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les parolles telles que s'ensuit. Ledit depposant estant en l'escriptoire de son maistre, près de la sale, en laquelle sale estoit ledit prévost de la cité, qui parloit à son dit maistre; et entre autres parolles lui dit: « Vous, maistre Nicole, je vous ay envoyé céans ung coffre. Vecy la vaisselle d'argent que je vous envoye. Gardez-la bien: vous savez que moy, maistre Adam Fiefvé, maistre Jehan Godeffroy, le procureur du roy, Jehan Cordier et vous, avons vendu et tray ceste ville de Laon. Moy, maistre Adam Fiefvé et maistre Jehan Godeffroy alons devers le roy, et ne savons quant nous retournerons. Je vous prie, sauvez-moy mes biens. » A quoy ledit maistre Nicole respondit : « Il est vray, je le sçay bien; je mettray voz biens en ceste chambre. » Lesquelz coffre et biens furent aportez par les serviteurs dudit prévost et mesmement par Jehan, son serviteur, lequel ledit prévost renvoya; et demourèrent lesditz prévost et maistre Nicole seulz en ladite sale. Scet, lui qui parle, lesdites parolles avoir esté dictes parce qu'il estoit en ladicte escriptoire, comme dit est. Entre laquelle et ladite sale où ilz estoient n'a que un palis, ouquel il fit ung trou du baston du lit pour les veoir et oyr; et tient encores et croit que ledit trou y soit, s'il n'est restouppé puis hier matin. Et autrement ne lui a oy dire ne entendu avoir dit lesdites parolles. Dit oultre qu'il ne scet pas que aucuns biens de l'ostel de son maistre, ne pareillement ceulx dudict prévost, aient esté transportez hors dudit hostel de son maistre, et ne l'a point dit à ladite Agnesson ne à ladite Mahault. Bien leur a dit que de l'ostel Pasquier Wabain avoient esté aportez aucuns biens en l'ostel de sondit maistre en garde. Dit oultre que depuis le mois de may derrain passé, ouquel temps sondit maistre se maria à la femme qu'il a de présent espousée, paravant femme de feu maistre Jacques Remion, ledict depposant a esté par deux foys avec sondict maistre en la ville de Guise, et print son chemin de ceste ville de Laon à Chavignon au chemin de Soissons, de là au dessus de Coucy-le-Chastel, et à Chauni, et d'ilec à Guise; et au retour il revint par le Pont à Nouviant, distant du chastel d'Assy une lieue; ouquel lieu du Pont ils disnèrent en l'ostel des Mailletz. Et à l'autre voiaige alèrent dessous Coucy-le-Chastel; de là au disner à Chauni et d'illec à Guise; et retournèrent par ledit chemin et par la Fère; avec lesquelz estoient maistre Jehan Herbert, chanoine de Laon, et Hue d'Anceville, seigneur

par

du chappitre de ladicte église. Et ne scet point que son maistre ait alé, fréquenté ne repairié avec les Bourguignons à Marle, Assy ne ailleurs; et n'en a quelque chose dit à la chambrière dudit Pierrouche ne à ladite Méhault. Dit oultre que six sepmaines a ou environ, ledit depposant trouva unes lectres missives estans en ung comptoir en l'escriptoire de sondit maistre, qui estoient ouvertes adreçans à sondict maistre, au dos desquelles estoit escript: « Soient données ces lettres à monsieur maistre Nicole de Flainquis, lieutenant du prévost de la cité de Laon »; lesquelles il déploya, et vit qu'elles estoient escriptes ou nom de Jacques de Saint-Simon, escuier, qui pou de temps paravant s'estoit rendu Bourgongnon. Ne saveroit depposer qu'elles contenoient, et ne les peu lire, obstant ce que sa maistresse arriva illecques; et soy doubtant d'elle, les bouta en son sain; et tost après sans les veoir les bouta au feu. Dit oultre qu'il a dit à ladite Agnesson et à ladite Méhault que sondit maistre aloit bien souvent boire et mengier avec le prévost du roy; et que on disoit que icellui procureur faisoit du caymant; mais cy-après en le trouveroit bien. Et ne leur a point dit de Jehan Cordier, et aussi ne scet point qu'il alast boire ni mengier avec eulx. Dit aussi que pareillement il a dit à ladite Agnesson que en l'iver derrain passé, ung nommé Lermitte, ainsi que ledict depposant estoit au guet, lui dit qu'il n'estoit pas recevable à guet, disant qu'il estoit bien mestier de garder la ville parceque les Bourguignons avoient fait des eschielles à Marle, et ne savoit-on où ilz vouloient tirer. Dit aussi ledit depposant qu'il a dit à ladite chambrière que feu maistre Gérard de Flainquis, en son vivant lieutenant général de monseigneur le bailli de Vermendois, ung pou paravant son trespas, avoit dit que, se on s'estoit bien gardé par cy-devant, que on se gardast mieulx, et que ladite ville de Laon avoit bon mestier de soy garder. Lui dit avec ce, que unes lectres missives avoient esté trouvées en l'ostel dudit maistre Gérard, lesquelles furent brûlées oudit hostel, présent le maistre dudit depposant, comme il depposant a oy dire à la vefve dudit maistre Gérard; mais il

n'a point oy dire que contenoient lesdites lectres. Dit avec ce que na

gaires, en certain jour de vendredi ou de sabmedi, autrement du jour n'est recors, après ce que ledit depposant fut revenu des champs, pour les affaires de son maistre, environ l'eure d'entre six et sept de nuyt, la

femme de sondit maistre dit ces parolles : «Qui veut obéyr à moy, si s'en aille couchier hastivement,» sans dire les causes pour quoy; ce que fist icellui depposant. Et après qu'il fut couchié, il oy tambuschier à la porte dudit hostel par derrière; et par tant se leva de son lit, et ala jusques en la cuisine bas; et lui estant illec, oyt une personne qui se plaingnoit en disant: « Aye! » Et lors ledit depposant demanda : « Qu'esse là?» Et la femme de sondit maistre respondit: « Ce n'est riens; va-t'en couchier. » Et le lendemain ensuivant, ledit depposant perceut que c'es toient biens aportez de l'ostel dudit Pasquier Wabain en l'ostel de sondit maistre.

AUJOURD'UY, QUATORZIESME JOUR DUDIT MOIS DE DÉCEMBRE MIL QUATRE

CENS SOIXANTE-TREIZE.

Nous, commissaires dessus nommez, avec ce en la présence de noble homme Pierre du Barry, seigneur dudit Barry et capitaine de Laon, nous transportasmes ès prisons du roi nostre sire à Laon, et illec feismes venir par devant nous, en la sale desdictes prisons, les dessusditz Agnesson, Méhault et Colinet, prisonniers illec détenus; et ledit messire Jehan Pierrouche prebstre, par cy-devant oys et examinez sur le cas dessusdict, ausquelz Pierrouche, Méhault et ·Agnesson avons fait lire leurs dictz, confessions et depposicions par ledict Anthoine Marc, clerc dessus nommé ; lesquelz et chacun d'eulx à part et séparément, après serment solennel derechief par eulx fait, ont dit et déclairé que leursdictes confessions et depposicions, ainsi que faictes et dictes les ont, sont vraies et ne les sauroient augmenter ne diminuer, ains persistent en icelles. Et au regard dudit Colinet, après serment par lui fait comme paravant, et avant que lui aïons fait lire sa depposicion, nous a entièrement récité le cas ainsi que paravant il avoit depposé. Et ce fait, lui avons fait lire sa depposicion, à laquelle il a persisté et persiste, sans y vouloir augmenter ni diminuer; et n'a esté incité par quelque personne que ce soit de dire ne plus ne moins que ce que dessus en a dit et depposé. Et parce que par les depposicions et confessions desdictes Agnesson et Méhault, ledit Colinet a esté trouvé et chargié de leur avoir dit autres parolles qu'il n'a confessées, nous les avons fait détenir ès dictes prisons chacun à part, jusques à ce qu'ilz soient con

frontez l'un devant l'autre. Et plus avant cedit jour avant midi n'a esté besongnié en ceste matière.

CEDIT JOUR, après disner, environ heure de trois heures, nous transportasmes èsdictes prisons, présent ledit cappitaine de Laon. Et illec feismes venir ledit Colinet, ouquel nous deismes que estoit chargié d'avoir dictes les parolles qui s'ensuivent aux dessus nommées Agnesson et Méhault, c'est assavoir que quant son maistre, maistre Nicole, aloit dehors, il faignoit d'aler à Guise pour ses besongnes et affaires, et néantmoins il aloit à Marle, à Saint-Goubain et à Assy, et illec lui faisoiton grant chière. Par lequel Colinet nous a esté dit et affermé par serement que oncques lesdictes parolles il ne dit. Bien est vray que leur a dit que se son maistre estoit ou aloit èsdictes villes, que on lui feroit grant chière, et ne lui demanderoit-on riens.

Interroguié qui le mouvoit de dire lesdictes parolles: dit qu'il le disoit et le créoit ainsi, veu et actendu les parolles dictes par ledit prévost de la cité à sondit maistre, par lesquelles il disoit : « Moy, maistre Adam Fiefvé, maistre Jehan Godeffroy, le procureur du roy, Jehan Cordier et vous, avons vendu et trahy ceste ville de Laon; vous le savez bien. »> A quoy son maistre respondit : « Il est vray. » Et en autre intencion ne pour autre cause ne les a dictes. Et se autrement on l'a chargié d'avoir dit lesdictes parolles, ceulx ou celles qui l'ont chargié l'ont mal entendu.

Ce fait, avons envoyé querir lesdictes Agnesson et Méhault; lesquelles et chacune d'elles affermèrent en la présence dudit Colinet leurs depposicions estre vrayes, et que quelque chose que ledit Colinet ait dit touchant ledit voïaige de Guise, il leur a dit et déclairié le voïaige ainsy que depposé l'ont; c'est assavoir que son maistre ou voïaige de Guise passa au devant d'Assy, et que on lui faisoit grant chière. Par lequel Colinet nous a esté dit et affermé le contraire, et que oncques ne leur en parla synon ainsi comme il le confesse. Et se d'aventure il leur avoit dit lesdictes parolles et esté avec sondit maistre, il n'auroit point dit vérité, et n'a point esté avec son maistre esdis lieux de Marle, SaintGoubain, ne Assy; et ne scet point aussi que sondit maistre y ait esté. Et au regard du surplus, il a persisté en sa depposicion et confession. Et autre chose n'a voulu confesser, lui sur tout interrogué. Et partant 89

T. I. PART. 2.

avons fait mettre ledit Colinet et pareillement lesdictes Agnesson et Méhault chacun à part esdictes prisons, sans y avoir procédé plus avant cedit jour.

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Loys, par la grâce de Dieu roy de France, à noz amez et féaulx maistres Giles Flameng, nostre conseillier et général sur le fait de la justice de noz aides à Paris, et Hugues de la Tillaye, aussi nostre conseillier et advocat en nostre Chastellet à Paris, salut et dilection. Il est venu à nostre congnoissance que les receveurs ou commis à lever nos aides, tailles, paiement de noz gens de guerre et autres deniers mis sus et imposez de par nous és haultz et bas païs d'Auvergne, Lymosin et la Marche, leurs clercs, commis, sergens et autres qui ont cueilliz et levez iceulx deniers, ont exhigé indeuement sur noz subgectz desditz païs plusieurs grans sommes de deniers oultre et par-dessus le principal et les fraiz raisonnables et acoustumez estre mis sus et assis de par nous; et ce qu'ilz en ont ainsi levé ont appliqué à leur singulier prouffit ou autrement disposé ainsi que bon leur a semblé; et oultre, pour plus travailler nozdictz subgectz, se sont très souvant iceulx sergens, et sans que besoing fust, transportez tout en ung jour en plusieurs et divers villaiges dont de chacun ilz ont prins salaire particulier, ce qu'ilz ne pouvoient ne devoient faire, en venant directement contre noz ordon

'Publiée par M. J. Quicherat, d'après l'original. Collection Béthune, Bibliothèque royale, no 8441 des manuscrits français.

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