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Les ornements sacerdotaux furent distribués entre les églises du voisinage, qui reçurent également en don, de l'évêque de Grasse, un certain nombre d'objets d'orfèvrerie; les autres furent envoyés à la Monnaie 2.

1 Arch. des Alp.-Marit., H. 127. Les ornements furent distribués entre les églises du Loubet, de La Roquette, de Pégomas, de Sartoux, de Cannes, de Mougins, du Cannet, de Châteauneuf, d'Opio et d'Auribeau.

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2 Ibid. Objets envoyés à la Monnaie : « Un encensoir d'argent et sa navette en forme de petit navire »; « une croix d'argent et deux burettes même métal, portant les armoiries du monastère »; « un bougeoir d'argent aux mêmes armes »; « quatre chandeliers à l'antique et, en bas-relief sur un pied, à trois pointes d'argent »; « un bassin plat et une aiguière en bas-relief, le tout d'argent »; « une crosse ancienne, en sept pièces d'argent, dont le haut est en forme de clocher surdoré et émaillé.... le tout faisant cinquante livres d'argent. »

Les autres objets furent remis aux églises : A la cathédrale de Grasse: « une grånde châsse de bois, lamée d'argent, dorée, émaillée, avec des figures en bas-relief, en forme d'église, représentant les principaux miracles de saint Honorat et renfermant une partie de ses ossements... »; « un buste de saint Honorat, avec sa mitre, ornée de différentes pierres de diverses couleurs, dont il manque plusieurs, le tout d'argent et un buste de saint Aygulfe, d'argent doré»; à l'hôpital Saint-Jacques de Grasse, « une couronne d'épines en argent, soutenue par un piédestal de même métal, en forme de chandelier, ayant au milieu de la couronne un cristal dans lequel est renfermée une épine de la couronne de Notre-Seigneur Jésus-Christ » ; — à la chapelle de la Charité, à la chapelle des Pénitents blancs ainsi qu'à celle des Pénitents noirs de Grasse, « trois grandes fleurs de lys, montées chacune sur un piedestal en forme de chandelier, le tout d'argent et dans lesquelles sont renfermées des reliques » ; — aux églises paroissiales de Mougins et du Cannet, a deux bras d'argent de Saint Honorat, ornés de quelques pierres, où sont renfermées des reliques du même saint »; à l'église paroissiale d'Auribeau, « une petite châsse sur un piédestal en forme de chandelier, d'argent doré et émaillé, dans laquelle est conservée une des mâchoires de saint Honorat, avec un cristal devant »; aux églises paroissiales de Valbonne et de La Roquette, « deux bras d'argent, dans lesquels se trouvent dés reliques de saint Leufredus et de saint Turiane » ; à l'église succursale de Pégomas, « une petite châsse en forme de bras, dont le piédestal est d'argent doré et la main d'argent, dans laquelle sont conservées des reliques des Saints Innocents »; à l'église paroissiale d'Opio, « une petite statue d'argent, représentant Saint Jean-Baptiste »; à l'église paroissiale de Mouans, a une petite croix à double branche d'argent doré, dont le piédestal est de cuivre jaune »; au séminaire, un bréviaire manuscrit en velin, aux deux côtés duquel se trouvent deux planches de bois, surmontées à leur intérieur de

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L'inventaire en question contient le catalogue des ouvrages de la bibliothèque de l'abbaye, bibliothèque bien pauvre où ne se rencontre pour ainsi dire aucun des grands ouvrages qui ont fait honneur aux congrégations religieuses des XVIIe et XVIII siècles, et un inventaire de ses fort intéressantes archives.

Nous y trouvons mentionnées des réclamations de quelques religieux contre l'arrêt du 27 mars 1788, qui fixe leur sort; mais elles se rapportent uniquement à l'article qui détermine le montant de leur pension (1.500 ou 1.800 livres). Tous acceptent sans observation l'ordre d'abandonner l'ile; leur seul désir est de se retirer, sans payer de loyer, aux châteaux de Vallauris et de Valbonne.

Ainsi disparut ce monastère de Lérins, qui avait été jadis un des foyers les plus ardents de vie cénobitique, et qui avait joué un si grand rôle dans l'histoire religieuse de la France. L'île devait perdre bientôt jusqu'à son nom, qu'elle échangea contre celui d'île Pelletier, tandis que sa voisine s'appelait île Marat.

Le 9 mars 1791, Saint-Honorat fut mis aux enchères dans une salle du couvent de l'Oratoire de Grasse et adjugé, pour la somme de 37.000, livres à M. Jean-Honoré Alziary de Saint-Paul1, père

plaques dorées, sur lesquelles se trouvent des figures en bas-relief, lesquelles planches avaient servi de couverture, à ce qu'on croit, au bréviaire de saint Honorat. » De ces objets le plus précieux, la châsse de saint Honorat, a disparu, sans laisser de traces, dans la tourmente révolutionnaire. Il avait été donné par l'abbé André Grimaldi. L'église Notre-Dame de l'Espérance, de Cannes, héritière de l'église SainteAnne, possède encore un coffre de bois qui était autrefois renfermé dans la châsse et où sont conservés quelques ossements de saint Honorat.

Arch. des Alp.-Marit., Q. 271:a Il a été allumé un quatrième feu, et iceluy s'étant éteint sans que personne, durant sa durée, ait fourni aucune nouvelle enchère, les administrateurs composant le Directoire du district ( de Grasse ), à ce consentant, et le procureur sindic ont déclaré Jean-Honoré Alziary, dernier enchérisseur et adjudicataire définitif de l'isle de Lérins et ses dépendances, dépendantes du ci-devant monastère de Lérins. En conséquence, l'adjudication dudit domaine a été passé audit sieur Alziary, pour la somme de trente-sept mille livres, dont, conformément à l'art. 5 du titre 3 du décret du 14 may 1790, le douze pour cent sera etc. Fait et passé à

de deux brillantes pensionnaires du Théâtre français, Pauline et Marie-Blanche Sainval.

Par un singulier caprice de la fortune, l'île des Saints servit de retraite, pendant d'assez longues années (jusqu'en 1818), à une reine de comédie.

Blanche Sainval fit réparer, dans le goût du temps, quelques pièces du château-fort qui regardaient la mer, et grand fut l'étonnement des visiteurs ignorants de ce fait, tant que ces réparations furent apparentes, en voyant la salle capitulaire des moines bénédictins ornée de peintures à la Boucher.

L'île passa ensuite aux mains de M. Sicard, de Vallauris, puis de M. Sims, pasteur protestant, et de M. Augier, de Draguignan 2. Enfin, en 1859, Mgr Jordany, évêque de Fréjus, en fit l'acquisition pour la rendre au culte3.

Grasse, le neuf mars mil sept cent quatre-vingt onze . - J. H. Alziary. - F. Roubaud. Mathieu Rance: Gérard. Perrolle. »

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Marie-Blanche Sainval débuta à la Comédie française en 1772. C'est dans Iphigénie en Tauride qu'elle obtint son plus grand succès. On dit que, jalouse des deux sœurs, Mlle Vestris, sœur de Dugazon et femme du célèbre danseur, appuyée par le ministre Choiseul et le maréchal de Duras, les persécuta au point qu'elles quittèrent le théâtre.

Marie-Blanche, après avoir quitté l'île Saint-Honorat, vers 1818, sur les instances de sa famille, se retira à Draguignan, où elle mourut, à l'âge de 86 ans, le 9 février 1836.

2 On peut consulter, pour l'histoire de l'île Saint-Honorat pendant ce siècle et spécialement depuis 1859, L'île et l'abbaye de Lérins, (N.-D. de Lérins, imprimerie MarieBernard, 1895). Ce petit livre, dont l'auteur nous ne voulons pas dévoiler son nom, pour éviter de blesser sa modestie est un des religieux les plus distingués de l'abbaye, constitue, sous une forme littéraire, un remarquable résumé de l'histoire du monastère.

• Mgr Jordany, dans le sermon qu'il prononça en rendant l'église de Lérins au culte, dit: « C'est Dieu qui fait la tempête et le calme, selon les desseins de sa justice et de sa miséricorde. Quand il ébranle le monde, c'est pour le tirer de sa torpeur, pour le renouveler en le purifiant, pour montrer sa présence si facilement oubliée. Le calme se fait ensuite; c'est le moment des réparations; c'est le jour où l'Eglise renoue la chaîne de ses traditions glorieuses. » Mgr Chalandon, archevêque d'Aix,

Il y installa trois frères agriculteurs de Saint-François d'Assise; (mai 1859); mais ils y furent bientôt remplacés (février 1861), par des religieux de Saint-Pierre-ès-Liens, congrégation fondée à Marseille par M. l'abbé Fissiaux, dont la mort amena un nouveau changement.

Vers la fin de 1869 (21 novembre), ce fut à une branche de la famille de saint Benoît, aux Cisterciens de Sénanque, qu'échut la mission de restaurer la vie religieuse à Lérins ; mais, en 1871 seulement, ils furent assez nombreux pour s'y constituer en communauté.

Millin, dans son Voyage aux départements du Midi de la France1, parle ainsi de l'île Saint-Honorat, qu'il a visitée en 1804: « Cet antique monastère est aujourd'hui en ruines; le jardin, que les mains pieuses des solitaires avait planté d'orangers, est livré à des bœufs. On trouve encore quelques restes du réfectoire et d'une fontaine qui, d'après une inscription très dégradée aussi, était destinée à laver les linges sacrés pour le service de l'autel..... L'intérieur de l'église est très dévasté. »

A soixante-quinze ans de là, Lenthéric s'exprime en ces termes : « Le voyageur qui met aujourd'hui le pied sur ce rocher si plein. de souvenirs est tout d'abord frappé du nombre de ruines et de l'amas de décombres qu'il voit autour de lui. En certains endroits, les tuiles romaines, les débris de matériaux frustes, les fragments de colonnes, de marbres, de chapiteaux jonchent le sol. Le donjon carré, construit au XIIe siècle pour la défense de l'île contre les Sarrasins, commande fièrement la mer; ses parapets crénelés se découpent d'une manière admirable sur le bleu foncé de la Méditerranée

prit ensuite la parole: « Les soixante-dix années de captivité sont terminées, s'écriet-il, réjouissons-nous... C'est avec un ineffable sentiment que, du pied de cet autel, dont la pierre sacrée était hier encore indignement profanée, j'embrasse à la fois le passé, le présent et l'avenir. Le passé, ce sont les ruines; le présent, c'est vous, et l'avenir, c'est Dieu... »

1 Paris, 1807, 5 vol. in-8° et atlas.

et semblent protéger encore la petite église à demi ruinée, qui fut le sanctuaire des premiers religieux. Tout est détruit à l'intérieur; mais on ne saurait parcourir sans intérêt ces salles effondrées, ces souterrains remblayés par les décombres, ces longs corridors où l'ogive et le plein-cintre s'entrecroisent dans un pêle-mêle confus 1.»

Une nouvelle église a remplacé l'ancienne, édifice roman qui malheureusement assure-t-on - ne pouvait que très difficilement être restauré, et un nouveau monastère s'est élevé autour de l'ancien cloître, dû aux proches successeurs de saint Honorat. Un orphelinat a été installé en face de l'île Sainte-Marguerite.

Grâce au zèle religieux et à l'intelligente activité du Père abbé Marie-Bernard 2, qui la releva de ses ruines, et du Père MarieColomban 3, son successeur, qui l'accroît et l'embellit chaque jour davantage, l'abbaye de Lérins a retrouvé une réelle prospérité: Trente moines y mènent la vie conventuelle. L'orphelinat est très confortablement installé; une imprimerie, fort bien aménagée, permet aux jeunes gens d'apprendre le métier de typographe.

De son côté, l'État a classé comme monument historique et réparé le château-fort. Longtemps il avait servi de carrière aux propriétaires qui prirent la place des religieux et le temps, plus meurtrier encore dans une île que sur le continent, avait fait son œuvre. Aujourd'hui le remarquable cloître à ciel ouvert qui occupe le centre de ce donjon est restauré, et l'excursionniste peut le visiter à son aise. I admire l'aspect sombre et sévère de l'atrium du rezde-chaussée, formé de six colonnes-granit, marbre rouge, pierre de bâtisse que couronnent des arcades ogivales, et la clarté, l'élégance de la colonnade en marbre blanc du premier étage produisent sur son esprit un effet des plus saisissants.

1 La Provence maritime ancienne et moderne, in-12o, Paris, 1880.

Mort à l'abbaye, le 8 juin 1888, dans sa soixante-treizième année.

'Prieur depuis le 16 septembre 1875, a été élu abbé par la communauté de Lérins, le 13 décembre 1888 et bénit le 19 mars 1889.

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