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classes de collections: les unes à vérifier dans l'intérêt général de l'histoire, après les nombreuses recherches particulières qui s'y sont faites; les autres, peu consultées au contraire et qui étaient à explorer à fond dans l'intérêt universel des recherches actuelles.

Le succès de cette utile et grave opération dépendait surtout du choix des travailleurs, de la direction qu'ils recevraient, de la surveillance journalière dont ils seraient l'objet. L'instruction et la conscience étaient deux qualités essentielles, comme aussi l'habitude des écritures du moyen âge; sans cette dernière condition il était impossible de compter sur un nom propre de personne ou de lieu, et c'est là bien souvent la seule date d'une pièce importante.

Parmi plusieurs projets, on s'arrêta à celui de relever sur des bulletins isolés le titre de toutes les pièces de nos vingt mille volumes. Il faudra bien du temps sans doute, mais le temps n'est rien pour l'autorité publique. Perpétuelle de sa nature comme les intérêts qu'elle représente, elle est aussi la seule congrégation littéraire possible aujourd'hui, la seule qui ait la puissance du bien et les ressources indispensables pour l'opérer. Les académies sont insuffisantes, et M. le Ministre l'a reconnu lui-même en faisant entendre ces paroles au Roi: «Votre Majesté a pu se convaincre de l'extrême exiguïté des ressources dont l'Académie des inscriptions dispose pour la publication de diverses séries de monuments relatifs à notre histoire nationale, et de la lenteur qui en résulte inévitablement aussi. Quelle que soit l'excellence de ces travaux, ils sont insuffisants pour calmer les regrets et satisfaire les désirs de ceux qui voudraient entrer en possession de tant de trésors encore ignorés 1. >>

Au goût du siècle pour les grands travaux historiques, le gouvernement ne pouvait répondre que par les mesures qu'il allait prendre, et le dépouillement complet et méthodique des vingt

Rapport au Roi, p. 4.

mille volumes de pièces manuscrites était sans nul doute, de toutes les mesures, celle qui était la plus immédiatement possible, la plus immédiatement utile, celle qui pouvait réussir par des moyens à la fois simples et peu dispendieux.

On pouvait ainsi créer un atelier historique qui serait le centre de toutes les recherches; tous les écrivains sérieux ont connu et épuisé les ouvrages imprimés qui intéressent leurs travaux ; il n'y a plus de nouveau pour eux que les collections de pièces et mémoires restés manuscrits. On allait donc ouvrir aux études historiques une mine nouvelle, on accroissait singulièrement l'utilité et la renommée de la Bibliothèque Royale: en un mot, c'était un immense bienfait pour les lettres et pour l'histoire, pour la paix et la vérité; il pouvait pousser des esprits impatients ou tracassiers vers l'ordre et la patiente solitude des recherches historiques.

L'organisation du travail de dépouillement fut donc ordonnée par M. le Ministre de l'Instruction publique, dès le mois de novembre 1834, et réglée par un arrêté rendu le 28 janvier 1835.

Le Ministre veilla par lui-même, avec une sollicitude dont ses propres travaux sur nos historiens nationaux expliquent suffisamment l'activité, à la sincère exécution de son arrêté.

Il voulut que son règlement fût exécuté scrupuleusement, avec exactitude, et conformément à l'article 16 je me fis un devoir de lui adresser un premier rapport trimestriel, dont voici le texte :

Paris, le 31 mars 1835.

Monsieur le Ministre, l'article 16 de votre arrêté du 28 janvier dernier, par lequel vous avez réglé l'ordre du travail relatif au dépouillement des collections historiques manuscrites de la Bibliothèque Royale, que vous aviez ordonné par un autre arrêté du mois de novembre précédent, me prescrit de vous rendre compte tous les trois mois de la marche, des progrès et des résultats de ce travail. La fin du premier trimestre de l'année courante marque l'époque où je dois vous rendre ce compte, et je m'empresse de remplir ce devoir.

Dans les diverses lettres que j'ai eu l'honneur de vous écrire depuis le mois de janvier dernier, j'ai exposé en détail l'ordre et la succession des mesures prises pour l'entier accomplissement de vos vues, et il en est résulté que dès ce même mois de janvier, le travail était en pleine activité, que les douze personnes que vous avez nommées, distinguées par des études variées, étaient employées, selon la variété même des collections, à l'ouvrage le plus en rapport avec leurs études; que leur zèle, et l'honneur d'avoir obtenu votre confiance, étaient, plus que la feuille de présence qu'elles doivent signer tous les jours, la véritable garantie de leur assiduité; enfin, que le travail de chaque semaine et de chaque mois réalisait entièrement vos prévisions, le produit final pour l'année devant atteindre au chiffre que vous aviez indiqué, et la dépense ne dépassant pas celui que vous aviez fixé: tout sera donc utile et économique dans cette entreprise, ainsi que vous l'aviez désiré.

L'immense collection Dupuy (neuf cent cinquante volumes), celles de Brienne et de Bréquigny, formant ensemble quatorze cents volumes in-folio et contenant près de cent mille pièces ou mémoires historiques et littéraires, ont été réparties proportionnellement entre les douze employés ; à la fin du mois d'avril, la moitié de ces pièces auront été relevées sur des bulletins indiquant leur date et leur sujet, et ces bulletins seront classés chronologiquement en une seule série. Les résultats que j'annonce ne sauraient être douteux; je les fonde sur ceux qui sont déjà réalisés sans efforts, et dans des circonstances qui doivent être uniformément les mêmes toute l'année. A la fin du premier trimestre de l'année courante, le nombre des bulletins terminés s'élève à 40,0301.

Ainsi tous ces chiffres justifient tous vos calculs prévisionnels du mois de novembre dernier, et on aura obtenu à la fin de l'année courante cent quarante à cent cinquante mille bulletins de pièces historiques manuscrites, la plupart inconnues ou inédites, et chaque bulletin sera tiré de pièces écrites durant les six derniers siècles et dans divers idiomes de l'Occident.

Le nombre des volumes dépouillés jusqu'ici est d'un peu plus de quatre cents; la collection Bréquigny est terminée ; je lui substituerai la collection de l'abbé de Camps, contenant, en 127 volumes in-folio nouvellement reliés, les Cartu

'Au mois de janvier... 17,192; février... 10,826; mars... 12,012; total... 40,030.

laires de la monarchie française, divisés par races royales, par règnes et par matières: collection très-importante d'actes de l'autorité royale, mais aussi l'une de celles dont le défaut de table détaillée rend l'usage le plus difficile. Les autres collections seront successivement explorées, et je ne crois pas m'abuser, en espérant que les résultats que j'ai l'honneur de vous communiquer et qui ont été réalisés dès le commencement d'un travail qu'il a fallu organiser dans tous ses détails, favoriseront singulièrement le vœu si généralement et si haut exprimé dans le monde savant, pour que nos vingt mille volumes de recueils de pièces historiques manuscrites soient enfin, par la continuation temporaire et l'accroissement annuel de ce dépouillement, mis en lumière, et rendus utiles en même temps à la véracité et au complément de nos annales nationales.

Les articles 10 et 12 de votre arrêté du 28 janvier prescrivent une vérification des bulletins, avant de les classer dans la série chronologique; je dois, sur ce sujet, avouer que ce travail n'est pas au courant: j'en ai été momentanément détourné par quelques occupations urgentes, telles que la fin de mes recherches pour la très-prochaine publication, d'après un manuscrit du XIIIe siècle, de l'Ystoire de li Normant, chronique inédite du moine Aimé, que l'on croyait perdue 1; et par la part que j'ai dû prendre à l'arrangement des deux premières livraisons du grand ouvrage de mon frère, les Monuments de l'Égypte et de la Nubie, au Prospectus et à l'explication des planches 2; travaux terminés et qui me permettent d'annoncer qu'à la fin d'avril tous les bulletins rédigés auront été vérifiés, classés, et les volumes remis en place.

Par l'article 13 du même arrêté, vous ordonnez de faire un relevé des pièces qui paraissent mériter une attention particulière par leur importance soit historique soit littéraire, ou comme étant inédites. J'ai aussi pourvu à l'exécution de ces dispositions, et j'ai l'honneur de vous transmettre les notes déjà rédigées.

Vous remarquerez sans doute, Monsieur le Ministre, que ces notes sont toutes tirées de la seule collection Dupuy; elle est en effet, des trois sur lesquelles on travaille, la plus étendue, la plus riche en pièces détachées, anciennes

1 Publiée pour la société de l'Histoire de France, en 1 vol. grand in-8°, Paris, Renouard, 1835. * La 32o livraison de cet ouvrage, format égypte, vient d'être publiée.

(Note de l'an 1841.)

et originales, la collection Brienne consistant principalement en copies de mémoires d'État. Quant à celle de Bréquigny, pour désigner tout ce qu'elle renferme d'inédit, il faudrait citer les trois quarts des pièces contenues dans les cent sept volumes dont elle est composée. La série chronologique des bulletins de toutes ces pièces en dira suffisamment l'extrême variété des sujets, ainsi que l'importance; et le mémoire publié, en 1766, par Bréquigny lui-même, sera aussi un excellent guide pour ceux qui, dans un intérêt historique, se proposent d'y faire quelques recherches.

Si ces résultats méritent votre approbation, Monsieur le Ministre, je serai heureux de la faire connaître aux personnes chargées du travail dont j'ai l'honneur de vous rendre compte; cette approbation serait pour elles une récompense et un encouragement précieux. Le zèle de tous, l'aptitude plus spéciale de plusieurs d'entre eux, seraient de plus en plus excités par vos honorables et doctes suffrages.

J'ai l'honneur de vous prier, Monsieur le Ministre, de croire à la continuité de mon dévouement, et d'agréer le nouvel hommage de mon respect.

Le 15 octobre suivant, j'adressai à M. le Ministre une nouvelle lettre, relative tout à la fois à la continuation du travail de dépouillement des collections manuscrites, et à l'examen critique de ceux des documents déjà recueillis qui méritaient d'être publiés, but final de l'ensemble des mesures réglementaires précitées. Ce qui suit est un extrait de ma lettre :

Paris, le 15 octobre 1835.

..... Au commencement du mois de juillet précédent, le dépouillement des trois collections entreprises les premières (celles de Dupuy, Brienne et Bréquigny) étant terminé, je jugeai utile de faire procéder à une vérification générale, en faisant contrôler chaque travail par toute autre personne que celle qui l'avait exécuté. On obtint par ce moyen un certain nombre d'utiles rectifications, et les omissions furent réparées: le mois de juillet y fut employé, et produisit 2,396 cartes nouvelles, qui portèrent au nombre total de 67,249 celles qui étaient réalisées à la fin de ce même mois. Leur classification dans l'ordre chronologique fut aussitôt entreprise, par col

T. 1.

b

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