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SEPTIMI FLORENTIS TERTULLIANI

APOLOGETICUM

I Si non licet vobis, Romani imperii antistites, in aperto et edito, in ipso fere vertice civitatis praesidentibus ad iudicandum palam dispicere et coram examinare, quid sit liquido in causa Christianorum ; si ad hanc solam speciem auctoritas vestra de iustitiae diligentia in publico aut timet aut erubescit inquirere; si denique, quod proxime accidit, domesticis indiciis nimis operata infestatio sectae huius os obstruit defensioni : liceat veritati vel occulta via tacitarum litterarum ad aures vestras pervenire.

2 Nihil de causa sua deprecatur, quia nec de condicione miratur. Seit se peregrinam in terris agere, inter extraneos facile inimicos invenire, ceterum genus, sedem, spem, gratiam, dignitatem in caelis habere. Unum gestit interdum, ne ignorata damnetur. 3 Quid hic deperit legibus in suo regno dominantibus, si audiatur? Hoc magis gloriabitur potestas earum, quod etiam inauditam damnabunt veritatem? Ceterum inauditam si damnent, praeter invidiam iniquitatis etiam suspicionem merebuntur alicuius conscientiae, nolentes audire quod auditum damnare non poterant.

4 Hanc igitur primam causam apud vos collocamus iniquitatis odii erga nomen Christianorum. Quam iniquitatem idem titulus et onerat et revincit, qui videtur excusare, ignorantia scilicet. Quid enim iniquius, quam ut oderint homines quod ignorant, etiam si res meretur odium ? Tunc etenim meretur, cum cognoscitur, an mereatur. 5 Vacante autem meriti notitia, unde odii iustitia defenditur, quae non de eventu, sed de conscientia probanda est ? Cum ergo propterea oderunt, quia ignorant, quale sit quod oderunt, cur non liceat eiusmodi illud esse, quod non debeant odisse? Ita utrumque ex alterutro redarguimus, et ignorare illos, dum oderunt, et iniuste odisse, dum ignorant.

APOLOGYTICUM (APOLOGETICVM M) TERTULLIANI (caput add. M) DE IGNORANTIA IN CHRISTO IESU P.

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P.- 4 hanc igitur F; hanc itaque P.- res mereretur *F.-5 propterea oderunt F;

TERTULLIEN

APOLOGÉTIQUE

I Magistrats de l'Empire romain, qui présidez, pour rendre la justice, dans un lieu découvert et éminent, presque au sommet même de la cité, s'il ne vous est pas permis d'examiner devant tout le monde et de peser sous les yeux de tous la cause des chrétiens pour la tirer au clair ; si, dans cette espèce seule, votre autorité craint ou rougit d'informer en public, avec une attentive justice; si enfin, comme il est arrivé naguère, la haine pour notre secte, trop pressée d'accueillir les délations domestiques, ferme la bouche à la défense: qu'il soit du moins permis à la vérité de parvenir à vos oreilles, silencieusement, par la voie secrète d'un plaidoyer écrit.

2 La vérité ne demande point grâce pour elle, parce qu'aussi bien elle ne s'étonne pas de sa condition. Elle sait qu'elle vit dans ce monde en étrangère; que, parmi des étrangers, elle trouve facilement des ennemis, mais qu'elle a sa famille, sa demeure, son espérance, son crédit et sa gloire dans les cieux. En attendant, elle n'a qu'un désir, c'est de ne pas être condamnée sans être connue. 3 Qu'ont ici à perdre vos lois, qui commandent souverainement dans leur propre empire, si la vérité était entendue ? Leur puissance éclatera-t-elle mieux, si elles condamnent la vérité, même sans l'entendre ? Mais, si elles la condamnent sans l'entendre, outre l'odieux de l'iniquité, ne s'attirerontelles pas le soupçon d'une arrière-pensée, en refusant d'entendre une chose qu'elles ne pourraient plus condamner après l'avoir entendue ?

4 Voici donc le premier grief que nous formulons contre vous: l'iniquité de la haine que vous avez du nom de chrétien. Le motif qui paraît excuser cette iniquité est précisément celui qui l'aggrave et qui la confond, à savoir votre ignorance. Car quoi de plus inique que de haïr une chose qu'on ignore, même si elle mérite la haine? En effet, elle ne mérite votre haine que si vous savez si elle la mérite. 5 Si la connaissance de ce qu'elle mérite fait défaut, comment prouver que la haine est juste? Cette justice, en effet, ne peut se prouver par l'évènement, mais par la certitude intime. Quand donc les hommes haïssent parce qu'ils ne connaissent pas l'objet de leur haine, pourquoi cet objet ne serait-il pas tel qu'ils ne doivent pas le haïr? Par conséquent, nous confondons à la fois leur haine et leur ignorance, l'une par l'autre : ils restent dans l'ignorance, parce qu'ils haïssent, et ils haïssent injustement, parce qu'ils ignorent,

6 Testimonium ignorantiae est, quae iniquitatem dum excusat, condemnat, cum omnes, qui retro oderant, quia ignorabant, simul desinunt ignorare, cessant et odisse. Ex his fiunt Christiani, utique de comperto, et incipiunt odisse quod fuerant, et profiteri quod oderant, et sunt tanti, quanti et denotamur. 7 Obsessam vociferantur civitatem ; in agris, in castellis, in insulis Christianos; omnem sexum, aetatem, condicionem, etiam dignitatem transgredi ad hoc nomen quasi detrimento maerent.

8 Nec tamen hoc ipso ad aestimationem alicuius latentis boni promovent animos. Non licet rectius suspicari, non libet propius experiri! Hic tantum curiositas humana torpescit ! Amant ignorare, cum alii gaudeant cognovisse. Quanto magis hos Anacharsis denotasset imprudentes de prudentibus iudicantes ! 9 Malunt nescire, quia iam oderunt! Adeo quod nesciunt, praeiudicant id esse, quod si sciant, odisse non poterant ; quando, si nullum odii meritum deprehendatur, optimum utique sit, desinere iniuste odisse ; si vero de merito constet, non modo nihil odio detrahatur, sed amplius adquiratur ad perseverantiam etiam iustitiae ipsius gloria.

10 Sed non ideo, inquit, bonum praeiudicatur, quia multos convertit : quanti enim ad malum reformantur ! quanti transfugae in perversum ! Quis negat? Tamen quod vere malum est, ne ipsi quidem, quos rapit, defendere pro bono audent. Omne malum aut timore aut pudore natura perfudit. 11 Denique malefici gestiunt latere, devitant apparere, trepidant deprehensi, negant accusati, ne torti quidem facile aut semper confitentur, certe damnati maerent : enumerant in semetipsos mentis malae impetus ; ignaviam vel fato vel astris imputant. Nolunt enim suum esse, quia malum agnoscunt. 12 Christianus vero quid simile ? Neminem pudet, neminem paenitet, nisi plane retro non fuisse ; si denotatur, gloriatur ; si accusatur, non defendit ; interrogatus vel ultro confitetur ; damnatus gratias agit. 13 Quid hoc mali est, quod naturalia mali non habet, timorem, pudorem, tergiversationem, paenitentiam, deplorationem ? Quid hoc mali est, cuius reus gaudet, cuius accusatio

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propterea oderunt homines P. 6 quia ignorabant, simul F (cf. Ad nat., 1, 1, p. 59, 4: omnes, qui vobiscum retro ignorabant et vobiscum oderant); quia ignorabant quale sit quod oderant, simul P. quanti F; quanti et P. -7 etiam dignitatem PBR. 8 hoc ipso M (· Ad nat., 1, 1, p. 59, 12); hoc modo P ; ex hoc ipso modo F (cf. 3, 3). propius *F; proprius P. iudicantes F; iudicantes quam inmusicos de musicis P. 9 malunt nescire quia P (= Ad nat., 1, 1, p. 59, 15) ; malunt qui F. quod nesciant P ; quod nesciunt edd. vet. ; om. F. quod non poterant odisse, si sciant F ; quod si sciant, odisse non poterant P. · odii meritum F (cf. Ad nat. 1, 1, p. 59, 16: si nullum meritum odii reperietur corr. KROYMANN); odii debitum P. — odio detrahatur F (cf. Ad nat., 1, 1. p. 59, 18 : nihil odio detrahetur); odii detrahatur P. gloriae F; auctoritate P; cf. Ad nat., l. c., l. 19. 10 praeiudicatur F (cf. Ad nat., 1, 1, p. 59, 22 : non utique eo bonum praeiudicari); om. P. reformantur F; performantur P. perfudit *FP. 11 deprehensi P

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Ad nat., 1, 1, p. 60, 7); adprehensi F

enumerant F ; dinumerant P. — impetus P; om. F. ignaviam F ; om. P ; cf. Ad nat., 1, 1, p. 60, 9 : malae mentis ab innocentia transitum. quia P (cf. Ad nat.,1, 1, p. 60, 10: adeo nolunt suum esse quia malum negare non possunt); quod F. 12 Christianos F (sed Christianus

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6 La preuve de leur ignorance, qui condamne leur iniquité précisément en lui servant d'excuse, est dans ce fait que tous ceux qui jusqu'ici haïssaient parce qu'ils ignoraient, cessent de haïr aussitôt qu'ils cessent d'ignorer. Ceux-là deviennent chrétiens, et ils le deviennent assurément en connaissance de cause ; et alors ils commencent à haïr ce qu'ils étaient et à professer ce qu'ils haïssaient, et ils sont aussi nombreux que vous constatez que nous sommes. 7 La ville, s'écrie-t-on, est envahie; jusque dans les campagnes, dans les bourgs fortifiés, dans les îles, il y a des chrétiens; tout sexe, tout âge, toute condition, tout rang même passe au nom chrétien, et l'on s'en afflige comme d'un dommage!

8 Et pourtant, malgré ce fait, ils ne s'avisent pas de présumer l'existence de quelque bien caché. Il ne leur est pas permis d'être plus justes dans leurs soupçons ; il ne leur plaît pas de s'assurer de plus près. En cette occasion seule, la curiosité humaine est engourdie ! Ils aiment à ignorer, alors que d'autres sont ravis de connaître ! Combien plus Anacharsis aurait-il blâmé ces gens qui ne savent pas et se font juges de ceux qui savent ! 9 Ils aiment mieux ne pas connaître, parce que déjà ils haïssent. Ils préjugent ainsi que ce qu'ils ne connaissent pas est tel que, s'ils le connaissaient, ils n'auraient pu le haïr. En effet, si l'on ne découvre aucun juste motif de haïr, le mieux est, à coup sûr, de renoncer à une haine injuste ; si, au contraire, on acquiert la certitude que le juste motif existe, non seulement la haine ne perd rien de sa force, mais on trouve une raison de plus pour y persévérer, précisément parce qu'on peut se glorifier d'être juste.

10 Mais, dites-vous, on ne peut préjuger que la chose est bonne, de ce qu'elle attire beaucoup d'hommes : que de gens, en effet, se laissent convertir au mal, que de gens passent au vice comme des transfuges! Qui le nie? Mais pourtant, si une chose est vraiment mauvaise, ceux-là mêmes qu'elle entraîne n'osent pas la défendre comme bonne. La nature a rempli de crainte ou couvert de honte tout ce qui est mal. 11 Après tout, les méchants cherchent à se cacher, ils évitent de se montrer; pris sur le fait, ils tremblent; accusés, ils nient; même soumis à la torture, ils n'avouent pas facilement ni toujours; condamnés sans espoir, ils sont tristes, ils énumèrent les assauts de l'esprit mauvais contre eux-mêmes, ils imputent leur faiblesse au destin ou aux astres. En effet, ils ne veulent pas être les auteurs de ce qu'ils reconnaissent pour mauvais. 12 Un chrétien fait-il rien de semblable ? Aucun ne rougit, aucun ne se repent, si ce n'est, naturellement, de ne pas avoir été chrétien auparavant. S'il est dénoncé, le chrétien s'en fait gloire; s'il est accusé, il ne se défend pas ; interrogé, il confesse de lui-même sa foi; condamné, il rend grâces. 13 Quel est donc ce mal, qui n'a pas les caractères naturels du mal, ni crainte, ni honte, ni irrésolution, ni repentir, ni regret ? Quel est ce mal, dont l'accusé se réjouit,

BRP). quid simile P (cf. Ad nat., 1, 1, p. 60, 11 : Christiani vero quid tale consequuntur ?); nihil simile F. 13 naturalia F; natura alia P; cf. Ad nat., l. c.,

votum est et poena victoria? Non potes dementiam dicere, quod revinceris ignorare.

II Si certum est denique nos nocentissimos esse, cur a vobis ipsis aliter tractamur, quam pares nostri, id est ceteri nocentes, cum eiusdem noxietatis eadem tractatio deberet intervenire? 2 Quodcumque dicimur, cum alii dicuntur, et proprio et mercennario ore utuntur ad innocentiae suae commendationem ; respondendi, altercandi facultas patet, quando nec liceat indefensos et inauditos omnino damnari. 3 Sed Christianis solis nihil permittitur loqui, quod causam purget, quod veritatem defendat, quod iudicem non faciat iniustum ; sed illud solum exspectatur, quod odio publico necessarium est: confessio nominis, non examinatio criminis ; 4 quando, si de aliquo nocente cognoscatis, non statim confesso eo nomen homicidae vel sacrilegi vel incesti vel publici hostis (ut de nostris elogiis loquar) contenti sitis ad pronuntiandum, nisi et consequentia exigatis, qualitatem facti, numerum, locum, modum, tempus, conscios, socios ? 5 De nobis nihil tale, cum aeque extorqueri oporteret quod de falso iactatur, quot quisque iam infanticidia degustasset, quot incesta contenebrasset, qui coqui, qui canes adfuissent. O quanta illius praesidis gloria, si eruisset aliquem, qui centum iam infantes comedisset !

6 Atquin invenimus inquisitionem quoque in nos prohibitam. Plinius enim Secundus, cum provinciam regeret, damnatis quibusdam Christianis, quibusdam de gradu pulsis, ipsa tamen multitudine perturbatus, quid de cetero ageret consuluit tunc Traianum imperatorem, adlegans, praeter obstinationem non sacrificandi nihil aliud se de sacramento eorum comperisse, quam coetus antelucanos ad canendum Christo ut deo et ad confoederandam disciplinam homicidium, adulterium, fraudem, perfidiam et cetera scelera prohibentem. 7 Tunc Traianus rescripsit, hoc genus inquirendos quidem non esse, oblatos vero puniri oportere.

8 O sententiam necessitate confusam! Negat inquirendos ut inno

1. 15.

quid hoc mali est cuius *F ; quod (qd, d cum linea transversa) hoc malum est cuius P ; (cf. Ad nat., l. c., l. 15 : quod hoc malum est, in quo mali natura cessat). victoria F (cf. 50, 2); felicitas P. · quod revinceris F ; qui revinceris P.

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deberet PF (d. MODIUS

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II, 1 noxietatis F; noxae P. deberet BARR.). 2 et proprio et mercenario ore F ; et proprio ore et mercennaria advocatione P. 3 non faciat *FP; faciat non GOMPERZ, p. 79. 4 de aliquo *FP; de alio quo GOMPERZ, p. 79. cognoscitis *F. modum *F; om. P. 5 II. CONTRA INQUISITIONEM P. extorquere *F. de falso F (cf. 23,4); cum falso P. gloria P; gloria fuisset F. - 6-7 PLIN., Epist., 10, 96-97. EUSEBIUS et RUFINUS, Hist. eccl., 3, 33, 1-3. HIERONYMUS, Chron. a. 2124 (SCHOENE, p. 162-164). Cf. HARNACK, Die gr. Uebersetz., p. 17. comedisset. Sed nec in isto ex forma malorum iudicandorum agitis. Atque (sed Atqui BR; Karo EUSEB.) F (est initium § 10 scribae errore huc translatum) ; comedisset. Adquin P. de gradu F (cf. Adv. Marc., 4, 9, p. 444, 5: dum te de gradu pellam); gradu P; male vertit Graecus ap. EUSEB.: τnę ážías ἐκβαλών. de cetero P (cf. EUSEB.: λoiπóv); de ceteris F. de sacramento F (cf. 15, 8: sacramenti nostri ; 19, 2 : totius Iudaici sacramenti et inde iam et nostri);

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