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particulier. Il ne doit pas, dit le vieux politique, choisir ( carve ) pour lui-même, comme font les personnes vulgaires. » L'auteur français traduit ainsi : « Il ne doit pas se couper les vivres », et il tourne autour des morceaux, comme si le dîner d'Hamlet et non son mariage était le sujet du débat. Le traducteur ne sait pas que le mot carve est souvent pris métaphoriquement en anglais lorsqu'on parle d'une personne qui fait sa part ou son lot. Nous disons : « L'amant se nourrit d'espérance, le guerrier a soif de gloire. » Serait-il beau de traduire que l'amant mange un morceau d'espérance, et que le guerrier désire boire un coup de gloire ? Si de pareilles traductions étaient permises, les ouvrages de l'auteur le plus correct deviendraient ridicules.

(27) P. 205. Ceremonies. Voici comment Voltaire exprimé son scepticisme :

Et l'on dirait qu'il croit à la religion. (28) P. 205. En se plaçant devant un arbre, derrière lequel on se retire au moment où l'animal veut percer le chasseur de sa corne, qui, de cette manière, s'enfonce dans l'arbre, et laisse la licorne à la merci du chasseur. Spenser, en plusieurs endroits, fait allusion à cette fable. (Guizot.)

(29) P. 205. Good gentlemen. -- Mes braves gentilshommes, traduit
Voltaire, et il croit qu'il traduit fidèlement : Voltaire se trompe. Gentle-
men n'a pas d'équivalent en français ; presque dans aucun cas, on ne
peut le traduire par le mot gentilhomme.
(30) P. 207. Traduction de Voltaire :

Et je pris ce moment pour un moment d'humeur
Que souvent les maris font sentir à leurs femmes.

Ce dernier vers n'est pas dans l'original, quoique Voltaire ait fait une note pour en faire remarquer le ridicule. Les deux vers suivants sont un contre-sens :

Non, je ne puis, Brutus, ni vous laisser parler,
Ni vous laisser manger, ni vous laisser dormir.

1

(31) P. 209. Voltaire met ici une note sur Harlot, pour nous assurer que le mot de l'original est une interprétation digne de l'auteur de la Pucelle. Si Voltaire avait compris le vers blanc anglais, il aurait su que cette substitution n'aurait pas fait la mesure.

(32) P. 209. Voyez dans la notice sur Jules César la belle imitation
en vers que madame Tastu a faite de ce passage.
(33) P. 211.

I will construe to thee
All the charactery of my sad brows.

Il est inutile de présenter aux lecteurs qui n'entendent pas l'anglais les misérables bévues et le galimatias des traductions faites à coups de dictionnaire. Nous nous bornerons à présenter la suivante :

Le dictionnaire fut consulté pour le mot construe; et on peut supposer que, suivant sa manière ordinaire, Voltaire s'arrêterait à interpréter. Mais cela ne servant point son projet , il chercha au mot interpret, et il trouva, interpréter, expliquer. Alors avec son infatigable industrie, exci

le désir de surpasser tous les traducteurs et toutes les traductions, il eut recours au mot to explain , il y trouva, développer, rendre clair ; et le voilà qui éclaircit les traits de Brutus , et qui dit :

tée par

Va, mes sourcils froncés prennent un air plus doux.

Il y a tant de grosses bévues dans cet ouvrage qu'il serait ennuyeux de les indiquer. Mais il faut espérer qu'elles détourneront d'autres beaux esprits de la tentative de gâter les ouvres du génie par la batterie masquée d'une mauvaise traduction. Voltaire espère qu'avec sa traduction toute l'Europe pourra comparer les pensées , le style, et le jugement de Shakspeare , avec les pensées , le style et le jugement de Corneille.

Ces pensées auraient pu être rendues en quelque sorte, si le traducteur avait compris les mots par lesquels Shakspeare les exprimait.

P. 213. When Beggars die, there are no comets seen,

Ces vers peuvent avoir été suggérés par ce que Suétone rapporte de l'étoile brillante qui parut sept jours de suite, pendant la célébration des jeux institués par Auguste en l'honneur de Jules César. Le peuple crut que cette comète indiquait son apothéose ; et non-seulement on lui érigea des statues ornées conformément à cette opinion, mais on frappa encore des médailles, sur lesquelles il était ainsi représenté. Pline raconte qu’une comète parut avant la mort de Claude, et Geoffroi de Montmouth parle d'une autre, qui précéda celle d'Aurelius Ambrosius. Mais ces comètes auraient eu lieu quand bien même ces hommes ne seraient pas morts, et ceux-ci n'auraient pas vécu plus longtemps quand même les comètes n'eussent pas paru.

P. 215. Plucking the entrails. Le docteur Johnson remarque à cette occasion que les anciens ne plaçaient pas le courage dans le cœur ; il avait étrangement oublié ses auteurs classiques :

Juvenes, fortissima frustra
Pectora.

Virgil., Æneidos, lib. 11, v. 348.

Nunc animis opus, Ænea , nunc pectore firmo.

In., ibid., lib. vi, v. 261.

Teucrum mirantur inertia corda.
VIRGIL., Æneidos, lib. ix, v. 55.

Excute, dicens,
Corde metum.

OviD., Metamorphoseon, lib. iii, v. 689.
Corda pavent comitum, mihi mens interrita mansit.

ID., ibid., lib. xv, v. 514. Cor pavet admonitu temeratæ sanguine noclis.

ID., Epist. XIV, v. 17. Nescio quæ pavidum frigora pectus habent.

ID., ibid. xix, v. 192.

For mine eyes

Seeing those beads of sorrow stand in thine

Began to water. On trouve une expression semblable dans la Tempête, acte iv, scène 1, quand Prospero dit :

Holy Gonzalo, honourable man,
Mine eyes even sociable to the shew of thine

Fall fellowly drops. (34) P. 215. Voltaire fait de cette phrase un aparte qui n'est pas dans l'original.

(35) P. 217. For tinctures, stains, relics, and cognizance. Ce pompeux discours est un peu consus. Il y a deux allusions; l'une aux cottes armo. riales auxquelles les princes peuvent faire des additions , pour donner de nouvelles teintes, de nouvelles marques de reconnaissance; l'autre aux martyrs dont les reliques sont conservées avec vénération. Malone et Steevens pensent que tinctures n'a pas de rapport à l'art héraldique, mais qu'il signifie seulement un mouchoir, ou autre linge teint de sang. L'on sait qu'à l'exécution de plusieurs anciens nobles, martyrs, etc., on teignait de leur sang des mouchoirs, qu'on conservait comme souvenirs d'affection ou gages de protection , de la part du décédé. Le sens caché de ces paroles , qui font allusion au meurtre projeté, paraît avoir échappé à Voltaire :

Par vous, Rome vivifiée Reçoit un nouveau sang et de nouveaux destins. (36) P. 219. Reason to my love is liable. La raison est ici dans l’intérêt de mon affection.

(37) P. 219. Taste some wine with me. Voltaire traduit : Buvons bouteille ensemble ; et il met en note : Toujours la plus grande fidelité dans la traduction!

(38) P. 227. Cassius or Cesar never shall turn back. Voltaire traduit :

Cassius à César tournerait-il le dos ? (39) P. 227. He is address’d, il s'est présenté. (40) P. 227. Lorsque César fait tort, il a toujours raison.

(Traduction de Voltaire.) (41) P. 229. Unshak'd of motion, inébranlable et immobile.

(42) P. 229. Suétone rapporte comme un ouï-dire, auquel il n'ajoute même pas foi, que César dit en grec à Brutus, xai ou Texvóv, et toi aussi mon fils ! Les historiens ont depuis naturalisé ce mot en latin, et en ont fait le et tu Brute, mot devenu si populaire, que Shakspeare n’imagina probablement pas qu'il fût permis seulement de le faire passer dans une autre langue. Il est assez singulier que Voltaire n'ait pas fait mention de cette bizarrerie. (Guizot.) (43) P. 231. Allez, qu'aucun Romain ne prenne ici l'audace

De soutenir ce meurtre, et de parler pour nous.
C'est un droit qui n'est dû qu'aux seuls vengeurs de Rome.

(Traduction de Voltaire.) (44) P. 235. Who else is rank; quel autre est suspect ?

(45) P. 235. Our arms , in strength of malice. C'est-à-dire, nos épées (c'est Brutus qui parle) ont dirigé leurs pointes vers vous ; nos armes fortes dans l'action de malice qu'elles ont justement exécutées, et nos cæurs, unis comme ceux de frères pendant l'action, sont cependant ouverts pour vous recevoir avec tous les égards possibles. (46) P. 237. O world! thou wast the forest to this hart,

And this, indeed, O world, the heart of thee. Hart, cerf, et heart, cour, se prononcent de même; et la phrase d’Antoine veut dire également : il était ton coeur ou ton centre, et, il était ton cerf.

(47) P. 241. Cry Havoc, and let slip the dogs of war;

Havock, dévastation, carnage. Dans les anciens temps, ce mot était, en Angleterre, le cri ou l'ordre aux combattants de ne faire aucun quartier. Let slip. C'est un terme qui appartient à la chasse. Les slips étaient des liens de cuir qui servaient à retenir les levriers jusqu'au moment où il était nécessaire de les lâcher. Par les mots dogs of war , comme M. Tollet l'a fait observer, Shakspeare a probablement voulu dire feu, épées et famine.

(48) P. 241. No Rome of safety. C'est probablement une répétition du jeu de mots entre Rome et room, déjà employé par Cassius dans la première scène.

P. 253. Which all the while ran blood. L'image paraît être que le sang de César jaillit sur la statue, et coula jusqu'en bas.

(49) P. 263. Bay'd about, veut dire ici harcèlent, et non aboient, comme l'ont rendu quelques traducteurs.

(50) P. 263. He is not doubted. Brutus se sert ici avec intention du mot doubted.

(51) P. 267. Ce fut après cette querelle, et non avant, que Brutus condamna judiciairement en public et nota d'infamie Lucius Pella; ce qui déplut fort à Cassius. (Voyez Plutarque, Vie de Brutus.)

P. 267. What villain touch'd his body. La question est loin de faire entendre qu'aucun de ceux qui frappèrent César fût un scélérat. C'est, au contraire, une manière indirecte d'assurer qu'il n'y avait parmi eux personne d'assez aveugle pour le poignarder pour tout autre motif que celui de la justice.

(52) P. 267. Bay not me. Voyez la notice sur Jules César, pour la belle imitation que M. Barbier a faite en vers français de cette querelle de Cassius et de Brutus.

P. 267. To hedge me in. C'est-à-dire, pour limiter mon autorité par votre direction ou votre censure.

P. 267. To make conditions. Cela signifie : pour savoir sur quels termes il convient de conférer les places qui sont à ma disposition.

P. 271. I do not, till you practise them on me. Cela veut dire : je ne fais pas attention à vos fautes; seulement je les vois, et j'en parle avec véhémence, quand vous me forcez à les remarquer.

P. 271. If that thou be’sl a Roman, take it forth. Voici le sens de cette phrase : il est si loin de l'avarice, quand la cause de son pays exige de la libéralité, que si l'on désirait obtenir quelque chose de lui, il n'aurait pas besoin de se servir d'autre moyen que de montrer qu'il est Romain. P. 273. I have seen more years, etc. Imitation de ce vers d'Homère:

Αλλά πίθεσθ' αμφωδε νεωτερω εστόν εμείο. (53) P. 273. What should the wars do with these jigging fools ?' avec ces mauvais poëtes. Un jigg du temps de notre auteur signifiait une composition en vers, aussi bien qu'une danse.

P. 273. Companion. Terme de reproche qui se trouve dans plusieursanciennes pièces, comme aujourd'hui nous disons fellow.

(54) P. 275. My heart is thirsty for that noble pledge. Pledge, coup de vin destiné à faire raison à celui qui boit à votre santé. La formule usitée autrefois en français était : Je bois à vous; à quoi le convive répondait : Je vous pleige d'autant. (Guizot.)

(55) P. 277. Shakspeare a renfermé ici, dans une seule scène, le changement que plusieurs années avaient opéré dans l'esprit de Brutus. Elle sert d'ailleurs à expliquer d'avance les raisons qui portent Brutus à ne

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