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rait dû restreindre ce droit à la véritable valeur de l'énonciation, et ne pas l'étendre à une partie où, si elle y possédait quelque chose, comme des fours, un moulin, des cens et des rentes, ce n'était que par suite de donations ou d'acquisitions particulières, ce qui réduisait ses droits aux choses par elle possédées, dans les mêmes termes dont jouissaient les autres tenanciers, et la soumettait aux formalités communes et propres à la juridiction particulière du bourg.

Une autre raison de sé tromper a peut-être été, de la part de D. Delisle, de n'avoir pas recherché avec assez de soin l'époque à laquelle le nom de Saint-Michel a pu s'étendre au bourg. Nous voyons bien qu'en 1051 Etienne est appelé prévôt de Saint-Mihiel, mais si, en 1106, et si, dans la bulle attribuée à Pascal II, nous trouvons au nombre des biens confirmés à l'abbaye, la ville de Marsoupe (et il ne s'agit pas là du château de ce nom, bâti par Bonne de Bar, fille naturelle du duc Edouard III, mort en 1415, ni du faible hameau qui existait sur son emplacement et sur les maisons duquel on voit l'abbaye acquérir des cens), il faut bien appliquer au bourg cette dénomination sous laquelle il nous est connu dans les temps primitifs, et regarder celle de prévôt de Saint-Mihiel, donnée à Etienne, comme n'étant autre chose qu'une de ces licences que se sont malheureusement trop données les copistes, soit en formant les cartulaires, soit en suppléant à la perte ou à la destruction des titres originaux ; mais, dans tous les cas, cette licence ne peut pas aller jusqu'à faire croire que cet Etienne aurait été un officier de l'abbaye; car les prévôts-moines existaient déjà, et comme le titre de 1051 énonce la présence de l'abbé Albert II, après lequel le nom d'Etienne serait nécessairement mentionné, s'il eût été prévôt-moine, il faut dire qu'il était un officier du souverain, attaché à la haute justice, et que c'est là la raison qui le fait

appeler prévôt de Saint-Mihiel, puisque la ville des moines y ressortissait dans les nombreux cas qu'embrassait cette institution. Ce n'est, en effet, suivant nous du moins, qu'au moment où cette ville de Saint-Michel, qui avait formé une paroisse particulière, a été unie vers 1182 à l'église Saint-Ciriac, paroisse du Bourg, que le nom du patron de l'abbaye a pu devenir commun aux deux parties de la ville ; mais, à supposer qu'il y ait, par rapport aux deux premiers prévôts dont nous avons donné les noms, quelques difficultés d'en faire les officiers du prince, toujours est-il qu'elles doivent cesser par rapport aux autres, dût-on ne parler que de Rohard (1149), désigné, ainsi que nous l'avons dit, comme prévôt du comte, pour établir l'existence d'une juridiction particulière au souverain, près de cent ans avant le traité d'accompagnement (1251) et cent cinquante-deux ans avant le traité de Bruges (1301).

Ainsi voilà déjà deux juridictions bien connues établies dans la ville de Saint-Mihiel : celle de la Cour des Grands-Jours, et celle de la haute justice. Reste celle du bailliage dont la juridiction s'y étendit, et dont on doit faire honneur au comte Thiébaut II. Il est vrai de dire qu'il ne nous apparaît que vers l'an 1269, mais cette date suffit pour contredire, encore ce qu'a avancé l'historien de l'abbaye et justifier que le dernier traité dont nous venons de parler n'a rien innové, comme il le prétend.

De la Cour des Grands-Jours.

Il est certain que le Barrois avait des comtes particuliers, et qu'en cette qualité ils étaient chargés de l'administration de la justice, à laquelle ils présidaient. D'après les annales historiques de Châlons, nous voyons que l'évêque Hincmar, Ri

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euin et Engiscar furent délégués comme missi dominici, en 840, dans différents districts dont le Barrois fait partie. Nous apprenons encore, d'une charte de l'empereur Lothaire en faveur de l'abbaye de Saint-Mihiel, que ce prince députait, au même titre, un nommé Vulmodus, pour présider à la recherche des biens qui lui avaient été enlevés, et pour s'assurer que le comte faisait une exacte justice. C'est tout ce que les monuments nous donnent de particulier sur ce pays. Ce Ricuin dant il vient d'être question pourrait bien être celui dont parlent deux chartes du même monastère, l'une, qui témoigne de son zèle à le servir, l'autre, qui nous fait connaitre qu'il existait sur la Meuse un comté dit de Ricuin ou administré par lui, dont Bannoncourt faisait partie (in comitatu Richuini), qui, à raison de la proximité, aurait pu s'étendre à Saint-Mihiel, qui en aurait été le chef-lieu, comme semble l'indiquer l'érection du palais occupé depuis par les comtes de Bar, et qui a dû précéder l'établissement de la halle qu'il séparait de l'abbaye. Ce comté, au lieu de continuer à n'être qu'un simple bénéfice, semble être devenu patrimonial dans cette maison qui y aura réuni d'autres parties, et être le point de départ d'un agrandissement considérable, dans les troubles qui surgirent sous les fils de Louis-le-Débonnaire, et par la faiblesse des rois leurs successeurs. Rien ne nous vient en aide sur la création du comté de Bar par Frédéric Ier, duc héréditaire de Lorraine, à qui elle est attribuée, ni sur l'époque des premières réunions qui en composèrent un état important : il en est de même sur celle de l'institution de la Cour des Grands-Jours. Mais le sentiment qui l'attribue au duc Frédéric paraît être le plus vrai, surtout si l'on fait attention que, comme duc de Lorraine, il présidait les audiences royales, ainsi que nous l'apprend le jugement intitulé en son nom : Fredericus, dux Lothariensium, rendu en 966 en

faveur de l'abbaye de Bouxières, et qui se termine ainsi : Acta Francâ villâ in regiis causiis (1).

Ce prince, en établissant que la Cour dite des GrandsJours du comté de Bar serait présidée par le souverain, ne faisait donc que continuer l'ancienne forme ; mais le faisait-il comme duc de Lorraine, ou n'est-on pas bien fondé à penser, d'après la réunion qu'il avait faite de ses biens patrimoniaux, pour en créer un état à même titre, distinct du duché de la Haute-Lorraine dont ses descendants ne pourraient être privés pour le cas où, comme cela est arrivé, ils perdraient le duché par défaut d'héritiers mâles, que c'était comme comte de Bar qu'il avait institué la Cour qu'il présidait et que les deux ducs ses successeurs ont dû présider eux-mêmes ; et quand Sophie, son arrière petite-fille y préside encore, ainsi que nous allons le voir, il faut croire qu'elle ne faisait que suivre un usage ancien et propre à l'état auquel elle succédait en perdant le duché.

Jusqu'au règne de cette princesse, il n'existe aucun monument qui nous fasse connaître le commencement et la composition de cette Cour; mais au moins avons-nous vu un arrêt de l'an 1091, rendu à Bar entre l'abbé de Saint-Michel et Liétard, voué de Condé, à qui la comtesse refusait l'investiture du fief jusqu'à ce qu'elle eût, de l'avis de la Cour, fixé les droits de la vouerie à raison des différends élevés entre un nommé Widon ou Guy, qui l'avait possédée auparavant : Nobilissima comitissa nomine Sophia..... hæredi fundum reddere noluit quousque advocationis juris coram se et totâ curiâ publice litteris commendaretur.

Cet arrêt prévoit le cas où Liétard pourrait violer ses dispositions, et réserve à l'abbé un recours par-devant la même

(1) Apud Calmet., Hist. de Lor., preuves , ad. ann. 966.

Cour : Abbas conquæretur in curiâ comitissæ seu hæredum suorum, judicio suorum parium retinere debeat aut emendare. Il se termine ainsi : Actum apud Barrum cas

: trum, de l'ordonnance de la bonne comtesse Sophie, en présence de Mathilde, sa fille, comme aussi d'une autre comtesse de l'illustre famille de Ricuin : Alia quoque præclari generis comitissa vocabulo Richuina.

Après la mention de l'abbé Sifride et de quatre de ses religieux qui avaient assisté au jugement, se trouve celle de trois clercs (de clericis), nommés Vatilo, Wilheminus et Vernarius, après lesquels et sous cette dénomination, ingenui milites, on rencontre les noms de plusieurs personnes sans aucune indication de seigneurie ou de qualité ; si ce n'est celle de châtelain, donnée à l'une d'elles. La présence du clerc, du mayeur et de l'échevin de Condé est aussi mentionnée ainsi que celle de quatre personnages attachés à la maison de la princesse.

On ne peut raisonnablement désirer rien de plus, pour établir l'institution de la Cour des Grands-Jours remonte, en quelque sorte, au commencement du comté de Bar, sous Frédéric, que l'acte dont nous venons de présenter les parties les plus saillantes, puisque Sophie, qui a dû en jouir dès l'an 1032, que l'on assigne à la mort du duc Frédéric II, son frère, est le quatrième souverain à partir de son bisaïeul mort en 984. C'est tout ce que nous avons vu de plus ancien, et le lieu d'où il est daté dépose de ce que nous avons dit, que cette Cour suivait ce prince ; et comme dans la suite on verra que les appels des siéges inférieurs y étaient jugés dans des assises particulièrement indiquées pour chaque bailliage et probablement, dans le principe, pour plusieurs prévôtés à la fois, on peut avancer, en voyant le souverain tenir la Cour, tantôt dans un endroit, tantôt dans un autre, qu'à ces voyages se rattachait le besoin d'administrer la justice, soit

que

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