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LES ARCHIVES

DE L'ADMINISTRATION GÉNÉRALE

DE

L'ASSISTANCE PUBLIQUE DE PARIS1.

Les archives de l'Administration générale de l'Assistance publique à Paris furent formées, au sortir de la période révolutionnaire, de la réunion des titres des établissements de bienfaisance placés sous la direction de l'Administration générale des Hospices, et des fonds des maisons hospitalières supprimées pendant la tourmente. Quelques institutions spéciales, telles que les

1. Le Comité de publication de la Société de l'Histoire de Paris a cru faire une œuvre utile en reproduisant dans ses mémoires l'Introduction aux inventaires des archives de l'Administration générale de l'Assistance publique de Paris, imprimée une première fois par cette administration en 1869 (Paris, P. Dupont, in-4° de xxxvIII p.), et dont presque tous les exemplaires ont été détruits par les flammes en mai 1871, en même temps que ceux de l'inventaire dont ils formaient la préface. Ce travail a été rédigé en très-grande partie par M. Tournier, ancien archiviste de l'administration, et complété par M. Brièle, archiviste actuel. Présenté à M. Husson, ancien directeur de l'Assistance publique, sous la forme d'un mémoire, il n'est autre que l'historique de la formation des archives hospitalières de la ville de Paris, si considérables avant l'incendie de 1871, importantes encore aujourd'hui grâce aux sages mesures de prévoyance qui en ont préservé les parties les plus précieuses. Nous aurions voulu compléter les renseignements que donne cette notice par des indications sommaires sur l'état actuel des archives de l'Assistance publique, mais M. Brièle s'est chargé lui-même de ce soin. Il prépare, en effet, pour être joint au tirage à part du travail de M. Henri Bordier sur la Confrérie des pèlerins de Saint-Jacques (publié dans les deux premiers volumes de notre recueil de Mémoires), un récolement complet des archives hospitalières qui ont été préservées de l'incendie. Le volume qui renferme ce récolement paraîtra sans doute vers la fin de cette présente année 1876. Nous ne pouvons donc mieux faire que d'y renvoyer tous ceux qui, voulant écrire sur l'histoire de Paris, désirent être fixés sur les ressources que peuvent encore leur offrir les archives de l'administration hospitalière.

MÉM. III

Quinze-Vingts, les Sourds-Muets et les Jeunes Aveugles, soumises à l'autorité immédiate du Ministre de l'Intérieur, ont conservé la garde des documents qui constituent leur histoire et des actes qui garantissent leur fortune.

Bien que les archives de l'Administration de l'Assistance publique soient peu connues, elles forment un dépôt des plus importants, par le nombre et par l'intérêt des pièces qu'elles renferment.

Il est intéressant de savoir comment s'opéra la réunion, dans un centre commun, des différentes collections composant les archives des établissements hospitaliers de Paris; nous allons donc présenter un historique abrégé de cette réunion, nous réservant de donner, en tête de l'inventaire de chacun des fonds, un aperçu général de sa formation et de sa composition.

En 1789, la direction des établissements de bienfaisance les plus importants de la capitale appartenait à deux administrations principales le Bureau de l'Hôtel-Dieu et le Bureau de l'Hôpital général.

En dehors de ces deux grandes administrations, il existait un nombre assez considérable d'hôpitaux, d'hospices et d'autres institutions de charité, dirigés par des administrations particulières, obéissant à des règlements spéciaux, et, pour la plupart, appartenant à des corporations ou à des Congrégations religieuses.

L'administration ou Bureau de l'Hôtel-Dieu avait dans son ressort l'Hôtel-Dieu proprement dit, y compris la maison de convalescence dépendant de cet hôpital; l'hôpital Saint-Louis; l'hospice des Incurables; l'hôpital de la Santé ou de Sainte-Anne; et, en outre, diverses dépendances urbaines ou rurales, telles que magasins généraux, bergeries, maison de campagne des religieuses, etc.

Bien que soumise à une même administration, la manse de l'hospice des Incurables était distincte de celle de l'Hôtel-Dieu.

L'Hôpital général comprenait : les hospices de Notre-Dame-dePitié, de la Salpêtrière, de Bicêtre ; l'hôpital des Enfants-Trouvés uni à l'Hôpital général en 1670, et se composant de la maison

1. Au xvi° siècle et dans le siècle suivant, on donna le nom de Maison de la Santé aux hôpitaux destinés spécialement au traitement des pestiférés. Cette appellation vient du nom la Sanita, donné en Italie aux établissements semblables.

de la Couche, située rue Neuve-Notre-Dame, et de la maison du faubourg Saint-Antoine; l'hôpital du Saint-Esprit, uni en 1680 à l'hospice de Vaugirard, et la maison de Scipion.

La manse des Enfants-Trouvés ne s'était pas confondue avec celle de l'Hôpital général, et s'était grossie en 1772 de la fortune de l'hôpital des Enfants-Rouges. L'union des biens de l'hôpital Saint-Jacques-aux-Pèlerins à ceux de l'hospice des EnfantsTrouvés fut aussi prononcée par lettres patentes de mai 1781; mais des procès survinrent, et la Révolution éclata avant que cette union eût pu s'accomplir.

A la tête des administrations de l'Hôtel-Dieu et de l'Hôpital général étaient placés, depuis le règne de Louis XIV, l'archevêque de Paris, les Premiers Présidents et les procureurs généraux des Cours souveraines, et les premiers magistrats de la cité. Les autres membres des deux bureaux, choisis dans les rangs élevés de la bourgeoisie, présentaient, au plus haut degré, toutes garanties d'intégrité, de moralité et de capacité administrative.

Après ces deux groupes principaux d'établissements de charité, nous devons citer le grand Bureau des Pauvres, qui eut, au moment de sa fondation, une importance considérable; mais que la création de l'Hôpital général amoindrit beaucoup; l'hôpital des Petites-Maisons dépendait du grand Bureau des Pauvres.

:

Parmi les hôpitaux régis par des règlements particuliers se trouvaient l'hôpital de la Charité administré et dirigé par les frères de Saint-Jean-de-Dieu; les hôpitaux Necker et Cochin, tous deux de création récente; l'hôpital de Sainte-Catherine, la plus ancienne maison hospitalière de Paris, après l'Hôtel-Dieu; les hôpitaux Saint-Gervais et de la Trinité; l'hospice des Cent-Filles ou de la Providence; les maisons des Hospitalières de la place Royale, de la rue Mouffetard, de la Roquette et de Saint-Mandé; les Orphelines de Saint-Sulpice; l'hôpital de l'Enfant-Jésus et nombre d'autres maisons moins importantes.

Enfin, à côté de ces hôpitaux destinés à soigner les malades, et de ces hospices ouverts aux vieillards, aux infirmes et aux enfants trouvés, fonctionnaient, dans presque toutes les paroisses, sous la direction des curés, des bureaux de charité, indépendants les uns des autres, qui suppléaient à l'action trop restreinte du grand Bureau des Pauvres et consacraient leurs revenus au soulagement de misères de toute nature.

Telles étaient les institutions de bienfaisance de la ville de

Paris au moment de la Révolution; leurs ressources étaient considérables, mais, par défaut d'unité de direction, ne procuraient pas tout le bien qu'elles eussent pu produire. Du reste il faut reconnaître que, si on peut reprocher aux administrations et aux corporations placées à la tête de ces institutions de s'être montrées quelquefois attachées trop étroitement à la tradition des habitudes hospitalières du passé, du moins elles donnèrent toujours l'exemple du plus parfait désintéressement et du plus complet dévouement aux intérêts des malheureux.

Chacune de ces administrations ou de ces maisons isolées avait ses archives, où se conservaient précieusement ses statuts, ses règlements, ses chartes de priviléges et ses actes de propriété. La conservation et la bonne tenue de ces dépôts de titres éveillèrent, en tout temps, la sollicitude des chefs des établissements de charité. L'état dans lequel la plupart des fonds des hôpitaux de Paris sont arrivés jusqu'à nous, en traversant tant de siècles, nous est une preuve des soins que leur donnaient ceux qui en avaient la garde. Nous devons remarquer en passant, que presque toutes les lacunes et les mutilations que nous trouvons dans les séries de ces monuments de la charité de nos pères datent des temps révolutionnaires, ou même d'époques encore plus récentes, ainsi que nous le montrerons dans le cours de cette introduction.

Les différents dépôts d'archives étaient donc tenus dans un ordre qu'exigeait d'ailleurs la bonne gestion des biens dont elles renfermaient les titres, à l'époque où commença la Révolution française.

Un des premiers effets du mouvement révolutionnaire fut d tourner les préoccupations de la société vers les moyens d'amé liorer le sort des classes souffrantes; la question de la réform des hôpitaux, agitée déjà depuis plusieurs années, se présenta d nouveau avec plus d'insistance et d'opportunité.

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Les cahiers de l'Assemblée nationale contenaient le vou, émi par un grand nombre de citoyens, de changements radicaux dan l'administration des hôpitaux et dans la gesti de leurs biens Sans attendre que le désir de l'Assemblée se d'une loi, les membres des administrations de l'Hôpital général pensèrent que cette manifest l'opinion publique marquait le terme de leur m

Les administrateurs de l'Hôtel-Dieu écrivirent, au maire de Paris, une lettre dont les termes,

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