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PRÉFAC E.

Li
L'OBU

'OBJET d'une Préface eft d'instruire le Lecteur du but & du plan général de l'ouvrage qu'on lui présente: je vais tacher de remplir en peu de mots cette double obligation.

L'Hiftoire des Loix, des Arts & des Sciences est, à proprement parler, l'Histoire de l'Esprit humain. Ce fujet dont affurément rien n'égale la grandeur & l'importance a déja été traité bien des fois je ne crois pas cependant qu'on se soit encore attaché, autant qu'on l'auroit dû, à développer bien fidélement l'origine & les premiers progrès des connoiffances humaines. Il me paroît qu'en général on a beaucoup trop donné à la conjecture. Le flambeau de l'Histoire n'a pas toujours affez éclairé ceux qui jusqu'à présent sont entrés dans cette vafte carriere; la plupart s'y font égarés en négligeant les faits, pour s'abandonner entierement à leur imagination.

J'ai donc crû devoir présenter un tableau plus fidéle des premiers pas de l'esprit humain. Je me fuis propofé, en conféquence, de tracer l'origine

des Loix, des Arts, & des Sciences d'une maniere plus exacte & plus conforme à l'Histoire, qu'on ne l'a fait jusqu'à préfent. J'ai cherché auffi à faire fentir l'enchaînement de tous ces différens objets, & leur influence mutuelle. Car, chez tous les Peuples, l'état des Arts & des Sciences a toujours été intimement lié avec la conftitution & l'état actuel du Gouvernement. Ces objets ont pour le moins autant de rapport avec les mœurs & les ufages. Les Arts particuliérement portent l'empreinte du caractère des Nations qui les ont cultivés. L'examen attentif de leur origine & de leurs progrès, eft ce qu'il y a de plus propre à nous faire. distinguer le génie, les mœurs & la tournure d'efprit qui caractérisent les différens Peuples de cet Univers. J'ai donc fuivi, autant que j'ai pû l'appercevoir, la marche de l'efprit humain, & je l'ai expofée felon qu'elle m'a paru être indiquée par les monumens historiques. J'ai infisté particuliérement fur certaines découvertes auxquelles l'habitude où nous fommes d'en jouir, empêche qu'on ne fasse toute l'attention qu'elles méritent. Rien n'est plus propre cependant à nous faire fentir l'état dans lequel s'eft trouvé réduit pendant fort long-tems la plus grande partie du genre humain. Voilà le but que je me fuis propofé.

A l'égard du plan & de la difpofition de mon Ouvrage, on fçait qu'il ne nous refste que trèspeu de détails fur les premiers fiécles. J'ai donc

été contraint d'en embraffer plufieurs à la fois, & de les parcourir d'un coup d'œil général, pour établir & fixer l'origine & le progrès des Loix, des Arts & des Sciences chez les anciens Peuples. Par cette raison, j'ai crû devoir partager tout l'efpace de tems que j'ai entrepris de parcourir, en trois Epoques principales. Chacune renferme un certain nombre de fiécles, plus ou moins remplis, proportionnément aux faits que les Ecrivains de l'antiquité ont pû me fournir. On y appercevra cependant toujours & affez diftinctement l'état dans lequel étoient alors les différens Peuples dont j'ai eu occafion de parler.

En effet, quoique le tems & la barbarie nous aient ravi plusieurs des ouvrages de l'antiquité, cette perte ne nous a cependant privés que de la connoiffance de quelques faits historiques, de quelques détails, & de quelques événemens particuliers. Il refte encore affez d'anciens monumens en tout genre pour appercevoir quel a été en général l'état des Arts & des Sciences chez les anciens Peuples, depuis le tems où par la confufion des langues, & la dispersion des familles que cet événement occafionna, les premieres peuplades se formérent. On peut même appercevoir jusqu'à quel degré les connoiffances font autrefois parvenues.

La maniere, par exemple, dont Jules-César régla

le Calendrier, atteste précisément tout ce que l'antiquité pouvoit avoir acquis jusqu'alors dans la connoiffance des mouvemens céleftes; connoiffance qui ne s'eft point perdue depuis Jules-Céfar jufqu'à nos jours, quoique dans cet intervalle un déluge de Barbares ait inondé l'Europe & l'Afie pendant plufieurs fiécles confécutifs. A l'égard des autres Sciences & des Arts particuliérement, fans parler de quantité d'Auteurs qui peuvent nous éclairer fur la marche & les progrès de l'efprit humain, Homère, Héfiode, Hérodote, Diodore, Vitruve, Strabon, Sénèque, Pline & Plutarque, nous apprennent tout ce qu'on a pû connoître autrefois, & de leur tems, dans les Arts, les Sciences, & la Politique. Si depuis les beaux jours d'Athènes & de Rome jufqu'au renouvellement des Lettres en Europe, les connoiffances humaines n'ont fait aucun progrès; du moins n'a-t-on rien perdu de tout ce qui pouvoit avoir été acquis. Le goût a pû se dépraver, & les lumieres s'obfcurcir; mais les principes fondamentaux, les élémens des Arts & des Sciences n'ont pas été anéantis: on n'a point été obligé de les recréer; rien de ce qui méritoit la peine d'être confervé, ne s'eft perdu; aucune découverte importante & utile ne s'est abolie: tout ce qui pouvoit intéresser le bien & l'avantage de la société, nous a été transmis par la chaîne d'une

tradition

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