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PÉRICLÈS DE TYR.

TRAGÉDIE.

On a douté que cette pièce fut de Shakspeare ; la construction grammaticale en est constamment vicieuse et mélée d'abréviations vulgaires. Ce défaut et la mesure suspendue du vers sont les principales objections qu'on ait à faire au Périclès de Tyr, en exceptant toutefois l'absurdité recherchée et compliquée de l'histoire. Il n'y a, dans le mouvement des pensées et des passions, rien qui ressemble à Shakspeare; plusieurs des descriptions sont, ou des espèces de reminiscences tirées de ses autres pièces, ou des imitations que quelque poëte contemporain en avait faites. L'idée la plus remarquable est celle de Marina, quand elle compare le monde « à une tempéte » continuelle qui se précipite sur elle et sur ses amis. »

Périclės, prince de Tyr, se rend à Antioche pour demander en mariage la fille du roi Antiochus, vivant avec son père dans un commerce incestueux. Ce monarque, pour la dérober aux recherches de ceux qui briguent sa main, leur propose une énigme, et fait mourir ceux qui ne peuvent la deviner. Cette énigme était le secret des liens qui l'unissaient à sa fille. Péricles en pénètre le sens, mais n'ose l'expliquer. Antiochus comprend qu'il l'a deviné, et lui laisse d'abord la vie. Mais , craignant plus tard qu'il ne trahisse son secret, il veut le faire assassiner. Périclės se réfugie chez Limonidės, roi de Pentapolis, remporte le prix dans un tournois, et obtient la fille du roi en mariage. Ils s'embarquent pour retourner à Tyr, et sont assaillis par une tempéte. Bientôt elle met au monde une fille , et tombe dans un état de mort. Les matelots exigent qu'on la jette à la mer pour apaiser la tempête. Alors Périclės la fait mettre dans un coffre goudronné avec un écriteau. Le coffre aborde à Éphèse; la femme de Périclės y devient prétresse de Diane, et sa fille est déposée chez Cléon, roi de Thrace, où sa beauté ne tarde pas à éclipser celle de la fille de Cléon. La reine, jalouse de cette étrangère, nommée Marina , veut la faire poignarder, quand cette dernière est enlevée par des pirates, et vendue à Mytilène au maître d'un lieu infame. Marina résiste à toutes les tentatives dirigées contre sa vertu. Enfin, elle retrouve son père, que les vents ont jeté dans la rade de Mytilène, et qui bientôt après rencontre à Éphèse la princesse qui avait été jetée à la mer.

Un pécheur demande à son maitre comment font les poissons pour vivre dans cet élément.

« Comme les hommes font à terre ; les gros mangent les » petits. Je ne puis mieux comparer nos riches avares qu'à » une baleine qui se joue, et chasse devant elle le pauvre fre» tin pour le dévorer d'une bouchée. J'ai entendu parler de » semblables baleines terrestres qui ne cessent d'ouvrir la » bouche, à moins qu'elles n'aient avalé la paroisse , l'église, » les clochers, les cloches, tout enfin. »

On demande à un misérable pourquoi il fait un métier infàme ; il répond :

« Que voulez-vous que je fasse? que j'aille à la guerre, où » un homme servira sept ans, perdra une jambe, et n'aura pas » gagné assez d'argent pour en acheter une de bois. »

TITUS ANDRONICUS.

TRAGÉDIE.

Tous les commentateurs doutent que Shakspeare soit l'auteur de cette pièce. Suivant une tradition rapportée par Malone , le tragique anglais n'aurait fait que retoucher deux des principaux caractères du drame de Titus Andronicus, qui

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lui avait été confié par un jeune auteur resté inconnu. Voici un extrait de l'analyse de ce drame et du portrait de Lavinia par M. Lebas, de l'Institut, auquel l'on doit les belles traductions d'Othello et du Marchand de Venise.

« Titus Andronicus a commandé avec gloire pendant dix ans les armées romaines; rappelé à Rome pour l'élection d'un nouvel empereur, il revient chargé de lauriers; mais, des vingtcinq fils qu'il avait , vingt et un sont restés sur les champs de bataille. Andronicus livre, aux quatre qui ont survécu, Alarbus, le fils de Tamora, reine des Goths; et le jeune prince est immolé. Saturninus est proclamé empereur, grâce au suffrage d'Andronicus, dont il veut épouser la fille Lavinia ; mais Bassianus , frère du nouvel empereur, la réclame comme sa fiancée, et l'emmène. Andronicus s'oppose à cette union, et frappe de son poignard son fils Mutius , qui cherche à protéger le départ de Lavinia. L'empereur, qui tout à coup change de sentiment, épouse la reine des Goths. Celle-ci, devenue toutepuissante, ne songe plus qu'à venger la mort de son fils. Pendant que l'empereur est à la chasse, elle est surprise, par Bassianus et sa jeune épouse Lavinia, dans un téte-à-tête coupable avec Aaron le More. Tamora, craignant de voir trahir son secret, appelle ses deux fils Chiron et Démétrius, et leur demande vengeance des outrages qu'elle prétend avoir reçus de Lavinia et de son époux. Les princes Goths poignardent Bassianus , entrainent Lavinia, l'outragent, et lui coupent la langue et les mains. Cependant Quintus et Marcus, fils de Titus, surpris par Aaron près du cadavre de Bassianus, sont accusés de l'avoir assassiné; ils sont condamnés à mort, et Lucius, leur frère, qui voulait prendre leur défense, est banni à perpétuité. Il se réfugie chez les Goths, et parvient à rassembler une armée. En même temps, Andronicus apprend le déshonneur de sa fille et sa mutilation ; il concerte ses projets de vengeance avec son frère Marcus. Il invite à un festin l'empereur et sa femme, et, pendant le repas auquel il préside, il demande à Saturninus s'il approuve Virginius d'avoir tué sa fille de sa propre main , parce qu'elle avait été outragée et déshonorée ; sur sa réponse affirmative, il s'élance sur Lavinia et la poignarde. L'empereur apprend en même temps le crime de Chiron et de Démétrius, et veut les faire comparaitre; mais Andronicus répond qu'il a su se venger par lui-même, et que leurs membres dépecés ont servi à préparer le paté que l'impératrice a trouvé si fort de son gout. « J'en atteste, dit-il, le tranchant affilé de mon » poignard. » En même temps il frappe Tamora. Saturninus, furieux, lui plonge son épée dans le cœur; et Lucius, à la vue de son père mourant, s'élance sur l'empereur et le poignarde. Andronicus vengé, Lucius fait rendre les derniers devoirs à son père et à Lavinia ; il ordonne qu'on jette aux bétes fauves le corps de Tamora ; qu'Aaron, l'instrument odieux des malheurs de sa famille, soit enfoui dans la terre jusqu'à la ceinture; puis, devenu empereur, il s'occupe de rétablir la paix et l'ordre dans l'État.

» Es-tu, comme tes belles compagnes, la digne fille de Shakspeare, Lavinia; ou viens-tu , triste enfant du mystère, réclamer sans aucun droit ta part de son riche héritage? Où sont les titres qui prouvent ta naissance? Hélas! tu ne saurais les montrer. Tu n'es, dit-on, qu'une pauvre fille dont la misère a touché l'ame généreuse du grand poëte... Si tu étais la fille de Shakspeare, on admirerait en toi quelques-uns des traits de Desdemona et de Juliette, ces chastes et pures victimes de l'amour. Jamais le grand poëte Shakspeare ne t'aurait présentée sur la scène, après ton déshonneur, la langue arrachée,

les mains coupées; jamais il n'aurait imaginé le moyen disgracieux par lequel tu découvres à ta famille le nom des monstres odieux qui ont assouvi sur toi leur brutale fureur; jamais il n'aurait affaibli l'intérêt que tu peux inspirer par un langage prétentieux, pédantesque ou grossier, par une violation continuelle de la vérité historique et du bon sens, par une suite non interrompue de meurtres qui, au dénouement, laissent à peine sur la scène un bras pour punir le crime et venger la vertu... Quoi qu'il en soit, une seule pierre fausse ne saurait diminuer l'éclat d'une couronne où resplendissent la perle, le saphir et le diamant. »

PH. LEBAS, De l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres.

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