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On n'avait pas attaché une grande importance à la position géologique de cette argile, parce qu'en général on s'était accoutumé à regarder ces sortes de roches toujours humides et molles, comme des dépôts limoneux très-nouveaux; mais, en 1810, à l'époque de la publication de la Description géologique des environs de Paris, on a établi que cette argile était d'une formation trèsancienne, en comparaison des autres roches et terrains qui composent notre sol, qu'elle était immédiatement supérieure à la craie, ce qui ne suffisait pas pour indiquer son âge relatif, mais qu'elle était constamment inférieure à cette masse puissante de terrains et de roches diverses, composée de notre pierre calcaire à bâtir, de notre gypse ou pierre à plâtre, des couches épaisses de marne et de sable qui le recouvrent et des bancs de pierre meulière qui surmontent le tout.

Cette argile est donc beaucoup plus ancienne que les dernières roches de notre sol; des phénomènes nombreux et surtout très-divers se sont donc passés à sa surface, depuis qu'elle a été déposée sur la craie. Parmi ces phénomènes, un des plus remarquables est la présence de deux terrains marins reconnaissables par des caractères évidens, notamment par les myriades de dépouilles d'animaux marins qu'ils nous offrent déposés successivement et à de grands intervalles, puisqu'ils sont séparés par un sol formé sous des eaux douces. Il y a donc eu une longue suite de phénomènes géologiques depuis la formation de l'argile plastique (l'un des noms scientifiques de cette terre glaise), jusqu'à celles des dépôts d'eau douce qui ont recouvert la dernière formation marine; il doit donc y avoir aussi, suivant les règles de la zoologie,

des différences considérables entre les roches, les minéraux et les débris organiques qu'on trouve dans cette argile, et ceux que présentent les dernières formations des

terrains.

Les observations de M. Bequerel non-seulement confirment les faits déjà connus qui avaient conduit à ces résultats, mais ils en ajoutent de nouveaux.

L'argile plastique du sud de Paris, que nous avons citée au commencement de ce rapport, est généralement assez pure, et on connaissait les corps qui accompagnent cette roche, plutôt par les observations faites dans les lieux éloignés, que par les observations rares faites dans le bassin de Paris. Ainsi, on savait qu'elle était fréquemment accompagnée de lignite ou bois bitumineux, qui y forme quelquefois des lits assez puissans pour être l'objet d'une exploitation lucrative; mais on n'avait trouvé ce combustible fossile qu'en indice dans la plupart des points où l'on exploite l'argile près de Paris. M. Bequerel l'a reconnu en assez grande quantité dans l'argile d'Auteuil. Il l'a trouvé, comme cela arrive toujours, pénétré de pyrites. L'un de nous vient tout nouvellement de le reconnaître en lits épais de quelques décimètres, pareillement pénétré de pyrites,dans un banc d'argile plastique mis à découvert au Val sous Meudon, dans la position géologique où il doit être, c'est-à-dire, immédiatement au-dessus de la craie, qui, comme on le sait, est exploitée au pied de cette colline, et au-dessous du calcaire grossier à grains verts qui la surmonte.

On savait que le lignite, ou bois bitumineux de la formation de l'argile plastique, renfermait, non pas seulement du succin, mais peut-être tout le vrai succin connu

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et exploité; et l'un de nous a cherché à prouver que celui de la Prusse, qui est le plus recherché par sa belle qualité et par son abondance, venait d'un terrain géologiquement analogue à celui de nos glaises de la plaine d'Arcueil; mais les lieux les plus voisins du bassin de Paris, proprement dit, où l'on ait trouvé cette belle résine fossile, étaient vers le N. E., les environs de Soissons, et vers le N., ceux de Gisors. M. Bequerel l'a reconnu dans le lignite de l'argile plastique d'Auteuil; il y est en nodules assez volumineux. Il y présente tous les caractères optiques, chimiques et minéralogiques qui constituent le vrai succin. Voilà pour les corps qui étaient déjà connus pour appartenir à l'argile plastique, et que M. Bequerel a retrouvés dans celle d'Auteuil.

Les corps que ce physicien y a observés, et qu'on n'y avait pas encore indiqués, au moins dans celles du bassin de Paris et de ses annexes, sont : 1° La strontianite ou strontiane sulfatée en cristaux, dans le lignite lui - même ou sur des nodules calcaires qui accompagnent ce dépôt, et dont la texture est celle d'un agrégat très-compliqué. La présence de ces cristaux et de cet agrégat nous instruit sur la position d'une masse semblable trouvée à Bougival, et qui, avant cette observation, était un fait isolé, n'ayant d'autre intérêt que celui d'une rareté minéralogique. 2o Des nodules cylindroïdes de chaux phosphatée terreuse, substance qu'on n'avait pas encore vue, du moins à notre connaissance, dans une position géologique semblable. 3° De la blende ou zinc sulfuré; il a fallu toute la sagacité de M. Bequerel pour découvrir cette substance sur les morceaux de lignite pyriteux où il l'a reconnue ; car elle y est en cristaux presque microscopiques. Mais

c'est un fait intéressant, en ce qu'il nous montre, dans un terrain qu'on regardait comme très-récent, un minerai qui appartient à des terrains regardés généralement comme anciens; en ce qu'il lie la formation de l'argile plastique avec les phénomènes qui ont accompagné celle de la craie et des terrains qui peuvent être de la même époque qu'elle; en ce qu'il semble indiquer que les phénomènes qui avaient amené dans ces terrains des substances métalliques, n'étaient pas tout-à-fait terminés lors de la formation de l'argile plastique; enfin, en ce qu'il contribue avec d'autres observations à séparer encore davantage l'époque du dépôt de cette argile de celle du dépôt des terrains calcaires, gypseux et siliceux qui la recouvrent. 4° Nous avons dit que la position inférieure de l'argile plastique, supposant une époque géologique très-éloignée de l'époque actuelle, devait nous faire présumer que les débris organiques qu'on y trouverait, indiqueraient des êtres très-différens de ceux qu'on voit vivre actuellement dans les environs de Paris. Mais ce dépôt étant principalement lacustre (c'est-à-dire formés dans les lacs ou dans les eaux douces stagnantes), ne pouvait pas présenter, comme les dépôts marins, ces nombreuses familles de coquilles dont les espèces sont souvent si bien caractérisées. Les coquilles d'eau douce, au contraire, peu nombreuses, peu ornées, peu différentes dans leurs formes, et se ressemblant beaucoup dans tous les climats de la surface actuelle de la terre, doivent aussi se ressembler beaucoup dans les différentes couches du globe, quelque différentes que soient les époques de leur formation. Ce n'était donc pas parmi ces corps qu'il fallait espérer trouver de grandes différences, surtout dans

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un canton où l'argile plastique et les lignites se présentent si rarement et sous une si petite étendue; c'était plutôt parmi les végétaux et les grands animaux. M. Bequerel n'a point trouvé à Auteuil des empreintes de plantes reconnaissables; mais il y a trouvé des ossemens assez bien conservés, pour que M. Cuvier ait pu y reconnaître des parties d'un animal vertébré, qui devait être de la grande famille des crocodiles.

Or, ce seul aperçu, parfaitement d'accord avec la règle observée et que nous ne rappellerons pas une troisième fois, suffit pour la confirmer; ces ossemens contribueront peut-être, quand ils seront exactement déterminés, à confirmer l'identité de formation que l'un de nous a cherché à établir entre le terrain d'argile plastique, avec son faible dépôt de lignite des environs de Paris, et le terrain étendu composé de puissantes couches de combustibles fossiles qu'on exploite en Provence, sous le nom de houille et de charbon de terre.

En remettant sous les yeux de l'Académie les principaux faits renfermés dans la Notice de M. Bequerel, nous en avons un peu étendu et développé les conséquences, afin d'en faire ressortir plus facilement l'intérèt, et de montrer qu'avec un œil observateur et un esprit judicieux, on peut trouver encore dans le sol des environs de Paris, beaucoup de sujets dignes de l'attention des naturalistes. Nous avons l'honneur de proposer à l'Académie d'approuver le jugement favorable que nous portons sur le Mémoire de M. Bequerel, et d'encourager ainsi ce physicien, qui lui est déjà connu par des travaux d'un autre genre, à ne pas abandonner les recher

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