaine, données

au mois de joingt.

Méme année. Lettres par lesquelles Jean donne un muid d'avoine à l'église de Saint-Laurent. « Ce fust faict l'an de grâce M CC et XLVIII ans, ou mois de juillet.

1254. Lettres relatives à douze septiers de bled d'acquêt par l'église de Saint-Laurent, «en l'an de grâce M cc et LIII ans, ou mois de décembre. >>

1258, au mois de juillet. « Lettres de l'oratoire de la chapelle qui

est au chasteau de Joinville. »

Texte de ces lettres.

<«< Je Jehans sire de Joinville, séneschaux de Champaigne, fais savoir à tous ceux qui verront ces letres que li doien et li chapitre de l'église S'Lorant de Joinville m'ont soffert à faire un oratoire en ma tornele de mon chastel prédict; mes hoirs ne je moi hevrons pooirs faire chanter messe oudit oratoire en nue manière ne par nul besoing que nos aient ny puissions avoir; 'et li devant dict doien et le chapitre feront chanter la messe oudit oratoire au jour des quatre festes chascun an et à la feste S' Michiel, tant comme il lor plaira; et li prestre qui chantera la messe sera des prestres de l'église S' Lorant, et aura chacun des giors qu'il i chantera toutes les offrandes qui venront à sa main et trois pains de neuf deniers de mon ostel et une quart e de vinausi, qui seront au devant dit doien et où chapitre, et toutes autres offrandes qui venront audit oratoire ausi. Et por que ceste chose soit ferme et estable, je ai fait saeler ces lettres de mon sael. Ce fut fait l'an de grâce 1258 ans, ou mois de juillet. ».

1260. Lettres relatives à une rente de cinq muids de vin. « Ce fut faict à Joinville, le samdy devant la S. André, en l'an de grâce м CC et LX, ou mois de novembre.

1261. Lettres relatives à un don et aumône fait par le frère de Jehans, Guillaume, doyen de Besançon. « Ce fut faict l'an de grâce м Cc et LXI, ou mois d'octobre. »

1266. Lettres qu'on ne peut chanter ou chastel sans congié.

Texte de ces lettres.

« Je Jehans sire de Joinville, séneschaux de Champaigne, fais savoir à tous ceux qui ces présentes lettres verront et oiront que li doien et li chapitre de St Lorant de Joinville m'ont donné congié que je puisse faire chanter messe en ma petite chapelle dedans mon chastel à Joinville por moi et por gens de travail en ma maladie de quartaine, pour laquelle chose je voil et otroi que cil congié qu'il m'ont donné à lor volonté ne lor soit en nule grevance ne ne puisse à nul desgréament tourner à aux ne à l'esglise Saint-Lorant de Joinville. Et pour que ce soit chose ferme et

T. 1. PART. 2.

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