Page images
PDF
EPUB

LE M. DE MUSIQUE, aux musiciens. Allons avancez. (À M. JOURDAIN.) Il faut vous figurer qu'ils sont habillés en bergers.

M. JOURDAIN. Pourquoi toujours des bergers ? On ne 5 voit que cela partout.

LE M. À DANSER. Lorsqu'on a des personnes à faire parler en musique, il faut bien que, pour la vraisemblance, on donne dans la bergerie. Le chant a été de tout temps

affecté aux bergers; et il n'est guère naturel, en dialogue, 10 que des princes ou des bourgeois chantent leurs passions.

M. JOURDAIN. Passe, passe. Voyons.

[blocks in formation]

25

Il n'est rien de si doux que les tendres ardeurs

Qui font vivre deux cours

Dans une même envie ;
On ne peut être heureux sans amoureux désirs.

Ôtez l'amour de la vie,
Vous en ôtez les plaisirs.

SECOND MUSICIEN.
Il serait doux d'entrer sous l'amoureuse loi,
Si l'on trouvait en amour de la foi;

Mais, hélas ! ô rigueur cruelle !
On ne voit point de bergère fidèle,
Et ce sexe inconstant, trop indigne du jour,
Doit faire pour jamais renoncer à l'amour.

PREMIER MUSICIEN.
Aimable ardeur !

30

35

5

LA MUSICIENNE.
Franchise heureuse !

SECOND MUSICIEN.
Sexe trompeur!

PREMIER MUSICIEN.
Que tu m'es précieuse !

LA MUSICIENNE.
Que tu plais à mon coeur!

SECOND MUSICIEN.
Que tu me fais d'horreur!

PREMIER MUSICIEN.
Ahl quitte, pour aimer, cette haine mortelle,

LA MUSICIENNE.
On peut, on peut te montrer
Une bergère fidèle.

SECOND MUSICIEN,
Hélas! où la rencontrer ?

[ocr errors][merged small][merged small]

LA MUSICIENNE.
Pour défendre notre gloire,
Je te veux offrir mon cœur.

SECOND MUSICIEN.
Mais, bergère, puis-je croire
Qu'il ne sera point trompeur ?

LA MUSICIENNE.
Voyons, par expérience,
Qui des deux aimera mieux.

25

SECOND MUSICIEN.

30

Qui manquera de constance,
Le puissent perdre les dieux !

TOUS TROIS ENSEMBLE.
À des ardeurs si belles
Laissons-nous enflammer :
Ah! qu'il est doux d'aimer
Quand deux cours sont fidèles !

M. JOURDAIN. Est-ce tout?
LE M. DE MUSIQUE. Oui.

M. JOURDAIN. Je trouve cela bien troussé; et il y a là dedans de petits dictons assez jolis. 5 LE M. À DANSER. Voici, pour mon affaire, un petit essai

des plus beaux mouvements et des plus belles attitudes dont une danse puisse être variée.

M. JOURDAIN. Sont-ce encore des bergers ?

LE M. À DANSER. C'est ce qu'il vous plaira. (Aux 10 danseurs.) Allons.

[ENTRÉE DE BALLET. Quatre danseurs exécutent tous les

mouvements différents et toutes les sortes de pas que le maître à danser leur commande.]

ARGUMENT TO THE SECOND ACT.

Act ii. opens with the continuation of the last Scene in Acti. M. Jourdain is giving further instructions for the musical entertainment and the Ballet which is to follow it, when there enters his fencing-master, who, after giving him a lesson in the presence of the other two, quarrels with these about the superiority of his own profession over theirs. While the dispute is still raging between them, the master of philosophy is shown in, and tries to pacify the disputants by inculcating moderation and forbearance; excellent principles which he does not practise, for he soon loses his temper, and a fight ensues which is ended behind the scenes. On his re-appearing on the stage he gives M. Jourdain a lesson famous for its humour as well as for its satire on the scholastic philosophy of the day. The tailor then appears with the suit ordered for the entertainment, and M. Jourdain tries it on to the accompaniment of music and dancing.

ACTE DEUXIÈME.

SCÈNE I.

MONSIEUR JOURDAIN, LE MAÎTRE DE MUSIQUE, LE

MAITRE À DANSER.

IO

MONSIEUR JOURDAIN. Voilà qui n'est point sot, et ces 5 gens-là se trémoussent bien.

LE MAÎTRE DE MUSIQUE. Lorsque la danse sera mêlée avec la musique, cela fera plus d'effet encore; et vous verrez quelque chose de galant dans le petit ballet que nous avons ajusté pour vous.

M. JOURDAIN. C'est pour tantôt, au moins; et la personne pour qui j'ai fait faire tout cela, me doit faire l'honneur de venir dîner céans.

LE MAÎTRE À DANSER. Tout est prêt.

LE M. DE MUSIQUE. Au reste, monsieur, ce n'est pas 15 assez; il faut qu'une personne comme vous, qui êtes magnifique, et qui avez de l'inclination pour les belles choses, ait un concert de musique chez soi tous les mercredis ou tous les jeudis.

M. JOURDAIN. Est-ce que les gens de qualité en ont?
LE M. DE MUSIQUE. Oui, monsieur.
M. JOURDAIN. J'en aurai donc. Cela sera-t-il beau ?

LE M. DE MUSIQUE. Sans doute. Il vous faudra trois voix, un dessus, une haute-contre, et une basse, qui seront accompagnées d'une basse de viole, d'un théorbe, et d'un 25 clavecin pour les basses continues, avec deux dessus de violon pour jouer les ritournelles.

M. JOURDAIN. Il y faudra mettre aussi une trompette marine. La trompette marine est un instrument qui me plaît, et qui est harmonieux.

LE M. DE MUSIQUE. Laissez-nous gouverner les choses.

20

30

M. JOURDAIN. Au moins, n'oubliez pas tantôt de m'envoyer des musiciens pour chanter à table.

LE M. DE MUSIQUE. Vous aurez tout ce qu'il vous faut.

M. JOURDAIN. Mais, surtout, que le ballet soit beau. 5

LE M. DE MUSIQUE. Vous en serez content; et, entre autres choses, de certains menuets que vous y verrez.

M. JOURDAIN. Ah! les menuets sont ma danse, et je veux que vous me les voyiez danser. Allons, mon maître.

LE M. Å DANSER. Un chapeau, monsieur, s'il vous plaît. 10 (M. JOURDAIN va prendre le chapeau de son laquais, et le met

par-dessus son bonnet de nuit. Son maître lui prend les mains et le fait danser sur un air de menuet qu'ilchante.) La, la, la, la, la, la; la, la, la, la, la, la, la; la, la, la, la, la, la; la,

la, la, la, la, la; la, la, la, la, la. En cadence, s'il vous plaît. 15 La, la, la, la, la. La jambe droite. La, la, la. Ne remuez

pas tant les épaules. La, la, la, la, la; la, la, la, la, la. Vos deux bras sont estropiés. La, la, la, la, la. Haussez la tête. Tournez la pointe du pied en dehors. La, la, la. Dressez votre corps.

M. JOURDAIN. Hé!
LE M. DE MUSIQUE. Voilà qui est le mieux du monde.

M. JOURDAIN. À propos ! apprenez-moi comme il faut faire une révérence pour saluer une marquise; j'en aurai

besoin tantôt. 25 LE M. Å DANSER. Une révérence pour saluer une marquise ?

M. JOURDAIN. Oui. Une marquise qui s'appelle Dorimène.

LE M. À DANSER. Donnez-moi la main. 30 M. JOURDAIN. Non. Vous n'avez qu'à faire: je le retiendrai bien.

LE M. À DANSER. Si vous voulez la saluer avec beaucoup de respect, il faut faire d'abord une révérence en

arrière, puis marcher vers elle avec trois révérences en avant, 35 et à la dernière vous baisser jusqu'à ses genoux.

M. JOURDAIN. Faites un peu. (Après que le maître d danser a fait trois révérences.) Bon.

20

« PreviousContinue »