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long-tems pesé mes idées & mesuré mes expressions pour éviter tout ce qui seroit capable de déplaire. Mais comme on ne feroit aucun bien si l'on manquoit de courage pour l'entreprendre , & fi l'on ne bravoit pas les obstacles qui arrêtent tous ceux qui se dévouent à être utiles, j'ai cru devoir sacrifier mon amour-propre, l'espoir de la célébrité, mon repos même , au défir feul de fervir ma patrie.

Oui, mon but unique est de servir Geneve, ce lieu délicieux où je suis né, où mes yeux ne se sont ouverts à la lumiere que pour contempler le séjour le plus riant, où mon cæur n'apprit à sentir qu'en éprouvant la sensibilité touchante des parens les plus tendres, des amis les plus aimans, & de l'épouse la plus sensible & la plus vertueuse, où mon ame ne se livra aux charmes de l'étude que pour recevoir les leçons

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des hommes les plus respectables & les plus savans, où je n'entrai dans le monde

que pour goûter les plaisirs de la meilleure société, où le vrai Chriftianisme m'offrit d'abord les vraies fources du bonheur, où . Mais GENEVE tient à mon cæur par tous les liens imaginables ; son nom est enchaîné

par le plaisir à toutes mes pensées, à tous mes sentimens, à toutes mes occupations, à tous mes délaffemens; mon existence me seroit pénible si je n'avois pas essayé de lui être utile. C'est pour toi , ô ma Patrie ! que j'ai composé cet ouvrage; pardonne-moi ses défauts en faveur de mon dévouement, & si je ne fuis

pas

assez heureux pour ajouter quelque chose à ta gloire, par la peinture que j'ai faite des travaux entrepris par tes enfans, ne dédaigne

du moins cette preuve que je te donne de mon zele , en rassemblant ces

Ô

pas du

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matériaux pour quelque Citoyen, que ses talens rendront plus digne que moi de te célébrer.

Qu'on ne cherche donc point ici le style élégant des Académiciens , les figures hardies des Orateurs, ces tours heureux qui caractérisent les bons Ecrivains , ou même cette diction pure qu’une oreille délicate exige avec fcrupule; mes études , mes travaux , la foiblesse de mes talens me les interdisent. Mais si le Patriote

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cherche de bonne foi le Patriote , j'ose l'assurer, si je ne me suis pas trompé moi-même, qu'il y trouvera sûrement les vues, les sentimens & le langage d'un bon Patriote. Oui, j'ai écrit pour GENEVE & pour tous ceux qui l'aiment. Si mes concitoyens découvrent leur patriotisme dans mon ouvrage , je suis assuré de leur reconnoissance, & c'est elle seule qui peut me dédommager de la

grandeur & de la durée de mes travaux. Les Etrangers sensibles applaudiront à ma conduite , & m'accorderont leur indulgence en faveur de mes intentions.

Ces vues ont concentré toutes mes pensées dans GENEVE; aussi mes idées sur la religion , les næurs, les sciences, le commerce & les arts, toujours généralement vraies , sont particuliérement démontrées pour notre maniere d'exister. Dans les grands Empires le ressort principal de l'administration est fi fort, il influe fi prodigieusement sur tous les autres, qu'il entraîne la machine

par son énergie, & nécessite son mouvement & sa conservation , quoiqu'une foule de pieces importantes y dépérissent : mais dans un petit Etat fi toutes les forces concourantes à fa vigueur n'ont pas toute leur influence, on ne tardera pas à s'en appercevoir. C'est ainsi, en particulier, que la pureté des meurs, la vertu la plus intacte ; une religion pure , qui est la seule base solide de la vertu & des mæurs, sont les uniques appuis de tous les Gouvernemens républicains. Montesquieu a développé ces grandes vérités

que

l'histoire de l'Univers enseigne depuis son origine.

Je ne pouvois écarter ces idées intéressantes en peignant les beaux momens littéraires de GENEVE, qui ont toujours été les beaux momens de son existence physique; aussi j'ai cru devoir montrer

que les Savans qui se sont alors le plus illustrés dans les Lettres se sont encore distingués par leur piété & leur patriotisme.

Mais à quoi serviroient des connoissances qui ne rendroient pas les hommes meilleurs, plus utiles aux autres, plus dévoués au bien public? A quoi serviroient des hommes en état

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