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Tlélène. – Est-ce là de ton coeur ce que je dus attendre?...

De notre confiance illimitée et tendre
As-tu donc oublié les intimes douceurs ?
Nous devions pous aimer, hélas! comme deux sœurs.
Nos heures de bonheur s'écoulérent mêlées.
Quand on nous séparait, rebelles , désolées,
Nous reprochions au temps de marcher sans pitié.
Ah! tout notre passé, l'as-tu donc oublié?
Notre amitié d'école où notre double enfance
A mêlé ses leçons, ses jeux, son innocence.
L'amour n'eût pas alors éteint notre amitié;
Nos plaisirs , nos travaux, tout était de moitié.
Hermia , nous avons, toutes petites filles,
Brodé la même fleur sous les mêmes aiguilles ;
Assises toutes deux sur le même coussin,
Confondant mon haleine à celle de ton sein,
Chantant sur le même air une chanson pareille,
Afin qu'un seul accord vînt frapper notre oreille.
On eût dit qu'à nous deux, mains , voix ,
Formaient un être seul, mu des mêmes ressorts.
Nous grandimes ainsi , par un tendre prestige,
Comme deux fruits jumeaux nés sur la même tige.
On voyait nos deux corps, et nous n'avions qu'un cour,
Ainsi que deux blasons de la même couleur
Qui forment deux côtés et n'ont qu'une couronne!
Et quand le désespoir m'accable et m'environne,
Tu veux briser ces nauds et les désavouer!
Unie à mes tyrans, tu viens me baffouer,
Tu tortures mon cour, et sur ta pauvre amie,
En place de pitié , tu jettes l'infamie!!!

âmes et corps,

La belle description que fait Thésée de ses chiens de chasse est pleine de charme et de ravissante poésie:

Thésée. —Qu'on me cherche le garde de cette forêt! -Nous avons accompli les cérémonies d'usage; et, avant la fin du jour, vous entendrez, belle princesse, les cris de mes limiers. - Qu'ils soient découplés sur-le-champ dans la vallée. Allez et envoyez-moi le garde. — Maintenant, belle reine, gravissons ce coteau, et, de là, vous écouterez la musique confuse des chiens et des échos répondant à leur voix.

Hippolyte. J'accompagnais un jour Hercule et Cadmus, dans une partie de chasse qu'ils firent dans les bois de la Crète; ils chassèrent l'ours avec des chiens de Sparte, et jamais je n'entendis un bruit semblable : car les cieux, la forêt et tout le pays d'alentour ne paraissaient pousser qu'un seul et même cri. Non, certes, je n'entendis jamais un bruit plus fort, et en même temps plus mélodieux.

Thésée. — Mes chiens sont aussi de Sparte ; ils ont la gueule large, le poil finement moucheté, l'oeil vif , le nez bon, les oreilles si longues qu'elles balayent la rosée du matin de dessous l'herbe; leurs jarrets sont arqués, et leur fanon ressemble à ceux des taureaux qui paissent dans les plaines de la Thessalie; ils ne sont pas très-légers à la course, mais leur voix ressemble au bruit des cloches ; et jamais les fanfares n'accompagnèrent des cris plus harmonieux dans les bois de Crète ou de Laconie : vous allez en juger. Mais que vois-je ? Quelles sont ces nymphes ?

Voici le plus célèbre passage que jamais poëte ait produit, et que Shakspeare lui-même n'a pas surpassé.

« Le Fou , l'Amoureux et le Poëte sont tout imagination : » l'un voit plus de démons que l'enfer n'en peut contenir, c'est » le fou; l'amoureux, non moins extravagant, voit la beauté » d'Hélène sur un front égyptien. L'oeil du poëte roulant dans » un brillant délire, lance son regard sublime du ciel à la terre, » et de la terre aux cieux. Et comme l'imagination féconde, qui » conçoit au delà de ce que la raison peut jamais comprendre, » donne un corps aux objets inconnus, la plume du poëte leur >> imprime de même des formes indélébiles, et assigne à un » fantôme aérien une demeure et un nom impérissables. »

Cet enthousiasme ainsi décrit reçoit de la description même du poëte son plus noble éclat, et l'imagination all compact qui pouvait produire un morceau d'une si haute inspiration, peut bien prétendre à dominer sur toutes les autres jusqu'à la fin des temps.

Quoi de plus gracieux que la description des méprises et des espiègleries du joyeux rodeur de la nuit?

Puck.

En vain j'ai parcouru cette forêt sauvage;
D'aucun Athénien je n'ai vu le visage.
Je n'ai point rencontré cet homme sur lequel

Je dois presser la fleur qui touche un coeur cruel
Et fait naitre l'amour où fut l'indifférence,
Mais j'aperçois quelqu'un dans l'ombre et le silence.
C'est lui: mon maître ainsi me l'avait désigné:
Il dort près de l'objet qu'il a trop dédaigné;
Et la jeune Athénienne, elle-même endormie,
Ne dort pas sur son sein comme eût fait une amie.
De l'ingrat qu'elle adore elle n'ose approcher;
Elle l'aime, elle souffre, et craint de le toucher.
Sur la terre fangeuse elle a sa froide couche!....
Repose, belle enfant, près de l'homme farouche.
J'ai versé sur ses yeux le charme sans pareil
Qui fait brûler le cœur et chasse le sommeil ;
A tes charmes , enfant, le mien va le soumettre:

Homme, réveille-toi. Je vais trouver mon maître. (Il sort.) Titania.— Esprits, dispersez-vous, et laissez-nous heureux !

Dors, je vais t'enfermer dans mes bras amoureux.
Ainsi, dans le printemps, l'odorant chèvre-feuille
Aux troncs d'arbres noueux entrelace sa feuille;
Ainsi l'on voit le lierre aux flexibles anneaux
Presser avec amour l'écorce des ormeaux.
Endors-toi sur mon sein, oh! vois combien je t'aime !
Je t'adore, et m'oublie en cet instant suprême !...

(Ils dorment. Oberon et Puck s'avancent.) Oberon. De notre æuvre, mon sylphe, enfin sois réjoui,

Admire ainsi que moi ce spectacle inouï.
Ce spectacle est charmant, mais il est temps qu'il cesse,
J'ai pitié inalgré moi de sa folle tendresse.
Tout à l'heure, en ce bois , tandis qu'elle passait,
Cherchant de douces fleurs dont sa main enlaçait
Ce monstre fabuleux dont elle s'est éprise,
Dans son enivrement ici je l'ai surprise,

elle honteux d'un amour aussi bas,
Tout en la querellant j'ai marché sur ses pas.
Elle avait ceint de fleurs les oreilles velues
De cet âne odieux. Ces fleurs, je les ai vues,
S'indignant de tomber sur un semblable front,
Se pencher, se flétrir et pleurer leur affront;
Les larmes , s'échappant des yeux de leurs pétales
Goutte à goutte, brillaient, perles orientales.
Et quand elle est venue implorer mon pardon,

Et pour

Elle ne l'a reçu qu'en échange du don
De son nain gracieux , esprit qu'elle possède ,
Et que depuis longtemps je veux qu'elle me cède.
A mon désir pressant ne pouvant résister,
Alors dans mon royaume elle l'a fait porter;
Maintenant de l'enfant étant devenu maître,
Je vais chasser l'erreur qui sut me la soumettre.
Viens, mon aimable Puck, mon sylphe aérien,
Ote ce crâne d'âne au rustre Athénien,
Et fais qu'étant sorti de sa métamorphose
Il puisse en oublier et l'effet et la cause.
Moi je vais rompre aussi le charme qui lia

A ce bizarre amour notre Titania. (Il s'approche d'elle, et chante en touchant ses yeux avec des fleurs.

Reviens à toi, reine des fées,
Vois ainsi que tu savais voir ,
Et que tes terreurs étouffées
Cèdent au souverain pouvoir
Du bouton divin de Diane
Et de la fleur de Cupidon,
Dont la vertu céleste émane

De ce Dieu qui m'en a fait don.
Chère Titania , chasse toute ombre vaine ,

Allons, réveille-toi, ma douce souveraine.
Titania. Obéron, qu'ai-je vu dans mon égarement?

Un âne me charmait!... Oberon.

Oui, voilà votre amant!... Titania. De quel charme, Oberon, aviez-vous fait usage ?...

Oh! maintenant mes yeux abhorrent son image.
Oberon. Silence!... Et vous mon sylphe, enlevez ce museau.

il faut, Titania , par un charme nouveau,
Endormir ces mortels d'un sommeil léthargique.

Allons, Titania , rassemblez la musique.
Titania. -La musique, venez! chantres puissants, jetez

Le sommeil le plus lourd sur leurs caurs agités.
Oberon. Musique, commencez; et vous, allons, ma reine,

Unissez, pour danser, votre main à la mienne ;
Sous le choc de nos pas , au bruit de nos clameurs ,
Faisons trembler la terre où gisent ces dormeurs.
Soyons heureux encore du jour qui nous rassemble,
Et demain , à minuit, nous danserons ensemble.

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Puck.

La brise souffle par bouffées,
Sois attentif à ce signal;
Écoute, écoute , ò roi des fées,

L'alouette au chant matinal.
Obéron. Partons, c'est la lueur de l'aube,

Suivons les ombres de la nuit,
Et faisons tout le tour du globe

En suivant la lune qui fuit.
Titania. En fuyant la terre éveillée,

O mon époux, dis-moi comment
J'ai pu, dans ma couche émaillée,
Recevoir un terrestre amant.

Mme LOUISE COLET.
Quelle grâce, quel charme, dans ce dialogue ravissant entre
Lysandre et Hermia!
Lysandre. Que de maux attachés à l'amour véritable !

Dans tout ce que j'ai lu, roman, histoire ou fable,
La douleur obstinée empoisonne son cours.

Telle fille des rois s'abaisse en ses amours !
Hermia. Que je la plains!
Lysandre.

Souvent l'insensible vieillesse
Vient de ses chaines d'or accabler la jeunesse.
Hermia. Union déplorable!
Lysandre. -

... Où des parents cruels
Traînent, malgré ses pleurs, la victime aux autels !
Hermia. - Nous, fuyons ce malheur... Que les dieux nous secondent!.
Lysandre. — Ou si deux cæurs aimants l'un à l'autre répondent,

Leur bonheur passager semble irriter le sort :
Il s'arme pour les perdre; et la guerre et la mort
De leur songe enchanteur brisent la faible trame.

- Délices d'un instant! vain son! rêve de l'âme!
Moins prompt vole l'éclair, lorsqu’au sein de la nuit,
Son caprice éclatant parait, brille et s'enfuit.
C'est lui!... ce n'est plus rien !... L'éclair, le ciel, le monde,
Retombent engloutis dans une ombre profonde.
Ainsi les plus doux biens que nous puissions goûter,
Nous les entrevoyons... mais pour les regretter.

PHILARĖTE CHASLES. Il y a une belle leçon de philosophie dans ce passage, où des etres diminutifs se rient des folies et des travers des mortels :

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