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de Semur. Quand cette opération sera terminée, je prendrai la liberté de vous en présenter, M. le Ministre, les résultats détaillés.

J'ai l'honneur d'être, etc.

II. AUTRE LETTRE DE M. MAILLARD DE CHAMBURE (sans date).

J'ai trouvé parmi les manuscrits de la bibliothèque de Dijon l'ouvrage suivant, qui était indiqué dans l'inventaire comme un manuscrit polonais :

(Sic) A Romeish preist and Poleand pedlar mett
And in a sadd discourse they both are sett.

Un volume petit in-12.

By JOHN TAYLOR, Water poet.

Ce volume renferme plusieurs pièces inédites de John Taylor, poëte anglais, né en 1584, à Glocester, et qui reçut le surnom de Water poet, de la profession de batelier qu'il exerça d'abord. Dévoué au parti de Charles Ier, il fut successivement yeoman de la garde de ce prince, et directeur d'un meeting royaliste, qu'il réunissait dans une taverne portant pour enseigne : la Couronne en deuil. Taylor mourut en 1654.

Le manuscrit de Dijon est accompagné d'une dédicace à la marine anglaise, dans laquelle se trouvent cités plusieurs ouvrages du poëte d'eau, qui n'ont point été imprimés.

Quoique Taylor soit peu connu hors d'Angleterre, il est encore goûté de ses compatriotes, et, sous ce rapport, le manuscrit de Dijon devait être signalé à l'attention de M. le Ministre.

Je l'ai signalé aussi à un savant littérateur anglais qui pourra en déterminer l'importance; quand son opinion me sera connue, j'aurai l'honneur d'adresser à M. le Ministre une nouvelle note qui complétera celle-ci.

DÉPARTEMENT DE LA DORDOGNE.

I. PREMIER RAPPORT DE M. MARTIAL DELPIT

A M. LE MINISTRE DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE.

Novembre 1838.

Monsieur le Ministre, chargé par vous, au mois d'août 1837, d'explorer dans l'intérêt de la collection des monuments de l'histoire du tiers-état, les archives de l'ancienne province de Guyenne, j'avais appelé votre attention sur celles de l'hôtel de ville de Périgueux, qui me paraissaient très-riches en documents relatifs à l'histoire de cette ancienne cité; mais absorbé par l'examen des autres archives municipales des départements de la Dordogne, de Lot-et-Garonne et de la Gironde, je n'avais pu examiner assez attentivement celles de l'hôtel de ville de Périgueux pour vous en signaler l'importance autrement que par aperçu. Vous avez bien voulu me charger de les explorer de nouveau pendant les vacances de cette année, et de recueillir, sur les autres archives municipales de l'ancienne province du Périgord, tous les renseignements relatifs à la collection confiée à M. Augustin Thierry. Je me suis acquitté de cette mission avec tout le zèle que m'inspire le grand recueil aux travaux préparatoires duquel vous avez bien voulu m'associer. Je vais avoir l'honneur de vous en rendre compte.

Je me bornerai aujourd'hui, Monsieur le Ministre, à vous parler du classement et de l'inventaire raisonné des archives de l'hôtel de ville de Périgueux, et à vous exposer les résultats de ce travail pour la col

lection des monuments de l'histoire du tiers état. Dans un second rapport, je vous ferai connaître tous les documents que j'ai rassemblés pour l'histoire municipale des autres communes du département de la Dordogne. Je m'empresse de vous dire, dès aujourd'hui, que je les dois en partie à la bienveillance de l'administrateur éclairé de ce département. M. Romieu s'est associé à mes recherches avec un empressement dont je ne saurais trop le remercier; il a adressé pour moi une circulaire à tous les maires de son département, pour leur demander un inventaire des registres, parchemins ou papiers antérieurs à 1789, qui pouvaient encore subsister dans les archives communales. Cette circulaire a produit de bons résultats, et les réponses de MM. les maires m'ont fait connaître un grand nombre de pièces utiles à l'histoire municipale.

Lorsque je m'adressai à M. le maire de la ville de Périgueux pour lui demander communication des anciennes archives qui existaient encore dans cette ville, je reçus la même réponse qui avait été faite quelques mois auparavant à M. Michelet, à savoir, que toutes les chartes de la ville avaient été détruites, et qu'il ne restait plus à la mairie que quelques registres municipaux. J'avais trouvé à la Bibliothèque royale un ancien inventaire des chartes de l'hôtel de ville de Périgueux, qui constatait pour moi la richesse et l'importance de ces archives avant la révolution. J'insistai donc auprès de M. le maire, qui voulut bien me conduire à la mairie et faire mettre à ma disposition toutes les armoires où il y avait chance de retrouver des papiers ou parchemins antérieurs à 1789. On m'ouvrit d'abord un immense placard où étaient entassés pêle-mêle tous les papiers mis au rebut par les administrations qui se sont succédé depuis cinquante ans. Tout cela était recouvert de poussière et en proie aux vers et aux insectes de tous genres; encore quelques mois, et l'on n'aurait plus trouvé que des débris informes! J'ai commencé par diviser en trois catégories la masse de matériaux que j'avais sous les yeux les registres, les documents sur papier, les documents sur parchemin. D'après ce que l'on m'avait dit, je n'espérais guère que cette dernière catégorie fût considé

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Rapport adressé en 1836 par M. Michelet à M. Guizot, alors ministre de l'instruction publique.

T. I.

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rable, et j'ai été agréablement surpris en trouvant, au milieu de papiers de la révolution, des liasses entières de parchemins qui me parurent n'avoir pas été ouvertes depuis bien longtemps. Ce premier triage achevé, j'ai examiné les registres manuscrits, et je les ai classés par ordre chronologique. Voici ceux que j'ai retrouvés.

Registres sur parchemin. -1° Un registre des rentes léguées à l'hôtel de ville de Périgueux et destinées aux pauvres de cette ville. Ce manuscrit, daté de 1247, est en langue romane du Midi. C'est évidemment le registre original tenu par les maire et consuls chargés du recouvrement de ces rentes. Il contient en marge plusieurs additions. qui y ont été inscrites à différentes époques: la dernière est de 1355. Toutes les rentes mentionnées dans ce manuscrit sont assises sur des maisons ou autres propriétés qui y sont désignées par leurs tenants et aboutissants. Il pourrait fournir la matière d'un curieux travail, analogue à celui qui a été publié par vos ordres, Monsieur le Ministre, sur le livre de la taille de la ville de Paris en 1292, et qui aurait pour but de retrouver, à l'aide des indications du manuscrit, les anciennes divisions de la ville de Périgueux, son étendue au XIIIe siècle, la place occupée par les fortifications, les noms des portes, des rues, etc. Ce document m'a paru aussi très-intéressant pour l'histoire de la langue des troubadours. Il est, comme je l'ai dit, daté de 1247, et nous possédons peu de manuscrits originaux en langue romane du Midi, antérieurs à cette époque.

2o Un autre registre dans lequel on trouve diverses rédactions des statuts municipaux de la ville de Périgueux aux xv et xvi° siècles. Ce manuscrit contient d'abord un statut municipal composé de trente-sept articles et en langue romane du Midi. Ce statut n'est pas daté; mais, à en juger par la traduction française qui y est jointe, il doit être de 1476 ou 1477. Il règle toutes les formalités de l'élection des maire et consuls, détermine leurs attributions, fixe leur juridiction, donne les formules des divers serments qu'ils doivent prêter, etc. Quelques-unes de ces formules sont remarquables; je citerai entre autres la suivante : Et toutas aquestas causas sobre dichas vous juratz sobre la sancta ley de Dieu far tener et accomplir a vostre leal poder sans y aregardar amyc ny ennemic. On trouve ensuite une traduction française du statut pré

cédent. Cette existence simultanée de deux textes en roman et en français dans le même manuscrit m'a semblé remarquable; elle prouve qu'à l'époque où le manuscrit a été rédigé, en l'année 1476, la langue française envahissait nos provinces méridionales et y balançait déjà la langue nationale. En effet, tous les actes antérieurs émanés de l'autorité municipale sont rédigés en roman. A la suite de la traduction française du statut de 1476, vient une modification apportée à ce statut au mois de novembre 1506. Cette modification, rédigée en français, est accompagnée d'un préambule qui explique la manière dont le statut primitif a été révisé; c'est un procès-verbal de la séance tenue dans la maison commune de la ville de Périgueux par les maire, consuls, avocats, procureurs, bourgeois, marchands, laboureurs et autres formant le conseil de la ville. Dans cette longue liste des bourgeois de Périgueux, on trouve des noms appartenant à la première noblesse de la province, tels que Jean d'Abzac, seigneur de la Douze, et le nom du célèbre et malheureux François Ranconnet, avocat au parlement de Bordeaux. A la suite de cet acte de révision, on a transcrit divers arrêts du parlement de Bordeaux, relatifs à l'homologation de ces statuts, aux modifications qui y furent apportées, et aux diverses contestations auxquelles ils donnèrent lieu. Enfin, la dernière partie du manuscrit contient les copies de quelques chartes royales, données pour la confirmation des priviléges de la ville de Périgueux. La plus ancienne est de Henri II, la plus récente de Louis XIII.

Registres sur papier. Les plus importants des registres sur papier sont ceux de la maison de ville de Périgueux, dans lesquels le greffier du consulat et souvent le maire ou les consuls eux-mêmes consignaient tous les événements de l'histoire de la ville, inséraient les chartes de priviléges ou de confirmation, notaient année par année les élections municipales, inscrivaient les noms des maire et consuls, et en général ceux de tous les officiers municipaux. Ces registres, véritables chroniques qui sont souvent du plus haut intérêt pour l'histoire locale, nous retracent dans ses moindres détails l'existence d'une ville municipale au moyen âge. C'est là que nous retrouvons une image fidèle de cette vie communale si active, si pleine d'événements, dont le secret ne saurait nous être révélé par les seules chartes de priviléges ou de

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