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quons les classes suivantes : Hebræa, Græca, Sacra, Prophana, Grammatica, Poetica, Historica, auxquelles un peu plus tard, dans un autre catalogue, le mème imprimeur ajouta Rhetorica, Oratoria, Dialectica, Philosophica, Arithmetica, Geometrica, Medica, ce qui compléta, à peu de chose près, la nomenclature des sciences qu'on étudiait et qu'on enseignait alors. A ces catalogues officinaux succédèrent bientôt ceux des bibliothèques particulières, et quelques autres ouvrages de bibliographie, d'une plus grande étendue et d'un intérêt plus général. Le premier en ce genre qui mérite d'être cité est la Bibliotheca universalis de Conrad Gesner (voyez ce nom dans notre deuxième volume), imprimée à Zurich, de 1545 à 1549, in-fol., ouvrage fort remarquable, dont la 2o partie, intitulée: Pandectarum, sive partitionum universalium libri XXI, est classée par matières, dans l'ordre suivant: 1. Grammatica; 2. Dialectica; 3. Rhetorica; 4. Poetica; 5. Arithmetica; 6. Geometria; 7. Musica; 8. Astronomia; 9. Astrologia; 10. De Divinatione et Magia; 11. Geographia; 12. De Historiis;13. De diversis Artibus; 14. De naturali Philosophia; 15. De prima Philosophia, et Theologia Gentilium; 16. De morali Philosophia; 17. De œconomica Philosophia; 18. Politica; 19. De Jure civili et pontifico; 20. Theologia (ce titre devait être celui du 21e livre; mais la Médecine qui en aurait formé le 20o, n'ayant pas paru, on la remplaça par la Théologie). Cette nomenclature, assez bernée comme on le voit, suffisait du temps de l'auteur pour l'arrangement d'une bibliothèque bien composéc. Gesner, en homme de bon sens, en a écarté ces réunions arbitraires de différentes sciences en une seule classe, qui ont séduit tant de savants, et qui, selon nous, ont été le principal écueil contre lequel sont venus échouer presque tous les auteurs de systèmes bibliographiques.

Le premier Français qui se soit hasardé à présenter un de ces systèmes compliqués est Christofle de Savigny, de qui nous avons décrit, à la col. 155 de notre 5e volume, les Tableaux accomplis de tous les arts libéraux, imprimés en 1587 et réimprimés en 1619. La première plan

che de cet ouvrage curieux et devenu rare présente l'Encyclopédie, ou la suite et liaison de tous les arts et sciences. C'est un système figuré de toutes nos connaissances, antérieur de près de vingt ans, remarquons-le bien, à l'Arbre encyclopédique de Bacon, dont il a pu ètre le modèle. A ce tableau général succèdent seize tableaux spéciaux pour un pareil nombre de sciences, savoir: 1. Grammaire; 2. Rhétorique; 3. Dialectique; 4. Arithmétique ; 5. Géométrie; 6. Optique; 7. Musique; 8. Cosmographie; 9. Astrologie; 10. Géographie; 11. Physique; 12. Médecine; 13. Ethique; 14. Jurisprudence; 15. Histoire; 16. Théologie. La Poésie et la Chronologie ont été ajoutées en 1619. A la suite de chaque partition (c'est ainsi que sont nommées les classes principales ) viennent des divisions et subdivisions en très-grand nombre. On en compte environ 78 pour la Grammaire, 92 pour la Poésie, 37 pour l'Optique, plus de 100 pour l'Astrologie, 66 pour l'Ethique, etc. Les autres systèmes qui se produisirent vers la fin du XVIe siècle et au commencement du XVIIe n'eurent aucun succès; ni les Cent Buffets de La Croix du Maine (5), ni la triple division de Jean Mabrun, selon ces mots du Psalmiste: Disciplinam, bonitatem et scientiam doce me, n'obtinrent l'approbation du docte Naudé, qui, dans son Avis pour dresser une bibliothèque (6), s'exprime ainsi à l'occasion de ces inventions bizarres : « C'est pourquoy ne faisant autre estime d'un ordre qui ne peut être suivi que d'un autheur qui ne veut estre entendu, je croy que le meilleur est toujours celuy qui est le plus facile, le moins intrigué, le plus naturel, usité, et qui suit les facultez Théologie, Médecine, etc. (7). » Paroles pleines de bon sens, et qui sont tout aussi justes, tout aussi applicables aujourd'hui, qu'el les l'étaient il y a deux siècles. L'ordre que recommande là le bibliothécaire du cardinal Mazarin est, à quelques modifications près, celui que lui-même a suivi dans le classement de la Bibliotheca cor

(5) Dessin ou projets présentez (par lui) au roy Henry III, en 1583, impr. à la fin de sa Biblioth. françoise, in-t.

(6) Edit. de 1644, pet. In-8., page 131.

(7) Cette seconde place donnée à la Médecine nous rappelle que Naudé était médecin.

desiana (Paris, 1643, in-4.). Ce meme système, il faut le reconnaître, sc rapproche beaucoup de celui que Claude Clément, jésuite, né en Franche-Comté, a exposé dans un livre imprimé à Lyon, en 1635, in-4. (8), et qui donne pour principales divisions : Théologie, Droit, Philosophie, Mathématiques, Physiologie, Médecine, Histoire sacrée, Histoire profane, Polygraphes, Orateurs et Rhéteurs, Poëtes, Grammairiens, etc. Ces classes, dont on n'a guère fait dans la suite que transporter les sections d'une place à l'autre, en en multipliant les subdivisions, se retrouvent dans presque tous les systèmes dont il nous reste à parler; et d'abord dans celui qu'a suivi le savant Ismaël Bouilliaud, lorsque, vers le milieu du xvIIe siècle, il fut chargé de classer, par ordre de matières, le Catalogue de la bibliothèque de la famille des De Thou, que les frères Du Puys avaient déjà rangé par ordre alphabétique. Ce catalogue, publié seulement en 1679, sous le titre de Bibliotheca thuana, par Joseph Quenel, était sans contredit le meilleur qui eût paru jus qu'alors. L'ordre qu'il présente (9) est, à bien peu de chose près, celui qui a été suivi depuis à la Bibliothèque royale de Paris.

Quoique le système de la Bibliothèque des Jésuites du collège de Clermont, par le Père Jean Garnier, ait été mis au jour en 1678 (10), c'est-à-dire un peu avant celui de la Bibliotheca thuana, il est réellement moins ancien que ce dernier, et lui est fort inférieur, selon nous (11): il mérite toutefois d'être étudié, ne fût-ce

(8) Musei sive bibliothecæ tam privatæ quum publica extructio, instructio, etc.

(9) La Théologie et la jurisprudence y sont suivies de l'Histoire, terminée par les traités généraux de Politique. La Philosophie, accompagnée des Mathématiques, qui comprennent la Musique, l'Astronomie, etc., forme, avec les Arts, la Médecine et l'Histoire naturelle, une seconde partie, à laquelle succèdent les Belles-Lettres (Litteræ humaniores).

(10) Systema bibliotheca collegii parisiensis Societatis Jesu. Parisiis, excudebat Sebast. MabreCramoisy, 1678, in-4.

(11) Il est divisé en cinq grandes classes: 1. Theologia; 2. Philosophia (ceite classe comprend les Litteræ humaniores, mais non pas l'Histoire naturelle); 3. Historia, dont un chapitre, le 26, renferine l'Histoire naturelle, et un autre, le 27°, ce que le P. Garnier nomme Historia artificialts, où se trouvent placées les fictions en vers et en prose, et même les tragédies et les comédies qui ont un but moral; 4. Eunomia, sive Jurisprudentia; 5. Heterodoxia.

que pour le comparer à celui qu'on attribue presque généralement au libraire Gabriel Martin, et pour se convaincre du peu de rapport que ces deux systèmes ont entre cux (12). Le second, celui que nous croyons devoir appeler, et que nous nommerons désormais Système des libraires de Paris, est réellement dû au savant Prosper Marchand, connu surtout par son Histoire de l'imprimerie et son Dictionnaire historique, et non pas à Martın. Prosper Marchand te mit en pratique, pour la première fois, en 1706, dans la Bibliotheca bigotiana, vol. in-12, dont le titre porte les noms des libraires Boudot, Osmont et Gabriel Martin. L'année suivante, le même système, légèrement modifié dans l'ordre et le nombre des divisions secondaires, servit encore à la disposition de la Bibliotheca Johannis Giraud, catalogue rédigé par Marchand, pour le libraire Robustel, à Paris, ainsi qu'il le dit formellement dans la préface de son Catalogue de Faultrier, publié en 1709, et comme Martin lui-même l'a rcconnu en plusieurs occasions (13). Cependant Marchand, peu satisfait du nouvel ordre qu'il venait d'introduire, en classant les livres en cinq grandes sections, savoir: Théologie, Jurisprudence, Philosophie (autrement, sciences et arts), Belles-Lettres et Histoire, à peu près comme nous le faisons nous-même dans la table ci-jointe; Marchand, disons-nous, imagina bientôt un autre système, dans lequel il refondit les cinq classes du premier en trois grandes sections, sous les dénominations suivantes: 1. Philosophic ou Science humaine, comprenant la Grammaire, la Logique, la Poétique, et ce que l'on a depuis désigné sous le titre général de Sciences et Arts. (La Jurisprudence s'y trouve placée entre l'Économie et la Politique.) 2. Théologie, ou Science divine. 3. Histoire, ou Science des événements. Ces trois classes sont précédées de la Bibliographie, qui leur sert d'introduction. On y retrouve une grande partie des subdivisions des deux précédents catalogues, subdivisions ou

(12) Plusieurs bibliographes ont avancé que le système du P. Garnier avait servi de base à celui de Martin.

(13) Catalogue de Barré, no 6469, et Catal. de Bellanger, no 3451.

figurent plus d'un emprunt fait aux systèmes de Clément, de Boulliaud et de Garnier. Mais, pour bien apprécier le premier système de Marchand, le seul auquel jusqu'ici se rattache positivement son nom dans la mémoire des bibliographes, il faut lire la préface latine fort curieuse qu'il a mise au commencement du Catalogue de Joachim Faultrier, déjà cité. Là, après avoir développé son plan avec précision, il a donné d'excellents préceptes sur la manière de lever avec exactitude les titres des livres, et de les disposer méthodiquement dans un ordre convenable, en réunissant de suite les différents formats, au lieu de les séparer comme cela s'était pratiqué presque toujours jusqu'alors (14) Ces préceptes, dont l'expérience de plus d'un siècle a suffisamment démontré la sagesse, furent tout d'abord parfaitement appréciés par Gabriel Martin, homme instruit, d'un esprit judicieux et méthodique; et lorsqu'en 1711 Marchand se détermina à quitter la France, pour cause de religion, G. Martin se trouva ètre l'homme le plus propre à remplacer celui-ci dans la rédaction des catalogues de livres à vendre, objet qui l'avait déjà occupé lui-même dès l'année 1705. Cependant ce libraire, ayant à choisir entre les deux systèmes successivement pratiqués par son prédécesseur, se décida pour le premier, qu'il jugea d'un usage plus commode que le second; et, après y avoir introduit quelques heureuses modifications, il l'appropria à l'arrangement du catalogue de l'excellente bibliothèque de Bulteau, qu'il publia en 1711, sous le titre de Bibliotheca bultelliana (en 2 vol. in-12); et dans la préface duquel il s'exprime ainsi, au sujet de la méthode qu'il venait d adopter : « In libris disponendis illum secuti sumus ordinem, qui systemate nostro bibliographico mox exponetur, quod si non doctum aut erudite elaboratum, saltem clarum et perspicuum conati sumus efficere, ex iis qui nos in hoc labore antecesserunt, quædam, ut censemus, meliora seligentes, quædam immutantes et addentes. » Dans ce passage remarquable, Martin parle bien à la vérité des emprunts qu'il a faits à ses pré

(14) Cependant, dans la Bibliotheca thyana, les forinats se trouvaient déjà réunis.

décesseurs, mais il se tait sur les obligations particulières qu'il avait à Marchand, alors réfugié en Hollande, auquel il devait non-seulement son système presque tout entier, mais encore la plupart des améliorations de détails qu'on peut remarquer dans ses catalogues. Toutefois sachons lui gré d'avoir mis fin à l'espèce d'anarchie qui existait alors dans le classement de ces sortes d'ouvrages; et surtout félicitons-le d'avoir fait preuve d'un jugement plus sûr que Marchand luimême, en préférant un système peu scientifique, à la vérité, mais assez logique, et, ce qui est mieux encore, fort clair, à une donnée plus philosophique peut-être, mais d'une application beaucoup moins facile (15). Le système que Martin, à quelques exceptions près, a suivi constamment dans les nombreux catalogues qu'il a eus à rédiger, depuis 1711 jusqu'à sa mort, arrivée en 1761, fut également adopté par Boudot, son émule; par Marie-Jacques Barrois, autre savant libraire, à qui l'on doit plusieurs bons catalogues; par l'auteur de la Bibliographie instructive; enfin par Guillaume De Bure, décédé en 1820, et par ses deux fils, morts depuis la publication de notre 4o édition : ces trois derniers ont successivement, et pendant plus de soixante ans, exercé honorablement et avec un succès constant les fonctions de libraires experts-vendeurs. C'est de cette manière que le système des libraires de Paris, éprouvé par une longue pratique, reçut en France une sorte de consécration, et fut adopté dans une partie de l'Europe. En vain quelques personnes (16) essayèrent-elles de le combattre, ou du moins d'y substituer leurs innovations, toutes ces tentatives malheureuses ne servirent qu'à en démontrer la supériorité.

(15) Voici le jugement que, dans un spirituel feuilleton consacré à notre Manuel, Ch. Nodier a porté de la classification bibliographique dont il s'agit?

Elle est simple, elle est claire, elle est facile; elle embrasse, sans trop d'efforts, toutes les innombrables et capricieuses subdivisions qu'il a plu à la fantaisie humaine d'introduire dans la forme littéraire du livre; et, ce qui me paraît de plus grande importance encore, elle est consacrée par d'excellents catalogues, devenus classiques dans leur genre. »

(16) D'abord, en 1760, l'abbé Leclerc de Montlinot, dans son Essai sur un projet de catalogue de bibliothèque, que l'abbé de Saint-Léger réfuta "ictorieusement; ensuite, en 1776, le libraire Née de La Rochelle, fort jeune alors, dans le Catalogue des livres de Perrot.

Il ne faut pas trop s'étonner que de simples libraires, mais des libraires réellement instruits, aient réussi mieux que des gens de lettres, que des savant de profession, à donner du crédit à un système bibliographique; car d'un côté, en le concevant dans son ensemble et dans ses détails, ces libraires étaient affranchis des prédilections exclusives que les savants sont naturellement portés à avoir pour ce qui fait l'objet principal de leurs études; et, d'un autre côté, les occasions fréquentes qu'ils avaient eues de classer des bibliothèques de tous les genres avaient dû leur faire trouver la méthode la mieux appropriée à l'arrangement d'un catalogue de quelque étendue. C'était d'ailleurs une chose heureuse pour les personnes qui faisaient usage de ces catalogues et qui en avaient une fois étudié le classement, de savoir d'avance à quelle place elles pourraient trouver les ouvrages qu'elles désiraient se procurer, et d'ètre ainsi dispensées de lire d'un bout à l'autre des volumes quelquefois fort gros.

Le système des libraires de Paris était à peu près le seul qu'on suivit en France lorsque la révolution de 1789 éclata. Les orages qui bouleversèrent alors l'ordre social tout entier n'épargnèrent pas les choses purement littéraires. Tout fut remis en question, tout, sans excepter l'ordre à suivre dans la rédaction des catalogues de livres. A cette époque on ne dut ètre que médiocrement surpris de voir plus d'un apôtre de la philosophie du XVIIIe siècle attaquer vivement, au nom de la raison, un système bibliographique qui donnait le premier rang aux choses divines et le second aux lois. Une réforme radicale fut donc jugée indispensable par les plus zélés, tandis que d'autres, plus modérés ou plus timides, se bornaient à demander qu'on se hátát d'effacer de ce système toutes les traces de notre ancien esclavage (17). Alors surgirent, presque simultanément, un certain nombre de nouveaux systèmes dans lesquels on s'accordait assez bien, à la vérité, soit pour déplacer la Théologie, soit pour la faire. entièrement disparaître en la confisquant au profit de la Métaphysique, mais où,

(17) Lettre de B. à Daunou, du 20 nívóse an ix, dans le Bulletin du Bibliophile, 6e série, p. 75.

pour tout le reste, on était complétement en désaccord. Les uns (18) voulaient qu'on suivit la marche des idées, et prenaient pour base de leurs systèmes Bacon et les encyclopédistes, c'est-à-dire les trois mots: raison, imagination, mémoire; les autres (19) adoptaient la marche des études que, comme de raison, ils concevaient chacun à leur manière. Celui-là (20) niettait en avant ses trois classes favorites: connaissances instrumentales, connaissances essentielles, connaissances de convenances. Celui-ci (21) ajoutait aux trois divisions fondamentales des encyclopédistes celles des besoins physiques et dos besoins moraux, tandis qu'un autre (22) proposait treize classes, en commençant par l'agriculture, le plus ancien des arts. Cependant, parmi les novateurs se. faisaient remarquer l'abbé Ameilhon, le janséniste Camus, et le savant Daunou, ancien oratorien; tous trois gens de mérite, sans doute, mais trop partisans des idées dominantes alors pour ne pas leur faire d'amples concessions (23).

(18) Le professeur Butentschon, à Colmar; M. Gabriel Peignot, alors à Vesoul.

(19) Camus, dans le 1er vol. des Mémoires de l'Institut, classe de littérature et beaux-arts.

(20) Le citoyen Arsenne Thiebaut, Exposition du tableau philosophique des connaissances humaines, Paris, an x, in-8.

(21) Le P. Laire.

(22) Le citoyen Parent, Essai sur la bibliographie, 1801, in-8.

(23) De tous les systèmes bibliographiques auxquels a donné naissance le désir de faire descendre la Théologie et la Jurisprudence aux derniers rangs, le meil leur, sans aucun doute, est celui de Daunou, tel qu'il est exposé au commencement du Catalogue de ce savant distingué. C'est aussi celui qui se rapproche le plus du système des libraires de Paris, système dont, à bien le considérer, il n'est guère qu'un remaniement. L'ordre des classes y est interverti, et leur nombre est porté de cinq à sept; mais, à quelques inodifications près, les divisions de chaque classe sont restées les mêmes. Dans le nouvel ordre qu'a suivi Daunou, après une introduction formée de la Bibliographie et de l'Histoire littéraire, viennent: 1° les Belles-Lettres, composées des Grammairiens, des Rhéteurs, des Poëtes, des Critiques et des Mélanges littéraires; 2° P'Histoire, précédée de la Géographie et de la Chronologie, et terminée par des Suppléments ou Paralipomènes historiques; 3° les Sciences, contenant la Philosophie proprement dite, avec la Métaphysique, la Logique, la Morale, la Politique, la Science sociale, l'Economie politique, enfin la Physique, les Mathématiques et l'Histoire naturelle; 4° les Arts, où sont compris l'Agriculture, les Arts mécaniques, les Arts du dessin et la Musique; 5o la Médecine; 6o la Jurisprudence; 7o, la Théologie: le tout terminé par les Collections encyclopédiques. Le seul mérite que l'auteur prétendit attribuer à cette disposition, c'était, disait-il, d'être celle qui a régné dans les études durant les siècles où l'on a fait le plus de livres. « En effet, on commençait par la grammaire, on poursu'vait un cours de littérature qu'accompagnaient

En enlevant à la Théologie le rang dont elle était en possession depuis tant d'années dans nos bibliothèques, on pensait que rien n'était si facile que de l'y remplacer; pourtant sur ce point, comme sur beaucoup d'autres, il fut impossible de s'entendre. La Philosophie, les Belles> Lettres et l'Histoire, voire mème l'humble Bibliographie, furent tour à tour, et inutilement proposées. Ainsi, non-seulement - aucun système ne prévalut, mais même aucun ne put réunir en sa faveur un certain nombre de suffrages. En sorte qu'après d'inutiles efforts, il fallut en revenir au système des libraires, que chacun regardait d'ailleurs comme le meilleur après le sien. Cependant les anciennes traditions de Martin, auxquelles, malgré les attaques multipliées des novateurs, presque tous les catalographes français sont restés fidèles, trouvent aujourd'hui de nouveaux ennemis à combattre. Cette fois

quelques leçons de géographie et d'histoire; un cours de philosophie terminait l'enseignement général, après lequel on se livrait à l'étude spéciale ou de la médecine ou du droit, ou de la théologie, selon la profession à laquelle on avait été destiné. Cette distribution seraii assez naturelle, peut-être, si nos bibliothèques ne se composaient que de livres élémentaires destinés à un cours d'étude universitaire du premier degré; mais il en est autrement, car chaque classe considérée dans toutes ses branches, dans tous ses degrés, comme dans notre Catalogue, forme un ensemble trop vaste, demande des études trop diverses, trop étendues, pour qu'on puisse la considérer simplement coinme un des degrés à franchir pour arriver à une des trois grandes professions auxquelles, selon Daunou, tout vient se résumer, ou à toute autre profession savante. Par exemple, la culture des Belles-Lettres étendue à toutes les divisions et subdivisions du système de ce savant, divisions qui, à quelque chose près, sont aussi les nôtres, la culture des lettres ainsi comprise, disons-nous, est tout autre chose que ne le sont, et ne le doivent être les études préparatoires qui se font dans nos colléges. On peut même ajouter que les Belles-Lettres sont la principale base de deux professions spéciales, savoir: celle d'homme de lettres, et celle de l'enseignement des langues savantes. Ainsi, en adinettant que cette classe eat les mêmes titres que toute autre classe pour occuper le premier rang dans une bibliothèque où la Théologie serait reléguée à un des derniers, il est certain que ce rang ne saurait lui appartenir de droit absolu. Autre observation: de ce que, dans les colléges, quelques icçons de géographie et d'histoire accompagnaient le cours de belles-lettres, s'ensnit-il, de toute nécessité, que l'Histoire, avec le cortége obligé qui l'accompagne, doive être placée entre les Belles-Lettres et les Sciences? Ce qui pourrait être bien plus naturel, ce serait de placer la Médecine immédiatement après la Physique, la Chimie et l'Histoire naturelle; et cependant Daunou en a formé une classe tout à fait séparée des autres.

En classant les Belles-lettres, ce savant professeur a eu soin de bien distinguer les traités théoriques des ouvrages qui sont la base, ou, si on l'aiune mieux, le résultat de ces théories; sur ce point, nous sommes d'accord avec lui; mais il a placé de suite les Compositions littéraires en prose, avant de s'occuper de la

c'est au nom du progrès, au nom de ce qu'on appelle la marche de l'esprit humain, qu'on les condamne. Le vieux système, dit-on, est complétement en désaccord avec les idées nouvelles, avec le développement des sciences; on le déclare tout à fait inadmissible. Mais heureusement cet arrêt n'est pas sans appel, car enfin, nous le demandons, qu'y a-t-il donc de changé dans la nature des choses? La Philosophie n'est-elle pas toujours la philosophie, quel que soit le point de vue sous lequel on l'envisage; l'Histoire ne restet-elle pas toujours l'histoire, soit que, comme le veulent. les encyclopédistes, elle appartienne à la Mémoire, soit que, dans le système de M. Ampère, on la classe dans la Noologie, soit enfin qu'elle dépende de la Science sociale, comme le prétend M. Merlin? A la vérité, les sciences proprement dites ont beaucoup agrandi leur domaine depuis quelques années;

Poésie, en sorte que, dans son Catalogue, publié d'ąprès son système, les Epistolaires et les Romans précèdent les Poëtes. Quoique, au premier aperçu, cette manière de procéder paraisse assez logique, nous ne Surions l'admettre, et voici pourquoi la versification n'est certainement pas le seul caractère distinctif de la poésie, genre auquel, selon nous, appartient de droit toute fiction où domine l'action d'une imagination riche et brillante. Pour le prouver, il nous serait facile de citer plusieurs ouvrages en prose qui renferment plus de véritable poésie, en quelques pages, que tel gros recueil de vers qu'on est convenu d'appeler poëme: ne sait-on pas, d'ailleurs, que la plupart de nos anciens romans de chevalerie sont de simples traductions en prose d'ouvrages écrits en vers français, dans le XII et le XIIIe siècle? Ce n'est donc pas sans motif que nous avons conservé à la suite de la Poésie proprement dite les Fictions en prose qui en sont une dépendance naturelle. Dans un autre système assez récent, où l'on a suivi, à l'égard des ouvrages en vers, le classement de Daunou, se trouvent réunis, sous le titre général de Composition, des ouvrages de différents genres, auxquels, sans nul doute, convient cette dénomination; inais le libraire ingénieux qui a eu l'idée de ce classement semble avoir oublié que des ouvrages comme l'Esprit des lois, comme l'Emile, le Discours sur l'histoire universelle, ou comme le Génie du Christianisme, sont aussi des Compositions, quoiqu'ils ne se placent pas dans la classe des Belles-Lettres, où néanmoins ils figureraient un peu mieux que tel pamphlet odieux et mal écrit, ou que telle ignoble facétie qu'on est bien obligé d'y conserver: ce qui prouve évidemment, à notre avis, que la dénomination de Composition est beaucoup trop vague pour devenir le titre spécial de l'une des sections des Belles-Lettres. Aussi cette dénomination vient-elle d'être abandonnée par celui qui l'avait introduite et par son trop fidèle disciple. Quoique le Télémaque soit bien une composition purement littéraire, des esprits assez subtils pour prendre souvent, dans les choses, l'exception pour la règle, ont jugé convenable de placer ce roman poétique dans la section des Traités sur l'éducation des princes, sous prétexte qu'il a été composé pour l'insiruction morale du duc de Bourgogne. En cela nous n'avons été nullement tenté de les imiter.

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